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Géopolitique - Ressources naturelles, énergie, environnement

L’Eau, enjeu vital des relations internationales. Eaux transfrontalières : bombes à retardement ou facteurs de coopération et de paix ?

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L’Eau, enjeu vital des relations internationales. Eaux transfrontalières : bombes à retardement ou facteurs de coopération et de paix ?
KOMARA Kabiné et SALL Macky , « L’Eau, enjeu vital des relations internationales. Eaux transfrontalières : bombes à retardement ou facteurs de coopération et de paix ? », Cherche Midi, 2018.

Ce texte est issu du Forum prospectif de l'Afrique de l'Ouest. Ce forum agit comme catalyseur des réflexions existantes sur le futur. Associant recherche, publications et débats, il a vocation à devenir un lieu de construction d’une réflexion sur les futurs possibles de l’Afrique occidentale et sahélienne qui conduise à l’action.

Ancien Premier ministre de la république de Guinée, Kabiné Komara a également dirigé l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) et présidé le Réseau international des organismes de bassin (RIOB) de 2013 à 2014. Fort de ces expériences, il a acquis des connaissances et des convictions sur l’importance de l’« hydrodiplomatie », thématique à laquelle il consacre cet ouvrage.

Kabiné Komara considère l’eau à la fois comme une ressource indispensable et comme un facteur potentiel de conflit entre les individus et les nations. Plusieurs facteurs y contribuent. D’une part, les réserves mondiales en eau douce sont inégalement distribuées et peu nombreuses et seulement 0,7 % des réserves en eau douce seraient accessibles à l’homme. D’autre part, à l’horizon 2030, le changement climatique, les pressions démographiques sont susceptibles de renforcer les pressions. Du point de vue de l’auteur, ces perspectives plaident pour une collaboration accrue entre États pour la préservation des ressources en eau.

Selon Kabiné Komara, collaborer est essentiel sachant que les réserves accessibles en eau douce ne tiennent pas compte des frontières terrestres entre les États. De facto, les fleuves cheminent d’amont en aval, avant, généralement, de se jeter dans un lac ou dans la mer. Ressource partagée, l’eau douce interconnecte ainsi naturellement les pays et leurs populations. La formation géographique qui matérialise cet état de fait est le bassin transfrontalier.

L’ouvrage mentionne l’existence de 263 bassins transfrontaliers dans le monde. Ces bassins couvriraient 43 % des terres émergées et représentent environ 60 % des eaux douces superficielles. Ces bassins ne suscitent pas tous la même attention. Si certains États se passent de coopération pour la gestion de leurs eaux transfrontalières, d’autres ont mis au point des dispositifs institutionnels, les organismes de bassins transfrontaliers (OBT), pour gérer ensemble cette ressource commune. C’est notamment le cas pour la gestion des eaux du fleuve Sénégal. Née il y a 40 ans, l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) associe aujourd’hui la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. L’auteur y consacre une partie importante de son ouvrage. 

L’OMVS a été classée parmi les organismes de bassin les plus performants à travers le monde par le think-tank indien Strategic Foresight Group [1], spécialisé dans la coopération dans le domaine de l’eau. Selon cette méthode de classement, l’OMVS cumule un score de 100 points sur 100 attribuables. Kabiné Komara partage ce verdict et considère que son fonctionnement est un modèle à suivre pour de nombreux OBT. Selon lui, son existence facilite la production d’hydroélectricité, la mise en place de l’agriculture irriguée, l’accès à l’eau potable, la navigation ou encore la préservation de l’environnement.

Entités les mieux classées selon le water cooperation quotient

Source :Water Cooperation Quotient 2017, Strategic Foresight Group, op. cit.

À l’aide d’une gouvernance participative bien conçue, l’OMVS associe les populations riveraines. Le fonctionnement exemplaire de cette institution africaine est un motif de fierté pour la sous-région qui est souvent brocardée pour ses dysfonctionnements institutionnels. L’OMVS est aujourd’hui un des principaux promoteurs du sixième objectif de développement durable des Nations unies, à savoir « l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement, et assurer une gestion durable des ressources en eau », et une organisation reconnue au Conseil de sécurité. Selon Kabiné Komara, il s’agit d’une belle consécration pour une institution africaine, et certainement d’une source d’inspiration pour le développement d’autres institutions efficaces en Afrique de l’Ouest.



[1] Voir le Water Cooperation Quotient 2017. URL : https://www.strategicforesight.com/publication_pdf/Water%20Cooperation%20Quotient%202017.pdf. Consulté le 23 mai 2019. La publication propose un classement des OBT et leur attribue un score total au regard de 10 critères. On aimerait néanmoins mieux comprendre comment les évaluations réalisées par ce think-tank ont été conduites.