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Économie, emploi - Ressources naturelles, énergie, environnement

Financer la transition énergétique

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Financer la transition énergétique
GRANDJEAN Alain et MARTINI Mireille , « Financer la transition énergétique », éd. de l’Atelier, 2016.

Financer la transition énergétique, écrit par Alain Grandjean et Mireille Martini,est paru aux éditions de l’Atelier fin 2016 et s’est vu décerner le prix Marcel Boiteux d’économie de l’énergie remis par l’Association des économistes de l’énergie. Les auteurs sont spécialistes des questions climatiques, d’énergie et de financement, et leur livre s’appuie sur des travaux communs menés en 2015 et 2016, notamment avec Pascal Canfin et Gérard Mestrallet, sur les financements de la transition énergétique.

L’ouvrage a notamment pour ambition d’établir un dialogue entre des communautés qui ne se parlent et ne se côtoient guère : le monde de la finance et celui du climat. Mais plus largement que son titre ne le laisse penser, il propose de faire de la transition écologique et énergétique le grand projet mobilisateur du XXIe siècle, pour répondre aux enjeux écologiques, bien entendu, mais aussi économiques ou encore démocratiques. Dans une vision réformiste et en même temps radicale, l’ouvrage dresse une liste exhaustive des différents moyens à disposition pour agir. Parfois fastidieux, cet inventaire constitue toutefois un solide argumentaire et une invitation à agir. Mais si les instruments économiques sont abondants, sans un État fort qui assume son rôle de régulateur et sans réformes structurelles de la finance, pour notamment « purger les bulles », les autres efforts pourraient bien rester vains et marginaux.

Tout d’abord, les auteurs rappellent les enjeux climatiques et économiques. Si l’on projette une croissance économique de 2 % à 3 % par an, il faut réduire l’intensité carbone du produit intérieur brut (PIB) d’un facteur 6 à 10. Pour la France, inscrit dans la loi depuis 2005, le « facteur 4 » (division par quatre des émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 1990) à l’horizon 2050 est désormais bien connu, cela constitue donc un plancher ; avec son corollaire, un plafond plus proche du double de la réduction qu’il convient de réaliser si l’on projette une activité économique en croissance significative !

Dans un second temps, les travaux qui évaluent le coût de l’action sont passés en revue pour rappeler qu’il n’est pas plus cher, ou pas significativement, d’agir en faveur de la transition que de poursuivre le modèle énergétique actuel avec toutes ses limites et tensions (économiques, géopolitiques, sociales…).

Puis le contexte macroéconomique est décrit : épargne abondante, manque d’opportunités pour les investisseurs institutionnels, déficit d’investissements en infrastructures, risque de déflation, chômage massif… Autant d’éléments contextuels qui devraient inciter à la transition énergétique et qui, pourtant, nous paralysent. Même si les contraintes d’endettement des États et l’ordre monétaire international posent aujourd’hui un cadre difficile à dépasser à court terme, ce contexte constitue une fenêtre de tir inratable.

Dès le quatrième chapitre, les solutions à envisager ou mobiliser sont analysées. Car « l’argent ne manque pas, et ne peut pas manquer » : autofinancement des entreprises, épargne des ménages, prélèvements obligatoires, fiscalité…, sans oublier la création monétaire, « tabou » souvent occulté par les économistes même. Ce dernier levier est largement détaillé car il constitue une condition incontournable pour dégager des moyens significatifs si l’on abandonne la gestion « en marché » de la dette publique, qui n’est pas une fatalité mais un choix opéré dans les années 1960.

Les cinquième, sixième et septième chapitres traitent de questions plus structurelles pour aller au-delà des moyens disponibles immédiatement. Articulation du rôle des États et du monde de la finance sont au cœur de ces parties. La finance doit être beaucoup plus clairement encadrée et régulée : il faut réduire les rendements exorbitants de certains secteurs pour les rendre moins attractifs, et en parallèle, rendre les investissements dans la transition écologique plus intéressants. Cela passe notamment par des outils emblématiques comme la taxe sur les transactions financières, capable de mobiliser des centaines de milliards d’euros supplémentaires à l’échelle européenne, et d’éroder les rendements d’investissements nuisibles au climat.

La conclusion dresse une feuille de route synthétique : encadrer clairement la finance, établir un prix pour les dommages à la nature, augmenter le rendement des projets de la transition, développer un cadre de politique publique compatible avec la transition, et notamment l’utilisation d’indicateurs alternatifs au PIB, être capable de mobiliser la création monétaire et l’orienter efficacement vers la transition. Enfin, sur le plan international, à l’instar de ce que l’Agence française de développement a commencé en orientant la moitié de ses financements vers des actions à cobénéfices pour le climat, les banques multilatérales de développement doivent faire de la transition un critère central de leur soutien et de leurs interventions.

Préfacé par Nicolas Hulot, homme de dialogue qui y invitait le monde de la finance à s’intéresser à celui du climat, et réciproquement, on peut espérer que celui qui est désormais ministre français de la Transition écologique et des Solidarités saura puiser dans ces nombreuses recommandations pour mettre la finance au service d’intérêts qui la dépassent largement.

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