Société, modes de vie

Le Grand Débordement. Pourquoi les déchets nous envahissent, comment les réduire

Par

FRADET Élodie , LACOUT Annick et RAUGLAUDRE Pascal (de) , « Le Grand Débordement. Pourquoi les déchets nous envahissent, comment les réduire », Rue de l'échiquier, 2014.

Cet ouvrage débute par un récit de science-fiction : nous sommes au milieu du XXIe siècle, les ressources mondiales en pétrole se sont taries et, alors qu’aucun effort n’a été fait à temps pour réduire la consommation de matières premières, le recyclage est devenu une nécessité. Une entreprise s’est spécialisée dans la récupération et le recyclage des plastiques immergés au fond des océans, grâce à des chalutiers devenus inutiles à mesure que les stocks de poissons ont été réduits par la surpêche. Désormais, les produits technologiques et l’électroménager coûtent cher, mais durent plus longtemps, sont systématiquement recyclés et au moins en partie issus du recyclage.

Selon ses auteurs, deux consultantes et un journaliste, ce scénario pourrait rapidement devenir réalité, compte tenu des tendances actuelles : la France n’a jamais jeté autant de déchets, et notre société a encore tendance à considérer ces rebuts comme un tabou, ou tout simplement à les ignorer. Ces auteurs invitent au contraire à se pencher sur le contenu de nos poubelles pour prendre conscience des dérives de la société de consommation.

Ils rappellent tout d’abord que le volume et la diversité des déchets des ménages français n’ont cessé d’augmenter : chaque Français jette en moyenne 374 kilos de déchets par an, représentant près de 40 catégories différentes de produits. Ce volume aurait tendance à stagner voire à diminuer depuis quelques années, mais cela s’expliquerait en partie par le fait qu’une partie des déchets sont désormais collectés par d’autres circuits (distributeurs, etc.). Près d’un tiers de ce total est constitué de déchets organiques, qui pourraient facilement être réduits à la source (le gaspillage représente environ sept kg par personne et par an) ou valorisés (compostage). De même pour les autres catégories de déchets, comme les emballages, les produits de bricolage, les piles usagées, etc. Conséquence de la hausse du volume de déchets ménagers et de l’amélioration des process de collecte et de valorisation, le coût de traitement des déchets ménagers supporté par les collectivités a été multiplié par trois en 20 ans.

Alors que la plupart des déchets ménagers pourraient être valorisés, seuls 18 % sont recyclés, 17 % compostés ou méthanisés et 34 % incinérés (pour produire de la chaleur). Donc, près d’un tiers des déchets sont enfouis et ne font donc l’objet d’aucune valorisation. En particulier, le traitement des plastiques reste difficile, compte tenu de la diversité des matériaux, de volumes trop faibles, du coût, etc. De plus, le plastique, comme d’autre matériaux, subit une dégradation de sa qualité du recyclage, et ne peut être recyclé qu’un nombre limité de fois.

Les impacts environnementaux de la croissance du volume de déchets sont encore insuffisamment étudiés, mais désastreux : émissions de CO2, de méthane, de polluants divers (dioxines, métaux lourds)…

Nos poubelles débordent et il est grande temps, selon les auteurs de l’ouvrage, de s’interroger sur les limites du modèle du « tout jetable » qui domine la société de consommation. Ils rappellent que jeter est devenue la réponse aux contraintes quotidiennes, mais aussi une solution pour continuer à consommer toujours plus et ainsi maintenir la croissance économique, grâce à l’obsolescence programmée. Et la dématérialisation de l’économie reste un leurre, dans la mesure où l’on n’observe toujours pas, dans les sociétés occidentales, de découplage entre la croissance économique et la croissance de la consommation de matières. La quantité de matières premières nécessaire à la satisfaction des sociétés ne cesse donc de croître, menaçant les réserves de ressources non renouvelables et les écosystèmes.

Les auteurs analysent plusieurs pistes de solutions qui pourraient permettre de réduire la production de déchets et la consommation de matières vierges : hausse des taux de recyclage, facturation au poids des déchets ménagers, soutenir les solutions locales de valorisation des déchets, réparer et acheter les objets d’occasion...

La dernière partie de l’ouvrage est un « carnet pratique » proposant des solutions pratiques pour réduire ses déchets au quotidien.