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EDA’s Technology Foresight Exercise 2021

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EDA’s Technology Foresight Exercise 2021
EDA (European Defence Agency) , « EDA’s Technology Foresight Exercise 2021 », 2021.

En septembre 2021, l’Agence de défense européenne (EDA) a publié les résultats préliminaires de son dernier exercice de prospective technologique. L’objectif de ce travail exploratoire est de soutenir la stratégie des États membres de l’Union européenne en matière de sécurité et de défense. Il se concentre, en particulier, sur les nouvelles technologies susceptibles d’être développées d’ici 2040 et sur leurs impacts stratégiques sur le système de défense européen.

Pour parvenir aux recommandations stratégiques (à paraître d’ici la fin de l’année), l’EDA a regroupé des experts du monde de la défense, de l’industrie, de grandes entreprises, du monde académique, de la société civile. Au travers d’un processus itératif, sous format d’ateliers de réflexion collective, ces experts ont cherché à identifier, avec créativité, les défis à venir dans le domaine de la défense et de la sécurité. Ainsi, dans un premier temps, les prospectivistes du groupe de travail ont rédigé ensemble des « future narratives ». Ces scénarios, non exhaustifs, proposent quatre futurs alternatifs des grands enjeux sécuritaires à l’horizon 2040. Ils sont librement accessibles sur le site de l’EDA.

Le premier, « Techutopia [Utopie technologique] », décrit un monde dans lequel les avancées technologiques ont été si spectaculaires qu’elles ont permis de résoudre une partie des grands défis de l’humanité. La révolution quantique et l’utilisation de la fusion nucléaire ouvrent ainsi une nouvelle ère dans laquelle l’énergie abonde, les maladies disparaissent, les gouvernants cèdent leur place à des intelligences artificielles plus justes et plus efficaces. Évidemment, quelques groupes de dissidents s’opposent à ce nouveau régime hypertechnologique et tentent des coups armés. Mais l’Europe a doublé ses capacités de défense, à tel point qu’elle écrase au passage la Russie et renforce ses liens avec le continent africain.

Le deuxième, « Business as Usual? [Tendanciel ?] », prolonge effectivement les tendances actuelles. L’Union européenne n’est pas parvenue à s’unir autour d’une stratégie commune efficace pour faire face aux enjeux du XXIe siècle. Ces derniers se sont, de fait, aggravés. Le changement climatique perturbe en profondeur les sociétés et les organisations, les épidémies et les famines sont de plus en plus fréquentes. Les États-Unis se refusent à jouer leur rôle historique de leader. Des puissances intermédiaires, comme la Russie, en profitent pour étendre leur sphère d’influence. Néanmoins, un accord international est signé pour encadrer l’utilisation de technologies de pointe, notamment celles reposant sur des systèmes d’intelligence artificielle.

Le troisième, « Darwinian Games [Jeux darwiniens] », s’appuie sur le développement massif des biotechnologies comme ligne directrice d’un futur dans lequel on répond aux défis environnementaux, climatiques, mais aussi sanitaires, grâce à la modification des organismes vivants, y compris humains, voire la création de nouvelles espèces. Mais si ces révolutions biologiques permettent de réduire les conséquences du réchauffement climatique, elles perturbent aussi en profondeur les écosystèmes. En parallèle, les individus les plus aisés s’offrent des modifications génétiques pour leur propre convenance, aggravant les inégalités sociales dans la plupart des grands pays. Les tensions s’accentuent entre les pro- et les anti-biotechnologies. Elles se répercutent au travers d’une « guerre silencieuse » dans le cyberespace. L’Union européenne parvient à y faire face en signant un accord collectif de contrôle des technologies d’édition de gènes.

Le dernier, « Humanity vs. the Hungry Best [L’humanité contre la bête affamée] » est un scénario d’expansion dramatique des grandes entreprises du numérique, dont les data centers consomment de plus en plus de ressources. Les États ne parviennent pas à les contrôler, ce qui aggrave les effets délétères du changement climatique. Paradoxalement, la puissance de calcul de ces superordinateurs hautement consommateurs d’énergie est aussi une des solutions pour enrayer la crise économique et alimentaire qui guette, notamment grâce à la production de cybermonnaies et l’élaboration de solutions high-tech pour produire de nouvelles espèces de végétaux.

Dans un deuxième temps, d’autres experts membres du groupe de travail constitué par l’EDA ont tâché d’identifier les implications de ces scénarios en matière de grands enjeux de défense et de sécurité pour l’Europe dans les 20 prochaines années. Quatorze défis clefs, eux aussi accessibles librement, ont ainsi été mis en lumière grâce à ce processus, parmi lesquels : les biotechnologies à la fois menaces et défis pour les 20 prochaines années, la pénétration du monde cyber et de l’intelligence artificielle dans les conflits de demain, ou encore la restructuration des valeurs et des croyances comme source potentielle de déstabilisation… On le voit, la liste est large et parfois floue.

La dernière étape de ce travail prospectif est toujours en cours. Elle permettra d’établir une liste de recommandations stratégiques à l’attention des États membres en matière d’investissements et de recherches technologiques pour faire face aux risques sécuritaires des 20 années à venir.

La démarche de l’EDA est louable, stimulante et place la prospective au cœur de problématiques cruciales pour l’Union européenne qui se cherche une identité commune autour des questions de défense. On regrette néanmoins que la rédaction des scénarios n’ait pas été plus rigoureuse, même si l’EDA consacre plusieurs pages aux outils utilisés pour les élaborer — un mix entre analyse morphologique, approche matricielle et approche par bifurcations. Malgré cela, les scénarios dans leur teneur ne semblent pas tous traiter des mêmes variables et ne se situent pas toujours aux mêmes échelles (de la campagne française aux enjeux internationaux, en passant par l’Arctique ou le continent africain…). Ils ne sont, d’ailleurs, pas tous mutuellement exclusifs. En ressort une impression de désordre et de cacophonie. Comment établir des recommandations stratégiques qui soient objectives, pertinentes et utiles avec ces travaux ? Réponse avec la publication à venir prévue d’ici la fin de l’année 2021…

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https://eda.europa.eu/news-and-events/news/2021/09/16/eda-s-technology-foresight-exercise-delivers-first-results