Livre

Ressources naturelles, énergie, environnement

Penser la décroissance. Politiques de l’anthropocène

Par

SINAÏ Agnès , « Penser la décroissance. Politiques de l’anthropocène », Presses de Sciences Po, 2013.

Cet ouvrage collectif part d’un constat : alors même que la nécessité faire face aux défis environnementaux et climatiques n’a jamais été aussi forte, l’inaction reste la règle à l’échelle internationale. Les experts mobilisés rappellent que nous sommes désormais dans l’ère de l’anthropocène, caractérisée par une utilisation massive des ressources naturelles et une dégradation inédite de la biosphère par l’humanité.

En introduction, la journaliste Agnès Sinaï détaille les différentes phases de l’anthropocène et constate que, si la prise de conscience des impacts de ce modèle sur l’environnement et le climat se fait progressivement, elle n’a jusqu’à présent pas suffit à inverser la tendance.

En effet, l’humanité n’a toujours pas réussi à se fixer ses propres limites, et nous sommes désormais entrés dans une phase de « panne », car les sociétés sont devenues tellement complexes et spécialisées qu’elles ne peuvent plus ralentir. Elles sont au contraire prises dans un engrenage qui les oblige à progresser toujours plus et donc à altérer toujours plus leur environnement. Certains experts estiment donc que les sociétés doivent désormais apprendre à ralentir et à se simplifier, en repensant leur rapport au temps et à l’espace, et en diminuant leur consommation de ressources.

Le député vert Yves Cochet affirme ensuite qu’il est illusoire de penser que le modèle productiviste peut se poursuivre à l’identique à l’avenir, et que la croissance économique repartira inéluctablement. Il considère au contraire que la décroissance est inéluctable dans tous les domaines : tous les systèmes naturels se caractérisent en effet par une phase de développement puis par une stagnation mature, et enfin par un déperissement. L’humanité pourrait donc être confrontée à de nombreux « pics », le plus emblématique d’entre eux étant bien sûr le pic pétrolier, qui pourrait bouleverser les systèmes de production et de consommation.

L’ingénieur Philippe Bihouix rappelle en effet que l’humanité pourrait extraire en une génération une quantité de métaux supérieure à tout ce qu’elle a extrait depuis le début de son histoire. Tout comme pour le pétrole, le pic de production pourrait donc rapidement être atteint pour un certain nombre de métaux, au point que l’on assisterait à un « pic de tout » (peak everything), sachant que le recyclage et les nouvelles technologies ne permettront pas, selon lui, de palier cette baisse de la disponibilité des ressources. Il recommande donc de repenser les systèmes de production pour les rendre plus sobres en ressources et en technologies.

La doctorante Mathilde Szuba s’intéresse quant à elle au potentiel d’une carte carbone individuelle permettant de fixer des quotas de consommation d’énergie fossile et d’émissions de CO2 à chaque individu. Mais ce système n’a pour l’instant jamais été mis en place, notamment parce qu’il suppose que les autorités publiques régulent la consommation d’énergie, au détriment du marché économique.

Luc Semal revient sur le mouvement des villes transition (auxquelles il a consacré une thèse), qui cherchent à s’adapter aux changements climatiques et énergétiques à venir, notamment en relocalisant des activités économiques.

L’ingénieur Hugo Carton s’intéresse ensuite au concept de résilience, qui désigne la capacité d’un système à s’adapter et à se transformer en fonction des contraintes (sociales, économiques, écologiques…) auxquels il est confronté, et qui est désormais utilisé aussi bien par les instances internationales et par les territoires.

Enfin, la journaliste Alice Le Roy analyse les enjeux liés à la gouvernance des biens communs (climat, biodiversité…).

À noter que la conclusion de l’ouvrage est signée de Dennis Meadows, l’un des principaux auteurs du rapport Halte à la croissance du Club de Rome de 1972.