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Mettre l’IA au service des enseignants pour assurer l’inclusion et la réussite scolaire de tous les élèves

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Mettre l’IA au service des enseignants pour assurer l’inclusion et la réussite scolaire de tous les élèves
COLLECTIF , « Mettre l’IA au service des enseignants pour assurer l’inclusion et la réussite scolaire de tous les élèves », #Leplusimportant, 2019.

Fondée fin 2017, la jeune association #Leplusimportant rassemble déjà près de 250 experts autour des notions de capital humain et d’égalité des chances, dans une société inclusive. Dans ce cadre, elle participe à la réflexion plus générale initiée par la France sous l’égide de Cédric Villani sur les potentiels de l’intelligence artificielle (IA) dans plusieurs grands domaines socio-économiques. Parmi eux, l’association a choisi de se concentrer sur celui de l’éducation, en investiguant les diverses possibilités d’usage de l’IA dans l’enseignement.

Le 25 mars 2019, au cours d’un colloque national organisé au Collège de France, rassemblant les acteurs du monde éducatif et de l’enseignement supérieur, #Leplusimportant a ainsi rendu compte de ses travaux préparatoires, avec le soutien de Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, Bertrand Pailhès, coordinateur national pour la stratégie de l’intelligence artificielle, et Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse. Tous trois ont encouragé le déploiement de tels outils technologiques, à condition qu’ils évoluent dans un cadre éthique et protecteur pour leurs usagers, et qu’ils répondent aux ambitions posées par la stratégie d’école de la confiance du ministère. Comme Mathias Dufour, président de l’association, et Florian Forestier, directeur du pôle Enseignement (et conseiller scientifique de Futuribles International), ils ont souligné les opportunités d’améliorer la compréhension des mécanismes d’apprentissage des élèves, d’aider à l’organisation de la formation et à la personnalisation des rythmes d’enseignement pour chacun, tout en offrant la possibilité de réexplorer les savoirs disciplinaires grâce à l’intelligence artificielle. Ils ont, de fait, clairement affiché la forte volonté politique d’innover sur ces sujets pour faire de la France un pays à la pointe dans ce domaine.

Les premières expérimentations ne manquent d’ailleurs pas, sur le territoire, et elles sont prometteuses. Benoît Praly a, par exemple, présenté la start-up Damasciodont il est cofondateur. Au service de plusieurs entreprises et institutions, la compagnie met à disposition algorithmes autoapprenants et analyses de bases de données pour automatiser l’individualisation des parcours de formation (apprentissage adaptatif), optimiser le maintien des connaissances et des compétences dans le temps (ancrage adaptatif) et « augmenter l’enseignant », grâce à des outils d’aide à la décision (learning analytics). Avec une approche similaire mais dans un cadre différent, les projets de recherche présentés par Anne Boyer, professeur à l’université de Lorraine, ont aussi pour ambition de mettre à profit l’application des sciences cognitives dans les nouvelles technologies algorithmiques afin d’améliorer significativement les capacités d’apprentissage des étudiants. Ces deux acteurs, bien qu’opérant à des échelles différentes, ont souligné les mêmes enjeux pour que les nouveaux systèmes puissent fonctionner, en particulier la nécessité de réfléchir à l’interopérabilité des solutions, pour pouvoir basculer de l’une à l’autre, la réversibilité de ces mêmes solutions, pour ne pas y enfermer les usagers, ou encore leur transparence, puisqu’il s’agit de toujours pouvoir expliquer leurs résultats.

Structuré en trois temps, ce colloque n’avait néanmoins pas pour seule vocation de récapituler les premières conclusions des innovations sur les usages de l’IA dans ce domaine. Il visait aussi à mettre en discussion, sous la forme d’ateliers, les quatre axes proposés par l’association pour pousser ce sujet à l’échelle nationale : 1) définir une politique de développement de l’IA au service de l’inclusion et de l’épanouissement de chacun ; 2) mettre en place les conditions d’une diffusion plus large de ces solutions dans l’éducation ; 3) outiller les enseignants et professionnels pour mener cette transformation ; et enfin 4) faciliter le changement institutionnel. Au-delà des exposés, donc, chaque participant a été appelé à commenter et critiquer, en fonction de ses expériences et de ses appétences, deux des quinze sous-propositions avancées par #Leplusimportant. Grâce aux ateliers pilotés par les membres de l’association, professionnels et syndicats ont ainsi eu l’occasion de coconstruire cette étude exploratoire et d’avoir un impact sur le contenu du rapport final, destiné au gouvernement. Chaque groupe de réflexion avait ainsi pour objectif d’identifier trois éléments clefs pour améliorer la proposition faite et assurer sa faisabilité.

La journée s’est conclue sur un troisième temps structuré autour de la restitution et mise en commun des réflexions des groupes de travail. Pour beaucoup, l’enjeu était surtout de mieux circonscrire le débat et d’affiner les propositions afin de les rendre plus percutantes et plus réalisables. François Taddei, directeur du Centre de recherches interdisciplinaires de Paris, a conclu ce moment de partage en ouvrant sur l’importance de développer les imaginaires positifs de nouvelles formes d’intelligence, tout en soulignant le rôle crucial que doit jouer l’éthique dans tout dispositif technologique. Il a appelé à faire de la Journée mondiale de l’éducation (le 24 janvier) une journée d’échanges et de prospective sur l’avenir de l’enseignement, encourageant ainsi la vision ambitieuse et progressiste de l’éducation portée par #Leplusimportant.

Site web
https://leplusimportant.org/2019/02/04/25-mars-colloc-ia-au-college-de-france/