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Optima 2121

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Optima 2121
SCHWAB Thierry , « Optima 2121 », L’Ombre rouge, 2021.

Dans ce roman d’anticipation, Thierry Schwab imagine le monde en 2121. L’originalité de cette fiction tient au fait que, là où de nombreux auteurs privilégient la dystopie, Thierry Schwab choisit de décrire une utopie. Un exercice périlleux donc, mais plutôt réussi pour ce quatrième roman de l’auteur.

L’histoire est la suivante. Damien Ferlot est un journaliste scientifique d’une trentaine d’années qui a été choisi par Pierre Maréchal, un astrophysicien de renom, pour effectuer un voyage de six mois dans le futur. Il arrive donc, en 2121, dans un Paris assez proche du nôtre en termes d’infrastructures.

Toutefois, le narrateur se rendra vite compte que toute l’organisation sociale et politique est différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. Pour résumer le monde de 2121, l’intelligence artificielle est omniprésente. Le vieillissement n’existe plus, il n’y a presque plus d’enfants, les poissons et les oiseaux sont factices, le travail est exercé par les robots et n’existe presque plus pour les humains.  L’anglais est devenu la langue universelle et le yuan la monnaie mondiale. Enfin, tous les êtres humains sont membres d’un même pays : Optima.

Revenons sur les transformations majeures imaginées par l’auteur.

En 2121, tout le monde dispose d’une PICC (Personal Identification and Communication Chip), une puce insérée sous la peau qui permet de s’identifier, de payer, de voyager, etc.

Pour se déplacer, il n’existe plus de voiture particulière mais uniquement des engins partagés. Ces cairs (contraction de « car » et de « air ») sont capables de parcourir jusqu’à 500 kilomètres et pour en utiliser un, il suffit de formuler à haute voix sa destination : les trajets sont rapides et silencieux, le véhicule s’adapte au trajet et vole ou roule, selon ce qui est le plus rapide et accessible. Pour les déplacements plus lointains, deux modes de transport coexistent : l’avion et le « rocklane », qui a l’aspect d’une fusée, il décolle et atterrit verticalement et permet de relier Paris à New York en une heure environ. Pour les longs trajets continentaux, c’est le train qui est utilisé, il file à très grande vitesse dans des tunnels souterrains magnétisés.

Toutefois, si ces transports sont accessibles et très peu coûteux, ils sont très peu utilisés car le tourisme et les communications se font à distance, dans des conditions tellement proches du réel que le déplacement est réservé aux nostalgiques du voyage à l’ancienne. Il est possible de faire un safari en Afrique en ne bougeant pas de son salon, et si les touristes de 2121 ont la sensation d’avoir passé deux semaines en vacances, l’expérience n’a réellement duré que deux heures. En 2121, le rapport au temps est complètement modifié, et ce notamment du fait de deux innovations majeures : la fin du travail et l’immortalité.

Pendant toute la première partie du XXIe siècle, l’espérance de vie n’a fait qu’augmenter grâce aux progrès de la médecine qui ont d’abord permis le remplacement d’organes défaillants. Vers 2040, le cancer et les maladies infectieuses sont éradiquées. Puis, dans les années 2050, des scientifiques chinois ont trouvé la solution au vieillissement en permettant le remplacement immédiat des cellules mortes de notre corps. Ainsi, l’âge cellulaire des personnes ne dépasse pas 40 ou 50 ans, l’âge administratif n’a donc plus aucune importance dans la société. Quelques personnes choisissent toutefois de laisser leur corps vieillir naturellement, mais ils constituent une infime minorité. Pour limiter la croissance démographique, un référendum mondial a été organisé demandant aux citoyens de choisir entre l’immortalité ou la mort à 120 ans pour continuer de pouvoir faire des enfants. C’est l’immortalité qui l’a emporté. Quelques récalcitrants continuent de faire des enfants, mais ces naissances sont compensées par les quelques morts violentes et accidentelles qui peuvent encore survenir.

Concernant le travail, l’essor de la robotisation en 100 ans a conduit à un chômage quasi généralisé. En 2121, les robots ont atteint un niveau tel d’intelligence et de sophistication qu’ils peuvent désormais accomplir toutes les tâches réalisables par des humains, et de manière beaucoup plus efficace. Un revenu universel a été mis en place à l’échelle planétaire et tous les humains touchent la même allocation de 10 000 yuans par mois (équivalent de 3 000 euros), les inégalités ont donc été drastiquement diminuées. Ceux qui veulent travailler le peuvent encore, mais comme le travail est désormais un loisir, ils doivent payer pour l’exercer, et plus un travail est attrayant, plus il est cher. Les contrats de travail ne dépassent pas cinq ans et ne sont pas renouvelables. D’ailleurs, toutes les entreprises ont été fusionnées en une seule : Optimum, et tous les pays en un seul : Optima.

Les enjeux, et notamment les enjeux climatiques, étant de plus en plus globaux, le nombre d’États s’est petit à petit réduit, pour arriver à deux blocs (Chine / États-Unis) puis un seul. Le parcours pour être président du monde s’échelonne sur 20 ans par paliers de cinq ans (maire, président de région, président d’un pays, puis d’un continent) avec mandat non renouvelable. Par ailleurs, chaque décideur est assisté d’une intelligence artificielle l’aidant à prendre les meilleures décisions dans l’intérêt commun. Seuls les maires sont élus.

Si ce nouveau système a entraîné contestations et soulèvements, ces derniers ont été de faible ampleur. En 2091 a eu lieu la Révolution des tulipes. Une poignée de personnes s’est soulevée contre la technologie dévorante, pour la liberté, le droit à l’autonomie, etc., mais cette révolution a été étouffée en moins de deux semaines par le brouillage de toutes les communications des révolutionnaires, ainsi que par l’augmentation de la substance relaxante désormais diffusée quotidiennement dans le système d’eau potable. Cette substance est une sorte d’antidépresseur qui a d’ailleurs permis de quasiment éradiquer le suicide. Les citoyens à l’origine de ce mouvement ont été punis d’un emprisonnement au « Conservatoire du malheur » et d’une déconnexion à perpétuité.

En effet, la criminalité a été drastiquement réduite sur Optima, pour plusieurs raisons : la PICC permet de détecter les pulsions violentes et les crimes et délits avant qu’ils ne soient commis, il est donc possible de les empêcher et d’apaiser les auteurs potentiels grâce à des substances relaxantes directement diffusées dans leur corps. Les quelques crimes qui subsistent sont passibles d’emprisonnement au Conservatoire du malheur, une sorte de musée organisé par paliers, qui décrit les maux d’autrefois (rage de dent, cancer, rupture amoureuse, etc.). Les visiteurs du musée peuvent faire revivre ces maux aux pensionnaires présents pendant toute la durée de leur séjour, qui peut s’étendre de quelques jours à quelques années. Une manière efficace de dissuader les criminels, ainsi que les nostalgiques de l’ancien temps.

L’intérêt prospectif de ce roman est multiple. C’est un scénario très complet et très réaliste d’un futur possible qui est décrit en détail et intègre tous les aspects de la société. Par ailleurs, pour une fois, il s’agit d’une vision plutôt positive de l’avenir. Or la capacité à produire des scénarios positifs est souvent un angle mort de la prospective. L’auteur parvient à décrire un monde « meilleur » que celui dans lequel nous vivons dans la mesure où de nombreux fléaux (maladie, pauvreté, famines, inégalités, etc.) ont été éradiqués, sans toutefois manquer de souligner les failles de ce système dit optimal. Il nous pousse à nous questionner sur notre avenir et à nous demander : voulons-nous vivre dans un monde comme Optima ? Et la réponse n’est pas si évidente…

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