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Les métiers au temps du corona

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Les métiers au temps du corona
JOLLYCécile , FLAMANDJean et REYMartin , « Les métiers au temps du corona », La Note d’analyse, 88, France Stratégie, 2020.

Les inégalités sont apparues sous un jour nouveau pendant la crise de la Covid-19 : travail à domicile pour de nombreux cadres et contact direct avec le public pour d’autres travailleurs « premiers de corvée » (soignants mais aussi personnels de la distribution alimentaire et de la sécurité, certains employés des activités de propreté, etc.), salaire maintenu pour certains et indemnisation insuffisante pour d’autres les obligeant à poursuivre leur activité (en particulier les travailleurs indépendants précaires).

Cette note de France Stratégie va bien au-delà de ce simple constat. Elle montre en particulier que la crise a accentué des vulnérabilités préexistantes qui risquent d’avoir des conséquences délétères sur certaines catégories de travailleurs lourdement affectées par les contraintes organisationnelles et économiques prévisibles à court et moyen termes. Les auteurs identifient trois types de vulnérabilités :

— une vulnérabilité économique, dépendant de la santé du secteur d’activité, de la capacité à travailler à domicile, du statut d’emploi (contrat à durée indéterminée, précaire, indépendant…) ;

— une vulnérabilité des conditions de vie, liée à la capacité à concilier vie professionnelle et vie privée, aux ressources financières (salaire, mais aussi charges liées au logement, aux transports…), aux situations de handicap ;

— une vulnérabilité des conditions de travail, intégrant les horaires atypiques, la pénibilité physique, l’intensité du travail, les contacts avec le public.

À partir de croisements entre les différents paramètres influant sur ces vulnérabilités, les auteurs mettent en évidence quelques phénomènes remarquables, illustrés dans le document par des représentations graphiques très parlantes, que l’on ne pourra pas détailler ici. Ainsi, par exemple, si on considère les métiers à vulnérabilité économique faible (en particulier parce qu’ils répondent à des besoins incompressibles), les femmes sont beaucoup plus représentées que les hommes dans des activités les mettant en contact avec le public, et plus faiblement rémunérées. C’est le cas bien sûr des infirmières et aides-soignantes, des enseignantes, des employées de commerce, des assistantes maternelles, avec le contre-exemple masculin des emplois dans la sécurité. Pour certaines de ces catégories, les horaires atypiques constituent des facteurs aggravants, rendant la vie quotidienne plus difficile.

En revanche, avec des rémunérations plus élevées et un contact faible avec le public, on trouve des catégories correspondant à un emploi majoritairement masculin, telles que les ingénieurs et cadres de l’industrie, les ingénieurs informaticiens. Seules des catégories comme les cadres de la banque ou les agents de catégorie A de la fonction publique ont des proportions plus égales entre les deux sexes. Le schéma ci-dessous représente les inégalités hommes-femmes en termes de salaires et de contacts avec le public dans les principales catégories professionnelles.

Les hommes sont, eux, majoritairement représentés dans des métiers susceptibles de souffrir d’une forte crise économique, tels que l’hôtellerie-restauration, la construction, la maintenance ou les métiers les moins qualifiés de l’industrie.

Ces difficultés sont en règle générale accentuées pour les familles urbaines, en particulier les familles monoparentales aux revenus souvent plus faibles : surfaces des lieux de vie plus petites, difficultés pour garder les enfants ou aider à leur éducation. À l’autre extrémité des revenus, les cadres travaillant à domicile peuvent être soumis à une charge mentale, une hyperconnectivité et une intensité du travail excessives, sous l’influence du changement des conditions de travail (et pas seulement les leurs, celles qu’ils doivent aussi contribuer à organiser à distance) et de la nécessité de participer aux tâches éducatives.

Se basant sur de nombreux croisements, les auteurs concluent par une typologie des métiers en temps de crise (représentant 40 % des travailleurs pour la catégorie 3 et de l’ordre de 15 % pour chacune des autres) :

1) Les « vulnérables de toujours » : souvent des ouvriers peu qualifiés de l’industrie et des services, avec une précarité d’emploi élevée, plus souvent soumis à des contraintes physiques et à une intensité du travail fortes.

2) Les « nouveaux vulnérables » : présents dans l’hôtellerie-restauration, les services à la personne non essentiels, la manutention et les transports, ils sont contraints à une forte précarité et à des horaires atypiques, avec de faibles salaires et des contraintes physiques souvent fortes.

3) Les métiers « au front » dans la crise, entre risque sanitaire et intensi?cation du travail : souvent des travailleuses qui voient leurs horaires atypiques aggravés par la crise et une charge mentale encore renforcée par la présence du risque infectieux.

4) Les métiers de cadres confrontés à l’hyperconnectivité et à l’intensification du travail : relativement épargnés par la crise elle-même, certains pourraient pâtir de la crise économique à suivre, dans un contexte de forte sollicitation.

5) Des métiers économiquement préservés mais parfois contraints à l’inactivité partielle : la crise épidémique les a éloignés de leurs collectifs de travail, ce qui a pu générer du mal-être, certains seront contraints à de forts ajustements dans leur pratique professionnelle, du fait des modifications probables des modes de travail post-pandémiques.

Une synthèse très éclairante des différents risques pour chacun de ces types de métiers est fournie par les auteurs (graphique ci-après).

Site web
http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-2020-na88-metiers-corona-avril.pdf

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