Rapport

Économie, emploi - Population - Société, modes de vie

Global Trendometer: Essays on Medium- and Long-term Global Trends. Summer 2017

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Global Trendometer: Essays on Medium- and Long-term Global Trends. Summer 2017
RÉCHARD Danièle , « Global Trendometer: Essays on Medium- and Long-term Global Trends. Summer 2017 », Parlement européen (service Recherche), 2017.

Deux fois par an, le service de recherche du Parlement européen publie le Global Trendometer, un rapport sur les grandes tendances destiné aux députés européens. Il constitue aussi une contribution au dispositif collaboratif de renforcement de la prospective stratégique entre institutions européennes : ESPAS (European Strategy and Policy Analysis System).

Ce nouveau rapport présente une sélection de tendances effectuée à partir de publications de prospective émanant notamment de l’Union européenne, du National Intelligence Council (NIC) américain, de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de la Banque mondiale, de l’Atlantic Council (Conseil de l’Atlantique) et du Forum économique mondial. Cette sélection se fonde sur des critères tels que : un changement dans l’évolution ou dans la perception d’une tendance, son occurrence dans la littérature prospective, son impact transversal ou sa pertinence pour l’Union européenne.

La première partie du rapport se compose de l’analyse de trois tendances.

1. L’empowerment des femmes, condition de la transition démographique en Afrique subsaharienne

En Afrique subsaharienne, le passage à un régime démographique avec des taux de natalité et de mortalité faibles, qui marquerait l’achèvement de la transition démographique, ne se produit pas. Selon le scénario moyen des Nations unies de 2017, la population de l’Afrique passerait de 1,2 milliard en 2015 à 2,5 milliards en 2050. Comment l’économie va-t-elle pouvoir absorber une telle augmentation de la population active ? Comment éviter une explosion du chômage des jeunes, une dégradation des conditions de vie de la population, l’augmentation de l’émigration, des tensions et du nombre de conflits armés ?

Pour limiter les risques et si possible tirer profit de ce dynamisme démographique, il est nécessaire de soutenir la transition démographique, notamment en permettant aux femmes et aux couples d’avoir le nombre d’enfants qu’ils désirent. Il y a une différence de plus de deux enfants entre le nombre actuel d’enfants par femme et le nombre d’enfants souhaités. Il faut donc investir dans l’amélioration de la santé des enfants et des femmes, dans l’éducation des femmes, dans l’évolution de normes sociales (âge du mariage, accès à l’éducation et au travail rémunéré, participation des femmes aux décisions), et dans les services de planification familiale (contraception et avortement). L’enjeu est majeur pour l’Afrique bien sûr, mais aussi pour l’Union européenne qui reste son premier partenaire à maints égards.

2. Le retour des politiques fiscales redistributives

Cette contribution rassemble les germes de changements perceptibles en matière de politiques fiscales. Le retour des politiques fiscales redistributives y est présenté comme une tendance émergente, qui pourrait marquer la fin de la théorie du ruissellement. L’évolution des déclarations des hommes politiques et de l’opinion publique sur ce sujet est portée non seulement par les résultats de nouveaux travaux de recherche, mais surtout par leur large diffusion orchestrée par des organisations de la société civile. Il n’est plus possible d’ignorer les pertes de recettes fiscales dues au transfert de bénéfices et aux stratégies fiscales agressives des entreprises multinationales. L’idée que les inégalités constituent un danger pour la cohésion sociale et un obstacle à la croissance économique progresse ; celle qu’il faut plus de redistribution pour réduire les inégalités aussi. Mais le lien de causalité entre le transfert de bénéfices et les trop grandes inégalités reste rarement établi dans les publications étudiées dans ce rapport.

3. Les perspectives du commerce international : entre multilatéralisme et protectionnisme

Même s’il est trop tôt pour conclure à une montée du protectionnisme, la croissance de l’économie et du commerce international des décennies de l’après-guerre, portée par le multilatéralisme et la réduction des barrières commerciales, a ralenti depuis la crise de 2008.

Les multinationales et les organisations internationales continuent à plaider en faveur du multilatéralisme en se fondant sur l’argument économique selon lequel les économies ouvertes bénéficient toujours d’une croissance économique plus forte et de salaires plus élevés que les économies fermées. Mais, depuis peu, les organisations internationales, Union européenne comprise, adoptent une position plus nuancée sur la mondialisation. Il n’est plus possible d’avoir pour seul indicateur le produit intérieur brut (PIB) par habitant, qui masque que la richesse s’est concentrée sur les segments les plus riches de la population. Il faut viser une mondialisation inclusive, ce qui suppose des politiques de redistribution, des amortisseurs sociaux, des politiques actives en faveur du marché du travail et de nouvelles politiques industrielles. Avec le développement des chaînes de valeur mondiales, l’enjeu n’est plus tant les tarifs aux frontières, qui sont devenus un instrument pénalisant, mais la conformité à la réglementation, et aux normes des produits et services importés et exportés, y compris aux normes relatives au travail et à l’environnement. L’affirmation du juste-échange (fair trade) en lieu et place du libre-échange (free trade) déterminera l’évolution du commerce international au XXIe siècle. Deux scénarios sont esquissés à l’horizon 2030 :

— « Un monde fragmenté ? », c’est-à-dire un monde où l’Europe est dysfonctionnelle, où les États-Unis se replient sur eux et où les pays émergents continuent à appliquer des tarifs douaniers élevés. Ce scénario protectionniste est plausible si les pertes d’emplois sont perçues comme des conséquences de la mondialisation, alors qu’elles seront surtout dues, d’une part, au progrès technologique et notamment à la prochaine vague numérique qui bouleversera l’emploi dans les services et, d’autre part, au déclin persistant de l’emploi industriel en Europe et aux États-Unis.

— « Renouvellement de l’engagement en faveur de la libéralisation des échanges ? » Dans ce scénario, l’opinion publique prend conscience de l’interconnexion des économies ; des progrès en direction du juste-échange sont réalisés, et accompagnés d’accords sur des normes minimales et des mécanismes pour les faire respecter ; les multinationales exercent une responsabilité sociale et le pouvoir politique prend des mesures en faveur du marché du travail.

La deuxième partie du rapport se compose de sept textes courts de deux pages sur des faits porteurs d’avenir présentant leur contexte, les principales tendances à l’horizon 2030, les incertitudes majeures et les ruptures possibles. Les sept sujets analysés sont les suivants :
— Le sable en voie de disparition : une limite au développement des infrastructures urbaines ?
— Réutiliser les eaux usées.
— L’avenir numérique des médias.
— L’excédent d’hommes en Chine : question de genre ou menace sociale ?
— Des armes létales autonomes pour des guerres plus « sûres » ?
— Vers un monde post-PIB ? De nouveaux indicateurs pour mesurer les progrès socio-économiques.
— L’érosion des classes moyennes en Occident.

Le Global Trendometer donne un aperçu des nouvelles approches sur des sujets de moyen et long termes. Il permet de mieux comprendre leurs enjeux pour l’Union européenne.

Site web
http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/STUD/2017/603253/EPRS_STU(2017)603253_EN.pdf

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