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Les Chemins de l’avenir, une approche pragmatique. Les humains, les États, le monde

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Les Chemins de l’avenir, une approche pragmatique. Les humains, les États, le monde
LESOURNE Jaques , « Les Chemins de l’avenir, une approche pragmatique. Les humains, les États, le monde », Odile Jacob, 2017.

Dans son livre cardinal Les Systèmes du destin (Paris : Dalloz, 1976), Jacques Lesourne écrivait déjà que « le danger pour l’humanité provient de l’interaction de trois insuffisances de contrôle, qui peuvent être à tout moment le point de déséquilibres cumulatifs » : au niveau de l’individu, des systèmes politiques nationaux et de la concurrence des nations. On retrouve dans le sous-titre de son dernier ouvrage « Les humains, les États, le monde », la même référence à ces trois composantes du « système monde » qu’il s’est attaché depuis toujours à décrire et conceptualiser, en s’interrogeant en permanence sur la capacité « d’autocontrôle de l’histoire humaine ». Il s’inquiétait alors du fait que les mécanismes qui ont permis l’adaptation des sociétés humaines dans le passé ne fonctionnent plus pour l’avenir et ainsi posait la question de la régulation, sinon du pilotage, du système.

Son livre Les Chemins de l’avenir s’inscrit dans la droite ligne de la pensée développée par l’auteur dans Les Systèmes du destin et dans ses autres ouvrages, notamment Les Mille Sentiers de l’avenir (Paris : Seghers 1981), mais il est de nature moins théorique, le style est plus épuré, le ton plus alerte. Il se compose de neuf chapitres : le premier pour souligner combien nous sommes dans une phase de rupture fondamentale par rapport au passé ; les trois suivants pour nous mettre en garde contre les biais de représentation et souligner combien il est déterminant de nous forger une représentation pertinente des dynamiques en cours. Les chapitres 4 et suivants portent sur les insuffisances de contrôle, de l’homme aux nations jusqu’au niveau international, les réflexions de l’auteur sur le sujet étant fort opportunément enrichies d’un chapitre sur le système européen.

Le livre se termine par un chapitre « À la recherche d’une approche pragmatique des chemins de l’avenir », qui d’abord expose les dangers que recèle le monde contemporain, ensuite propose des voies permettant de « maîtriser, au moins partiellement, les insuffisances de contrôle », les actions concrètes qui permettraient de « réduire la probabilité des enchaînements les plus nuisibles ». L’auteur revient ici sur les « trois insuffisances de contrôle » revisitées à la lumière des développements de toute nature les plus récents et surtout les plus déterminants pour l’avenir. Sur l’ordre et le chaos sur la scène mondiale, ainsi que sur le rôle des États dont il souligne la diversité, ceux qui ont lu Les Mille sentiers de l’avenir resteront un peu sur leur faim. On notera que Jacques Lesourne accorde une place de choix à l’individu en soulignant que « pour que s’améliore la maîtrise par l’humanité de son avenir, il faut […] que s’élabore une réflexion globale sur la gestion de la mondéité par les groupes humains ». L’ancien directeur du projet Interfuturs (1976-1979, OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques]) militerait-il ainsi pour que, 40 ans plus tard, soit lancé un nouveau programme mondial de prospective ?

On retrouve bien dans ce livre plusieurs préoccupations constantes de l’auteur, toutefois revisitées à l’aune des faits les plus marquants de ces dernières années dont il est un observateur aussi gourmand qu’avisé. D’abord, celle de notre capacité à nous représenter le monde, la société, les problèmes…, de manière systémique, en nous affranchissant des idées régnantes, des idéologies, des effets de mode, et en essayant d’identifier les diverses formes de régulation, celles qui résultent de la dynamique propre des systèmes, celles qui dépendent de facteurs externes, et celles dont la responsabilité nous incombe. Ensuite vient en bonne place dans tous ses travaux, et notamment dans ce nouveau livre, cette idée que l’avenir est le fruit « de la nécessité, du hasard et de la volonté », que nous ne sommes ni totalement contraints ni totalement maîtres de l’avenir mais que nous avons en la matière une responsabilité essentielle à assumer.

Finalement, Jacques Lesourne, une fois de plus, nous met au défi de repenser nos manières de voir et d’agir en tenant compte des problématiques nouvelles résultant notamment des changements géopolitiques et technologiques mais aussi de certaines permanences liées notamment aux défis de la régulation et du contrôle. Son ouvrage, écrit dans un style plus personnel et plus léger que Les Systèmes du destin, est plaisant à lire et riche d’enseignements pour ceux qui veulent comprendre dans quel monde nous vivons, tout en prenant de la hauteur vis-à-vis d’une information pléthorique privilégiant l’immédiateté sur les phénomènes à long terme qui structurent nos sociétés.

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