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Ressources naturelles, énergie, environnement - Santé

L’Alimentation en Bretagne à l’horizon 2050 : quels enjeux de société ?

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L’Alimentation en Bretagne à l’horizon 2050 : quels enjeux de société ?
CESER (Conseil économique, social et environnemental régional) BRETAGNE , « L’Alimentation en Bretagne à l’horizon 2050 : quels enjeux de société ? », CESER Bretagne, 2021.

En juin 2021, le Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) de la région Bretagne a publié le rapport prospectif L’Alimentation en Bretagne à l’horizon 2050 : quels enjeux de société ? L’alimentation, sujet très étudié mais souvent de manière partisane, est en effet traversée par de multiples transformations : évolution des habitudes des consommateurs aux attentes multiples, contraintes environnementales croissantes, fragilité des modèles économiques… L’étude a une portée certes régionale, mais ses analyses ont pour la plupart une dimension nationale qui intéressera au-delà de la Bretagne — d’autant que le territoire, région de 3,4 millions d’habitants, en nourrit 20 millions.

Les cinq premiers chapitres de l’étude sont consacrés à un diagnostic de la situation actuelle et de ses principaux enjeux. Tout d’abord, le CESER retrace l’évolution des modes de vie des consommateurs, pointant notamment l’impact des changements sociodémographiques. Les régimes alimentaires ont en effet connu d’importantes mutations, qui s’accélèrent depuis 20 ans : la part de viande diminue lentement, quand celle des produits ultratransformés augmente fortement. L’information sur les produits et leur origine deviennent des facteurs importants pour certains consommateurs. Les lieux d’achat et de consommation se diversifient vers plus de nomadisme au déjeuner, bien que les repas conviviaux demeurent la norme. Mais le CESER rappelle aussi que le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire est en progression. Les critères présidant aux choix alimentaires sont plus nombreux : le plaisir de manger, certes, mais pour certains des enjeux collectifs (environnementaux, éthiques…), les recommandations nutritionnelles (pour 42 %) et le prix, qui reste un facteur déterminant pour presque la moitié des consommateurs. Finalement, c’est une multitude de profils de consommateur qui ressort de l’étude.

Le CESER développe ensuite les enjeux collectifs liés à l’alimentation, classés en trois groupes : le poids du secteur dans l’économie régionale (40 % de l’emploi), les enjeux environnementaux d’une région marquée par l’élevage intensif, et la santé, en amélioration mais menacée par les produits nocifs et les mauvaises habitudes alimentaires. L’étude retrace par la suite les fluctuations des politiques publiques jusqu’à la situation présente, marquées par l’initiative régionale du « Bien manger pour tous », et les attentes et engagements de plus en plus forts exprimés par les citoyens.

Après ce vaste état des lieux, le CESER présente quatre scénarios prospectifs à l’horizon 2050, construits à partir d’une vingtaine de variables réparties en quatre ensembles : la composition de l’assiette, la population et les modes de vie, le budget alimentaire et l’accès à l’alimentation, et enfin les informations concernant l’alimentation. Pour chaque scénario, qui se veut contrasté et non exclusif, le rapport propose un récit fictionnel, une analyse des enjeux collectifs à portée nationale, et un focus sur les conséquences territoriales en Bretagne.

Dans le premier scénario, « L’alimentation fonctionnelle dans une société sous pression », l’alimentation est assujettie à des logiques d’efficacité. Le climat anxiogène uniformise les goûts mais pousse aussi certains vers des comportements addictifs. Le temps alimentaire est fragmenté, et l’IA traque les individus dans leurs consommations, dans une volonté responsabilisante voire culpabilisante. Le modèle économique de la plate-forme prime pour l’ensemble des acteurs, qui recourent massivement à la technologie. Cette dernière est aussi perçue comme le remède aux dérèglements climatiques.

Le deuxième, « L’alimentation contrôlée dans un contexte de crise », dresse le tableau d’une société marquée par les crises qui ont amené les autorités publiques à intervenir de manière autoritaire : notamment, elles encadrent la consommation alimentaire par des cartes de crédit à la consommation afin de l’orienter vers une alimentation plus saine et durable. Sous l’impulsion centrale de l’État, les consommateurs, l’industrie et finalement la société s’adaptent en conséquence, malgré la persistance à la marge de comportements déviants. La fréquence des crises pénalise néanmoins la vision à long terme et la consistance de l’action publique.

Le troisième, « L’alimentation normée dans un contexte de sobriété volontaire », part de la même hypothèse de crises répétées, mais cette fois le moteur des transformations réside en une prise de conscience collective massive, qui redessine le modèle économique, sanitaire, social et environnemental. La société est plus horizontale, la consommation plus sobre, durable, et scientifiquement informée. L’alimentation devient plus locale et moins carnée. Pour répondre à ces aspirations, le secteur économique se subdivise en unités plus petites.

Le dernier scénario, « L’alimentation mosaïque dans une société fragmentée », reprend certains éléments des trois premiers en faisant l’hypothèse d’une fracture accrue entre les différents types de consommateurs, rendant l’intervention étatique plus complexe. L’alimentation est un marqueur fort des différences et inégalités sociales. À l’échelle globale, l’accès à une information fiable est difficile et les indicateurs de santé se dégradent ; les acteurs et pratiques économiques sont éclatés, et ces divisions empêchent un impact positif de l’alimentation sur les enjeux environnementaux.

De ces différents scénarios peuvent être tirés des enjeux et des enseignements communs, au-delà de la nécessité d’approfondir les recherches pour objectiver les connaissances sur un sujet qui reste clivant. L’alimentation, problématique historiquement plutôt individuelle, est progressivement devenue un enjeu de société (environnement, santé…). Cela a encouragé la complexification du jeu d’acteurs provoquée par la mondialisation — une incertitude prospective majeure réside ainsi dans le degré de remise en cause de cet éloignement entre production et consommation.

Le numérique, présent dans tous les scénarios, verra son impact fortement modulé par l’existence ou non d’une régulation forte. De même, l’étude montre l’importance de la vision systémique et de son adoption par les citoyens — ce qui présuppose des canaux d’information efficients — pour prendre efficacement en compte les enjeux environnementaux et de développement durable.

Le CESER conclut en rappelant la nécessité d’apporter des éléments de solution à l’échelle territoriale, notamment en renforçant la connexion entres grandes filières traditionnelles et territoires, ainsi qu’en structurant les filières alternatives émergentes pour les rendre plus efficientes.

Site web
https://ceser.bretagne.bzh/upload/docs/application/pdf/2021-08/rapport_alimentation_version_web.pdf

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