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La Nano Révolution. Comment les nanotechnologies transforment déjà notre quotidien

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La Nano Révolution. Comment les nanotechnologies transforment déjà notre quotidien
KHALATBARI Azar , « La Nano Révolution. Comment les nanotechnologies transforment déjà notre quotidien », Quæ, 2018.

Les nanomatériaux sont l’objet, depuis une dizaine d’années, d’articles de presse attirant l’attention du public sur leurs applications actuelles et potentielles, ainsi que sur les risques que pourraient comporter leurs usages mal contrôlés. L’auteur, Azar Khalatbari, une journaliste scientifique, ouvre ce dossier complexe.

L’histoire des nanomatériaux et des nanotechnologies a commencé, rappelle l’auteur, par une conférence du physicien Richard Feynman, en 1959, lors d’un congrès de la Société américaine de physique. Familier des formules chocs qui contribuaient à faire le succès de ses cours au Caltech, il avait invité ses collègues physiciens à travailler sur la matière à petites dimensions car, déclara-t-il, « il y a beaucoup de place tout en bas [1] ». Ils se mirent à la tâche et effectivement de nombreux travaux dans le monde, aux États-Unis, en Europe et au Japon, ont mis en évidence les propriétés spécifiques de matériaux dont les dimensions sont inférieures à 100 nanomètres (le nanomètre étant le milliardième de mètre), tels que des particules métalliques (l’or par exemple) ou d’oxydes comme l’oxyde de titane (présent dans des peintures et des crèmes solaires…). Cette nouvelle science des matériaux nanométriques a aussi bénéficié de l’apport de nouvelles techniques expérimentales en microscopie (microscopie à effet tunnel et à force atomique mis au point dans les laboratoires d’IBM à Zurich) qui permettent de visualiser des atomes et de les manipuler.

L’auteur n’ouvre pas le dossier de l’origine des propriétés des nanomatériaux (les constituants de la matière à petite dimension, les électrons notamment, ont des comportements collectifs d’origine quantique) qui permet de comprendre bon nombre de leurs applications (en optique par exemple), mais elle s’intéresse plus spécifiquement à leurs usages dans l’alimentation (comme additifs alimentaires ou dans des emballages), qui ne sont pas sans risques, et en médecine sous forme de nanoparticules qui peuvent véhiculer un médicament dans une cellule. La miniaturisation de composants électroniques et de capteurs est aujourd’hui possible, grâce à l’utilisation de nanomatériaux, mais elle se heurte à la loi de Moore (un doublement biennal des capacités de stockage de composants électroniques) qui arrive en bout de course car on ne peut plus évacuer la chaleur des puces électroniques.

La multiplication des usages des nanomatériaux qui peuvent se diffuser dans les milieux naturels (l’air et les cours d’eau) n’est pas sans risques car ils peuvent franchir les barrières cellulaires, et certains sont toxiques (des particules organiques ou métalliques actives aux petites dimensions) et peuvent menacer la santé. La réglementation européenne REACH (Registration, Evaluation, Autorisation and restriction of CHemicals) est censée protéger les consommateurs mais son application peut poser quelques problèmes. Les nanomatériaux semblent omniprésents mais la convergence avec les biotechnologies, l’informatique et les sciences cognitives (NBIC) est-elle la révolution scientifique et technique souvent annoncée ? L’auteur reste prudente dans sa réponse.

La Nano Révolution a l’avantage de se lire facilement, mais le lecteur n’y trouvera pas les réponses aux questions que l’on peut se poser à propos des nanomatériaux : comment explique-t-on leurs propriétés ? Comment les fabrique-t-on (notamment certains d’entre eux comme les nanotubes de carbone et le graphène) ? Quels nouveaux usages peut-on envisager ? Des nanorobots ? L’auteur fait un détour par les neurosciences et le transhumanisme, mais elle fait une impasse totale sur la chimie supramoléculaire qui synthèse des nano-objets (submicroniques) et qui a valu deux prix Nobel aux Strasbourgeois Jean-Marie Lehn et Jean-Pierre Sauvage. En fin de compte, le dossier est très incomplet.



[1] Texte repris en futur d’antan dans la revue Futuribles : Feynman Richard P., « Vers l’infiniment petit (1959). Il y a beaucoup de place en bas de l’échelle », Futuribles, n° 278, septembre 2002, p. 57-67. URL : https://www.futuribles.com/fr/revue/278/vers-linfiniment-petit-1959-il-y-a-beaucoup-de-pla/. Consulté le 17 janvier 2019.

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