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Guérir la vieillesse

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Guérir la vieillesse
LEMAITRE Jean-Marc , « Guérir la vieillesse », HumenSciences, 2022.

Le vieillissement est-il une maladie ? Le titre est une affirmation et non une question. Voilà un ouvrage qui ne laissera pas indifférent le lecteur qui, comme le philosophe Luc Ferry, découvrira cette nouvelle ambition de la recherche.

L’auteur est un scientifique français, codirecteur d’un laboratoire, l’Institut de médecine régénérative et de biothérapies, associant l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et l’université de Montpellier. L’implication d’un directeur de recherche dans l’écriture d’un livre destiné à un public non scientifique est rare. Elle offre des avantages et des inconvénients. La vision est large, avec une compréhension des difficultés mais aussi des possibilités, supérieure à ce qui est généralement proposé. En lisant ce livre, on est à la pointe de la recherche et Jean-Marc Lemaitre expose aussi bien ses recherches passées que ses projets. Sur un sujet aussi actuel, les synthèses sont rares et ce livre décrit les différentes tentatives actuellement en cours.

Mais c’est aussi un livre qui apparaîtra difficile au lecteur non scientifique. Proche de la recherche, l’auteur ne donne pas toutes les clefs pour suivre le fil de sa pensée. Pour pallier cette difficulté, on trouve à la fin du livre un glossaire d’une trentaine de pages. La proximité avec la recherche se retrouve aussi dans l’abondance des références bibliographiques (plus de 300), qui font de cet ouvrage un outil précieux pour les scientifiques qui découvrent le domaine.

Ce livre est à la fois un panorama des études sur le vieillissement et une profession de foi : « Reprogrammer le destin d’une cellule pour effacer le vieillissement cellulaire, reconstruire un tissu, voire un organe, n’est plus seulement un rêve de scientifique ! » Dans une première partie personnelle, l’auteur retrace son parcours alors qu’émerge la recherche moderne, moléculaire et cellulaire, sur le vieillissement, n’hésitant pas à donner à ses résultats un éclat international, dans un domaine où la recherche française n’est pas très présente.

Le chapitre suivant, très bref, survole les théories du vieillissement cherchant à répondre à la question « Pourquoi vieillissons-nous ? » Le vieillissement, en effet, pose un problème à la théorie de Darwin car on ne peut pas dire qu’il représente un avantage sélectif. Plusieurs réponses ont été proposées sans toutefois s’imposer. Le chapitre pourrait être complété car la diversité des formes biologiques, animales et végétales, montre que ce phénomène n’est pas une loi universelle comme la succession des saisons.

Quelle est l’importance des facteurs génétiques et épigénétiques dans le vieillissement et, plus précisément, dans la durée de la vie ? Jean-Marc Lemaitre traite successivement ces deux niveaux. Il donne de nombreux exemples de gènes dont la modification allonge ou diminue la durée de la vie, décrits sur des modèles animaux comme le ver nématode, la souris et même l’homme. Il pointe le fait que l’existence de ces gènes n’explique pas le mécanisme du vieillissement et ne permet pas d’envisager des stratégies pour s’y opposer. L’auteur insiste sur le rôle de l’épigénétique et donne une preuve obtenue récemment sur une espèce d’abeille : la durée de vie des ouvrières est très différente de celle la reine, alors que les deux ont les mêmes gènes, et cette différence correspond à l’expression de gènes induits par la nourriture des jeunes.

Comment vieillissent nos cellules ? L’inventaire a été fait et le chapitre suivant reprend cet inventaire de manière extensive, avec une emphase sur l’épigénome et sur l’état de sénescence. À partir de ces deux marqueurs du vieillissement, il est possible de mieux comprendre « l’âge biologique » d’un individu.

Enfin, l’auteur conclut cette analyse du vieillissement par un tour d’horizon de l’immortalité dans la nature. Que nous apprend la diversité biologique sur la possibilité de ne pas vieillir ? Les exemples sont nombreux, surtout dans les formes primitives : la planaire, l’hydre d’eau douce, la méduse sont immortelles. Chez les organismes plus évolués, on observe des phénomènes de régénération correspondant a des propriétés disparues chez les mammifères. Les tritons peuvent faire repousser des membres entiers, une queue, une rétine, des parties de leur système nerveux central et de leur cœur. Ces observations suggèrent l’existence de mécanismes biologiques dont l’étude pourrait être profitable à la médecine régénérative.

La seconde partie se veut plus prospective : que pouvons-nous espérer ? Les cellules sénescentes apparaissent comme une cause principale du vieillissement et un certain nombre d’arguments expérimentaux suggèrent qu’il est possible de les éliminer pharmacologiquement (drogues sénolytiques) ou de bloquer leurs effets. Pour diriger la recherche de telles drogues, l’auteur propose de s’appuyer sur la restriction calorique, un traitement qui prolonge effectivement la durée de vie, mais dont le mécanisme n’est pas bien compris, et de chercher des composés qui miment ce traitement.

Cependant, la proposition la plus intéressante s’appuie sur la principale avancée de l’auteur, la démonstration qu’il est possible de reprogrammer des cultures de cellules sénescentes et de cellules prélevées chez des centenaires. Ce travail s’inspire des travaux de Shinya Yamanaka, prix Nobel de médecine en 2012. L’expression de quatre gènes présents dans les cellules souches embryonnaires permet de dédifférencier des cellules adultes en formant des cellules souches pluripotentes induites (en anglais, iPS cells), susceptibles d’être alors différenciées à volonté. Jean-Marc Lemaitre a vu là la possibilité de surmonter le vieillissement induit par les cellules sénescentes. Cette voie de recherche comporte de nombreuses difficultés et son application en médecine est encore loin, mais l’auteur est optimiste sur l’avenir de ces travaux.

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