Rapport

Économie, emploi - Entreprises, travail

La Philanthropie privée pour le développement

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La Philanthropie privée pour le développement
OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) , « La Philanthropie privée pour le développement », OCDE, 2018.

Depuis 2000, l’Organisation des Nations unies (ONU) se fixe des objectifs assez précis et ambitieux en faveur du développement à l’échelle mondiale. Après huit OMD (Objectifs du millénaire pour le développement) adoptés en 2000 et affichant des objectifs à l’horizon 2015, ce sont 17 ODD (Objectifs de développement durable) qui ont pris le relais en 2015, avec un horizon décalé à 2030 et des cibles tout aussi ambitieuses (éradiquer la pauvreté, la faim, promouvoir la santé, le bien-être, une éducation de qualité pour tous, l’égalité entre les sexes, une énergie propre à un coût abordable, etc.).

La mise en œuvre de ces ODD repose pour une grande partie sur la contribution financière des États les plus développés par le biais de l’aide publique au développement (APD), mais dans un contexte économique fragilisé par la crise économique de 2008, celle-ci n’augmente guère. Il devient donc essentiel de mobiliser d’autres canaux de financement, au premier rang desquels figure la philanthropie puisque de son côté, la richesse privée tend à augmenter. D’où l’intérêt d’en mesurer la nature, l’étendue et les perspectives de développement, comme l’a fait l’OCDE dans ce rapport.

Tout en tenant compte des limites méthodologiques inhérentes à la comparabilité des données, l’OCDE s’est efforcée de fournir un panorama quantitatif et qualitatif des « apports philanthropiques privés à l’appui du développement ». Elle définit ces apports comme les transactions du secteur privé qui sont principalement destinées à promouvoir le développement économique et la prospérité des pays en développement, et qui proviennent des fonds de fondations (dotations, dons d’entreprises et particuliers, redevances, loteries, etc.). S’appuyant sur les données de son Réseau mondial des fondations (netFWD) et une enquête menée par ses propres services, l’OCDE estime que les fondations ont octroyé 23,9 milliards de dollars US au titre du développement en 2013-2015. Si ces apports demeurent relativement modestes par rapport à l’APD (5 % du total de la période triennale) et au financement consacré au développement en général, les fondations ont été des partenaires clefs dans certains secteurs comme la santé, en particulier reproductive (troisième source de financement dans les pays en développement). D’une manière générale, au cours de la période considérée, la santé a été le premier secteur destinataire des apports philanthropiques — loin devant les autres secteurs — avec une part de 53 % du total (12,6 milliards de dollars US en 2013-2015).

Le deuxième chapitre du rapport présente et analyse dans le détail la répartition des apports de la philanthropie privée par destinataire (pays), secteur, population cible, etc. Il indique également les principales modalités d’acheminement des apports des fondations philanthropiques, en particulier les organismes par lesquels elles font transiter la majeure partie de leur financement. Globalement, on constate que les fondations philanthropiques (parmi lesquelles la Fondation Bill & Melinda Gates couvre près de la moitié des apports) préfèrent investir dans les pays à revenu intermédiaire stables, par le biais de partenaires établis (organisations internationales ou non gouvernementales). L’Afrique est le continent le plus « financé », mais à l’échelle nationale, c’est l’Inde qui capte la plus grande part des apports philanthropiques.

Le rapport insiste ensuite sur le rôle important des fondations philanthropiques en matière d’innovation. Il souligne les apports du secteur philanthropique en termes d’innovation d’organisation et de procédé, mais aussi les raisons qui incitent les fondations à innover et les modalités qu’elles retiennent. Parmi les facteurs les conduisant à innover dans leur mode de fonctionnement (en direction d’une une philanthropie plus stratégique), l’OCDE cite l’essor et la professionnalisation du secteur, le goût naturel des fondations pour l’innovation (souplesse, recherche de solutions et outils nouveaux…) et le basculement générationnel (des entrepreneurs à succès investissant pour laisser leur empreinte de leur vivant). Elle évoque aussi l’innovation de procédé, la disponibilité de nouvelles technologies et l’accès aux données leur permettant d’employer de nouveaux instruments financiers et de modifier leurs processus internes.

Après un chapitre consacré aux relations avec les partenaires (récipiendaires, intermédiaires…), l’OCDE formule, comme souvent dans ses rapports, un certain nombre de recommandations pour l’avenir. Parmi celles-ci, compte tenu d’un certain chevauchement entre les financements philanthropiques et l’APD, il semble important de mettre en place des espaces de concertation entre acteurs pour mieux coordonner les actions. L’OCDE incite aussi les gouvernements des pays en développement à favoriser encore davantage le contexte de leur intervention (moyens réglementaires, statut juridique…) ; elle plaide aussi en faveur d’une plus grande transparence et disponibilité des données en matière d’apports philanthropiques, par le biais de plates-formes de coopération par exemple.

Notons enfin l’existence de nombreux graphiques et données très instructifs dans tous les champs couverts par le rapport, très détaillés, ainsi qu’une liste assez longue des principales fondations significatives, de leurs apports et de leur champ d’action. Cela ne suffira probablement pas à atteindre les fameux ODD à l’horizon 2030, mais cela renseigne déjà beaucoup sur l’apport de ces grandes fondations au bien commun appréhendé sous le prisme du développement.

Site web
http://www.oecd.org/fr/cad/la-philanthropie-privee-pour-le-developpement-9789264303973-fr.htm

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