Livre

Société, modes de vie

Homo automobilis ou l’humanité routière

Par

Homo automobilis ou l’humanité routière
ASSAILLY Jean-Pascal , « Homo automobilis ou l’humanité routière », Imago, 2018.

Psychologue et chercheur à l’IFSTTAR (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux), Jean-Pascal Assailly dresse, dans son ouvrage Homo automobilis ou l’humanité routière, un panorama des transformations que l’automobile, et le système qui en découle, a amenées dans notre quotidien. Car l’automobile, ce n’est évidemment pas qu’un moyen de transport, ce sont aussi des styles et modes de vie, que l’on soit automobiliste ou simplement piéton.

Ouvrant son livre par une citation de Roland Barthes, l’auteur met d’entrée l’automobile au statut et rang qu’elle a pris dans nos sociétés contemporaines : une « grande création d’époque » et un « objet parfaitement magique ». Car l’automobile est devenue incontournable pour le citoyen d’aujourd’hui. Il suffit de se pencher sur deux temps parmi les plus importants et symboliques de nos vies, la maternité et l’enterrement : que l’on soit piéton ou automobiliste chevronné, la voiture est quasiment toujours présente dans ces moments. Nous sommes devenus une « humanité routière », et c’est ce que Jean-Pascal Assailly s’attache à analyser dans son ouvrage.

L’auteur décrit, chapitre après chapitre (la culture, l’autre, la règle, l’accident, l’homme pressé), les changements opérés au cours d’un siècle, du plus près de la voiture (la conduite) au plus périphérique (la culture). Utilisant souvent plusieurs comparaisons ou études internationales, l’analyse permet de mettre en perspective de forts contrastes entre usages selon les lieux et cultures, et cela derrière un objet aussi standardisé que l’automobile. Car en pratique la voiture, c’est à la fois l’autonomie, la liberté, les gains de temps…, et en même temps, la pollution, la perte de qualité de vie dans certains quartiers affectés par les infrastructures, les accidents... Une grande ambivalence existe donc dans le système automobile, ambivalence variable selon le temps et l’espace. Mais désormais, après la liberté des premières heures, le contrôle social semble l’emporter dans les sociétés industrielles, occidentales notamment.

Seul le dernier chapitre, consacré à la voiture autonome, comporte une dimension prospective explicite. Promesse d’autonomie que les mondes technique et politique, plus que les citoyens, attendent désormais avec impatience, sachant notamment que 90 % des accidents sont liés à un facteur humain. Il est tentant de penser que la suppression du conducteur réglera alors d’autant le problème en conséquence, et cela, alors que les progrès dans la sécurité routière ont tendance à stagner. Pourtant, paradoxalement, c’est bien sur les autoroutes, là où les accidents sont les moins importants, que l’automatisation trouvera sa première aire de pertinence… Pour les métropoles densément peuplées et embouteillées des pays émergents, la voiture autonome ne semble guère adaptée à moyen terme selon l’auteur.

En outre, penser que l’automatisation résoudrait seulement les problèmes actuels revient à occulter les risques introduits par le numérique — bug, piratage, confrontation aux autres usagers, notamment plus vulnérables (piétons, cyclistes, deux-roues motorisés…). L’auteur rappelle plusieurs questions où la technique ne sera d’aucun recours, comme la responsabilité en cas d’accident ou encore la « transparence des algorithmes » indispensable pour comprendre les nouvelles règles collectives. Enfin, selon lui, la voiture autonome ne changera pas que la conduite ; comme la voiture avant elle, elle produira des bouleversements dans tous les secteurs de la société, qu’il convient d’anticiper (industrie, urbanisme, réglementation, assurance, travaux publics…). Mais elle est loin d’apparaître comme la seule clef de voûte du système de mobilité durable de demain.

Jean-Pascal Assailly termine son ouvrage en rappelant que, bien qu’omniprésente désormais et incontournable, l’automobile ne sera pas éternelle et pourrait disparaître prochainement. La question est ouverte, en tout cas, de savoir si nous saurons remettre la voiture au service des citoyens, de la vie de quartier, de l’urbanisme, de la qualité de vie quotidienne, ou bien si l’automobile définira encore les territoires de demain, comme lors des Trente Glorieuses.

L’auteur nous livre au final plus de questions que de réponses dans cet ouvrage. Sur la forme, le style assez foisonnant et l’écriture quasiment sans notes et références aux travaux cités sont regrettables, notamment pour un ouvrage écrit par un chercheur, et pour comprendre ce qui est issu d’enquêtes et études, et ce qui résulte d’analyses ou d’hypothèses propres à l’auteur. Et cela sans plus de bibliographie finale pour retrouver les travaux cités. Cela permet peut-être une lecture plus grand public sur un objet emblématique de notre quotidien et de notre modernité.

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