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Économie, emploi - Géopolitique

La Chine à nos portes. Une stratégie pour l’Europe

La Chine à nos portes. Une stratégie pour l’Europe
GODEMENT François et VASSELIER Abigaël , « La Chine à nos portes. Une stratégie pour l’Europe », Odile Jacob, 2018.

Concluant Que veut la Chine ? De Mao au capitalisme [1] qui analysait la Chine au moment de l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, François Godement se demandait si l’on pouvait s’ouvrir à la Chine quand celle-ci restaure un État léniniste fort avec des traits oligarchiques. Six ans plus tard, il constate que « la Chine glisse vers le totalitarisme, bombe le torse et s’immisce dans les affaires européennes ». Rédigé avec Abigaël Vasselier, cet ouvrage ne se limite pas à constater les relations asymétriques entre l’Europe et la Chine mais propose une stratégie commune vis-à-vis de Pékin.

Après un premier chapitre montrant que la Chine est à la commande dans les relations Chine-Europe, ce livre analyse les enjeux des investissements chinois et la pénétration de la Chine en Europe centrale et orientale ; il décrypte la stratégie d’influence de la Chine et conclut sur les mesures à prendre. Une annexe détaille les relations de chacun des 27 pays européens avec la Chine et révèle des positions divergentes à l’intérieur de chaque pays et entre pays, selon que l’on évoque les questions économiques ou politiques.

La Chine est présente en Europe, à travers ses produits et ses touristes, mais de plus en plus aussi ses investissements. Depuis l’adoption de la stratégie Go Out en 1999, la croissance des investissements chinois à l’étranger a été spectaculaire et si ceux-ci se sont effondrés aux États-Unis en 2018, ils restent importants en Europe où ils sont mal renseignés : faute de statistiques des pays membres, Bruxelles sous-traite leur suivi  à un bureau d’études américain ! Leur montant aurait atteint 35 milliards de dollars US en 2017, un chiffre qu’il faut relativiser car la même année, l’Union européenne (à 28) a accueilli 303 milliards de dollars US d’investissements directs étrangers (IDE) du monde entier. Longtemps convoités, ces investissements inquiètent depuis qu’ils financent l’achat d’entreprises de haute technologie : entre 2005 et 2007, un tiers des acquisitions ont un lien direct avec les objectifs du plan Made in China 2025. Plusieurs exemples montrent que les entreprises en difficulté rachetées par la Chine peuvent ensuite servir de cheval de Troie pour l’acquisition d’entreprises convoitées.

S’agissant d’infrastructures, les auteurs mettent en garde non pas contre les investissements chinois mais contre les prêts chinois qui font porter les risques sur les débiteurs. Alors que le gouvernement américain renforce son organisme de surveillance des IDE et que la Chine les interdit dans plusieurs secteurs, l’Europe est ouverte. Les négociations pour un traité bilatéral d’investissement avec Chine se sont enlisées. Son gouvernement, qui avait promis de participer au fonds Juncker (Fonds européen pour les investissements stratégiques), a refusé de respecter les modalités des marchés d’offres publics européens et a orienté ses fonds vers les pays de l’Europe orientale dans le cadre de le son initiative « 16 plus 1 » qui a précédé le lancement des nouvelles routes de la soie (2013).

La construction de cette nouvelle organisation ne doit pas faire illusion car, dans le cas de l’Europe orientale comme dans celui de l’Afrique, la Chine privilégie la relation bilatérale. Elle traite l’Europe comme un ensemble d’États souverains et considère l’Union européenne comme une organisation régionale. Heureusement pour Bruxelles, la Chine n’a pas encore les moyens de tenir ses promesses à l’Europe orientale, d’un montant bien inférieur aux prêts structurels européens. Comme le montrent les auteurs, l’Union européenne a commencé à réagir : aucun communiqué commun après ses deux derniers sommets avec la Chine ; refus d’accorder à la Chine le statut d’économie de marché ; et l’Europe, qui fait de la réciprocité une priorité, a décidé de reconnaître les entreprises chinoises et leurs filiales comme une seule entité.

Ce livre, qui dans sa forme est plus un rapport qu’un essai, constitue un avertissement qui doit être lu.



[1] Paris : Odile Jacob, 2012.

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