Rapport

Ressources naturelles, énergie, environnement

Offshore Energy Outlook

Par

Offshore Energy Outlook
AIE (Agence internationale de l’énergie) , « Offshore Energy Outlook », AIE / OCDE, 2018.

Les énergies qui sont produites offshore, c’est-à-dire sur et sous la mer, regroupent en fait trois catégories très différentes de ressources énergétiques qui sont une composante de l’énergie mondiale : le pétrole et le gaz dont les gisements sont sous-marins, l’électricité produite en mer par des éoliennes fixées par des pieux sur le fond marin ou portées par des plates-formes flottantes, l’énergie marine stricto sensu (celle des marées, des courants marins et des vagues, et la chaleur stockée dans la mer). Les hydrocarbures offshore représentent aujourd’hui une part importante de la production mondiale d’énergie, celle des autres filières étant encore marginale. Mais la dynamique de l’énergie mondiale change, aussi l’AIE a-t-elle jugé utile de consacrer un rapport aux perspectives des ressources énergétiques marines à l’horizon 2040.

Soixante-dix ans après la mise en exploitation de la première plate-forme pétrolière dans le monde, en 1947, au large de la Louisiane (par cinq mètres de fond !), l’AIE dresse un bilan de toutes les productions d’énergie offshore : en 2016, elles représentaient le quart de la production totale de gaz et de pétrole, mais l’éolien offshore ne produit que 0,3 % de l’électricité mondiale, la production d’électricité avec l’énergie marine étant négligeable (les usines marémotrices de la Rance, en France, et de Sihwa Lake, en Corée du Sud, représentant à elles seules 99 % de la capacité de production…). L’évolution récente de la production d’hydrocarbures offshore est contrastée : celle de pétrole n’a pratiquement pas augmenté depuis 10 ans (sa part dans la production totale a donc baissé) alors que celle de gaz naturel est en hausse constante (près d’un tiers depuis 10 ans).

Par ailleurs, la moitié des découvertes de gisements de pétrole et de gaz ont été réalisées en offshore profond (une profondeur supérieure à 400 mètres). Ce fut le cas au Brésil pour un gisement de pétrole dit de « pre-sal » (2 000 mètres de profondeur) et des gisements de gaz au Mozambique et en Méditerranée orientale. Les réserves offshore sont importantes : 15 % du total mondial pour le pétrole mais 45 % pour le gaz. L’exploitation des hydrocarbures offshore est très capitalistique, mais l’AIE constate que les coûts des investissements ont fortement baissé depuis 2014 : alors que leur rentabilité n’était assurée (en Norvège et dans le golfe du Mexique) que si le cours du baril atteignait 60 à 80 dollars US, elle l’est aujourd’hui pour un baril dans une fourchette de 25 à 40 dollars US, un cours largement dépassé en 2017.

Le rapport consacre un long développement à l’éolien offshore dont les coûts d’investissement et de production (190 dollars US le mégawattheure [MWh] en moyenne) sont encore relativement élevés par rapport à ceux des autres filières électriques. Le grand avantage de l’éolien offshore est son facteur de charge (sa disponibilité annuelle) : il est de 40 % en Europe du Nord, supérieur à celui des autres filières renouvelables intermittentes. La hauteur des mâts des turbines est croissante, elle atteint un maximum de 200 mètres en 2016 (des turbines d’une puissance de 8 MW) avec un projet de 260 mètres de hauteur en développement (une turbine de 12 MW).

L’AIE étudie les perspectives selon deux scénarios à l’horizon 2040 : son scénario de base, « Nouvelles politiques », qui tient compte de toutes les décisions de politique énergétique prises ces dernières années (il ne permet pas d’atteindre les objectifs de l’accord de Paris sur le réchauffement climatique), et un scénario dit « Développement durable » qui est en cohérence avec l’Agenda 2030 de l’Organisation des Nations unies (un accès universel à l’énergie) et avec l’accord de Paris.

Selon le premier scénario, la production de pétrole offshore augmenterait faiblement (celle de pétrole peu profond diminuerait alors que celle en mer profonde augmenterait d’un tiers), la production en mer du Nord chutant de moitié ; celle de gaz augmenterait de près de 80 %. Dans le second scénario qui suppose une compression de la demande, la production offshore baisserait légèrement avec une nette chute de celle de pétrole et une augmentation d’un tiers de celle de gaz. Dans les deux scénarios, la production d’électricité par l’éolien offshore progresserait fortement, mais elle ne représenterait que 1,6 % de la production mondiale d’électricité dans le premier scénario et 3,5 % en 2040, les coûts de production baissant de 50 % à 70 %.

Le rapport examine également la situation des énergies marines stricto sensu, le potentiel énergétique des océans est certes considérable, mais un grand nombre d’obstacles s’opposent au développement des techniques marines : peu de sites sont favorables à l’exploitation des marées, et celle des vagues et de l’énergie thermique est aléatoire, les perspectives offertes par certains courants marins que l’on peut équiper de turbines étant plus favorables. Seul le scénario « Développement durable » envisage une contribution significative de la filière électrique marine à la production électrique (8 %), mais globalement son impact restera faible. Les deux scénarios devraient mobiliser, pour l’ensemble des filières offshore jusqu’en 2040, un total de 5 900 milliards de dollars US pour le premier et de 4 600 milliards de dollars US pour le second.

 L’AIE souligne que l’on doit s’attendre à une « vague » de mise hors service d’un grand nombre d’installations marines, en très grande majorité, à moyen terme, des plates-formes pétrolières et gazières et, à plus long terme, des fermes éoliennes offshore. Il observe aussi, dans ses conclusions, que le développement des énergies marines peut entraîner d’importantes synergies entre les filières, en particulier entre l’éolien et l’exploitation des hydrocarbures, les plates-formes pétrolières pouvant être équipées avec des éoliennes pour leur alimentation électrique, et celles hors de service pouvant être utilisées comme bases logistiques pour la maintenance d’un champ d’éoliennes.

Ce nouveau rapport de l’AIE a le mérite de donner un large coup de projecteur sur le champ des énergies offshore (notamment dans les grands fonds) qui mobilise souvent des techniques de pointe généralement méconnues. Le lecteur retiendra trois conclusions : 1) les perspectives importantes de l’exploitation du gaz offshore, souvent mises en avant ; 2) le développement très probable de l’éolien offshore, mais dont la part de la filière dans la production d’électricité, contrairement à une opinion répandue, sera faible ; 3) enfin, contrairement à des prévisions optimistes mais souvent sans bases techniques, la contribution des énergies marines à la production d’électricité demeurera marginale.

Site web
https://www.iea.org/publications/freepublications/publication/WEO2017Special_Report_OffshoreEnergyOutlook.pdf

À lire également

Recherche

Faire une recherche thématique dans la base bibliographique