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La Singularité du vivant

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La Singularité du vivant
BENASAYAG Miguel , « La Singularité du vivant », Le Pommier, 2017.

Après avoir écrit La Mécanique du vivant [1], je ne pouvais être qu’intéressé par un ouvrage sur la « singularité du vivant ». Je m’en faisais l’idée d’une réflexion sur le transhumanisme et l’université américaine de la Singularité. Je crois, en effet, que ce type de réflexion est important pour éclairer nos contemporains sur des idées et des projets de recherche qui pourraient changer notre avenir. Et Futuribles est le lieu privilégié pour mener ce type de réflexion.

Ce n’est pas ce que j’ai trouvé dans le livre de Miguel Benasayag. Sa pensée part d’une mise en cause de la biologie moléculaire et des neurosciences, qu’il réfute en bloc pour des raisons philosophiques : la biologie ne peut pas être moléculaire. Tout en se défendant de l’accusation de vitalisme [2], il se livre à une définition métaphysique du vivant, résumée dans un schéma à trois étages :
1) des processus physico-chimiques, caractérisés par une continuité, par contigüité ;
2) un champ biologique, autopoïétique [3], avec continuité organique ;
3) des éléments mixtes / macro superorganismes, au fonctionnement organique non autopoïétique, autoréférentiel.

Dans un langage aussi abscons, le biologiste que je crois être, ne s’y retrouve pas ! Pour me convaincre de la vacuité et du danger de la modélisation, de la valeur de l’information dans la compréhension du vivant ou de la neuro-imagerie, il faudrait m’opposer des arguments que je comprenne : les biologistes ne sont pas inconscients de l’imperfection de leur démarche, mais ils partent d’un point de vue réductionniste dont ils pensent que c’est le seul qui puisse faire avancer la connaissance. Au contraire, l’auteur avance que vidées de leurs interactions, toutes les connaissances sont vidées de sens. Peut-être la réflexion de Miguel Benasayag correspond-elle à une démarche philosophique originale, mais elle n’est pas exprimée dans des termes qui la rendent compréhensible à un large public et convaincante pour un public de biologistes. C’est regrettable.



[1]Henry Jean-Pierre, La Mécanique du vivant. De la cellule à la pensée, Paris : Albin Michel, 2016 (analysé sur le site de Futuribles. URL : https://www.futuribles.com/fr/bibliographie/notice/la-mecanique-du-vivant-de-la-cellule-a-la-pensee/. Consulté le 17 janvier 2018).

[2] Le vitalisme est une tradition philosophique selon laquelle le vivant n’est pas réductible aux lois physico-chimiques. La vie y est considérée comme de la matière animée d’un principe ou force vitale, qui s’ajouterait pour les êtres vivants aux lois de la matière ; selon cette conception, c’est cette force qui insufflerait la vie à la matière (NDLR).

[3] L’autopoïèse est un concept développé initialement pour caractériser les êtres vivants ; il désigne la propriété d’autocréation d’un système par lui-même, en permanence et en interaction avec son environnement (NDLR).

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