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Ressources naturelles, énergie, environnement - Société, modes de vie

Hors des décombres du monde. Écologie, science-fiction et éthique du futur

Par

Hors des décombres du monde. Écologie, science-fiction et éthique du futur
RUMPALA Yannick , « Hors des décombres du monde. Écologie, science-fiction et éthique du futur », Champ Vallon, 2018.

Yannick Rumpala est maître de conférences en science politique à l’université de Nice. Il s’intéresse depuis de nombreuses années aux apports de la science-fiction pour penser les questions environnementales. Il synthétise dans cet ouvrage le fruit de ses travaux sur le sujet, en illustrant ses analyses avec des références particulièrement diversifiées et fouillées d’œuvres de science-fiction classiques ou plus récentes.

La science-fiction, explique-t-il, occupe une place unique et cruciale dans nos imaginaires : elle constitue « une mise en scène de la vulnérabilité humaine ». Elle permet en effet d’anticiper des ruptures majeures dans les conditions d’habitabilité de la planète, et leurs conséquences pour l’humanité. Sans surprise, les œuvres de science-fiction anticipent ainsi, depuis des décennies, les enjeux environnementaux qui sont aujourd’hui devenus des priorités : croissance démographique, réchauffement climatique, pénurie de ressources stratégiques (eau, pétrole, nourriture…). Yannick Rumpala propose d’identifier deux archétypes dans le traitement de ces enjeux par la science-fiction : d’un côté, les apocalypses ; de l’autre, les utopies.

Les apocalypses envisagent que des points de non-retour puissent être atteints dans les dégradations de l’environnement, entraînant par exemple la disparition d’une partie de l’humanité et / ou d’un certain nombre de ressources. Certaines œuvres mettent ainsi en scène l’idée de l’effondrement d’une partie de l’humanité, qu’il soit provoqué par un accident nucléaire, une pandémie, des pollutions, le changement climatique, la surpopulation ou, à l’inverse, la stérilité progressive de l’espèce humaine. Les survivants doivent alors apprendre à vivre sans ses infrastructures et ses institutions, dans une nature devenue hostile, faire face à des pandémies.

Dans les utopies, au contraire, l’humanité a achevé d’imposer sa domination sur la nature et le règne animal, ses villes s’étalent toujours plus horizontalement et verticalement, qui étouffent la nature, la transforment, la façonnent selon leurs besoins. La technologie occupe le plus souvent une place déterminante dans ces œuvres, en apportant des réponses globales aux enjeux environnementaux : conquête de nouvelles planètes, lutte contre les maladies et la mort, etc. Néanmoins, les technologies sont aussi souvent à l’origine de nouveaux défis pour l’humanité : dérives dictatoriales, dégradations de l’environnement, machines incontrôlables… Surtout, Yannick Rumpala constate qu’il existe finalement peu de visions très utopiques dans la science-fiction, comme si l’ampleur des défis mondiaux rendait impossible d’envisager un futur désirable pour l’humanité, même à très long terme.

Entre ces deux archétypes d’imaginaires de la science-fiction, l’auteur souligne la diversité et la richesse des trajectoires imaginées, ou « lignes de fuite », pour reprendre l’expression du philosophe Gilles Deleuze. Mais il reconnaît que l’influence de la science-fiction peut se révéler ambiguë, voire contre-productive, car celle-ci peut aussi contribuer à entretenir l’illusion du « solutionnisme technologique » ou, à l’inverse, contribuer à faire accepter la fatalité d’un avenir plus sombre et d’un environnement nécessairement dégradé.

Yannick Rumpala insiste néanmoins sur le rôle indispensable de la science-fiction, car très complémentaire d’autres approches (comme la prospective) pour réintégrer des problématiques de long terme dans les réflexions collectives. Grâce à ses univers, elle possède en effet, selon lui, une capacité unique à nous projeter et à nous faire accepter certains sacrifices qui pourraient un jour devenir indispensables pour continuer à vivre sur une planète plus hostile.