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Comment Trump a-t-il changé le monde ? Le recul des relations internationales

Comment Trump a-t-il changé le monde ? Le recul des relations internationales
DAVID Charles-Philippe et VALLET Élisabeth , « Comment Trump a-t-il changé le monde ? Le recul des relations internationales », CNRS Éditions, 2020.

Rédigé par deux universitaires canadiens durant le confinement, ce bref ouvrage synthétise de façon didactique le recul des relations internationales au cours de la présidence de Donald Trump. Les auteurs estiment que les relations internationales traversent une période charnière analogue à celles qui ont suivi le congrès de Vienne de 1815 ou la fin de la Seconde Guerre mondiale. Nous quittons un monde dont l’architecture avait été définie par les États-Unis et entrons dans un monde plus éclaté, qui pourrait être dominé par la Chine. Le passage entre ces deux mondes sera chaotique avec le retour du nationalisme, du protectionnisme et de la violence, voire de la guerre. Le livre se concentre sur les conséquences de la gouvernance de Donald Trump sur la diplomatie, la sécurité, la démocratie et les normes.

Dans une interview à Radio-Canada, l’un des auteurs affirme que la politique étrangère de Donald Trump s’arrête aux frontières des États-Unis. « L’Amérique d’abord » est une attaque contre le concept de multilatéralisme que Donald Trump a condamné dès son discours inaugural à la Maison Blanche en janvier 2017. Depuis, les États-Unis se sont révélés plus destructeurs de l’ordre international que leurs ennemis, et au début de son mandat, Donald Trump a mieux traité les ennemis de l’Amérique — à commencer par la Corée du Nord — que ses alliés. Il a renégocié plusieurs alliances, s’est retiré de l’accord avec l’Iran et de l’accord de Paris sur le climat. En Asie, abandonnant le Partenariat transpacifique que son prédécesseur avait engagé pour contenir la montée de la Chine en s’alliant sur des pays partageant les mêmes idées libérales, Donald Trump a opté pour une guerre commerciale qui, si elle a diminué le déficit bilatéral, n’a eu aucun impact sur le déficit commercial — et il a appelé à un découplage entre les deux économies qui, hormis les secteurs des équipements de santé, sera difficile à mettre en œuvre du fait de l’attractivité du marché chinois. La poursuite de cette stratégie peut aboutir à la formation de blocs rivaux rendant difficile la résolution de problèmes communs comme le réchauffement climatique.

Au plan sécuritaire, Donald Trump n’a pas demandé aux alliés des États-Unis d’augmenter leurs dépenses militaires pour permettre à Washington d’investir davantage dans les infrastructures, la R&D ou dans la santé. Bien au contraire, pendant la mandature Trump, on a assisté à l’accroissement des dépenses militaires américaines et à la baisse des allocations pour la santé, comme l’ont révélé les dégâts de la pandémie de Covid-19. La montée des dépenses d’armement doit être replacée dans son contexte : mesuré en dollars US constants, en 2019, leur niveau est le plus élevé depuis la fin de la guerre froide, et 38 % des dépenses sont le fait des États-Unis, loin devant la Chine (14 %). Par ailleurs, on assiste à la multiplication des conflits régionaux, au Moyen-Orient, et plus récemment entre l’Inde et la Chine, susceptibles de s’aggraver du fait du désengagement américain. Comment les Nations unies peuvent-elles restaurer la paix si elles ne peuvent pas compter sur la plus grande puissance de la planète ? Pékin est désormais la seule grande puissance à prêter des troupes aux contingents des Casques bleus. On peut même ajouter à cette analyse de l’auteur que le retrait américain qui avait commencé avant l’élection de Donald Trump profite à la Chine, comme en témoignent ses avancées dans tous les pays du Moyen-Orient, de l’Irak à l’Iran en passant par l’Arabie Saoudite.

Le classement de l’Economic Intelligence Unit (mars 2020) a rétrogradé la première démocratie du monde dans la catégorie de démocratie déficiente. Certes, les États-Unis ne sont pas une démocratie « illibérale », mais leur président n’a pas tari de louanges sur les hommes forts qui dirigent un nombre croissant de pays. La vie politique américaine est caractérisée par l’hyperprésidentialisation et l’impossibilité d’aboutir à un consensus bipartisan — à l’exception notable de la position contre la Chine, les démocrates faisant de la surenchère vis-à-vis des républicains ; une évolution aggravée par la montée du rôle des médias sociaux dans l’information. Le recul démocratique est inquiétant pour l’avenir de cette confédération de 50 États qui sont maîtres de l’organisation des élections. Depuis 2000, deux présidents sur trois ont accédé au pouvoir sans avoir obtenu la majorité des suffrages populaires, et Donald Trump a d’ores et déjà annoncé que le résultat des élections n’aurait qu’une valeur indicative. À ce sujet, ajoutons qu’un long article du Financial Times du 14 septembre 2020 explore les conséquences d’un refus par Donald Trump de reconnaître sa défaite électorale.

À la fin du mandat Trump, la réputation des États-Unis dans le monde est à un de ses plus bas niveaux depuis la guerre du Viêt-nam, et la Chine est gagnante non seulement sur le plan économique — elle a moins souffert de la crise —, mais aussi sur celui de la gestion de la pandémie — Pékin construit un récit qui passe sous silence les erreurs faites au cours des trois premiers mois.

Dans un ouvrage paru en août au Canada [1], l’un des auteurs écrit que la Pax Americana s’est muée en Pox Americana, un virus anti-internationaliste qui perturbe les fondements de l’ordre international. L’élection de novembre 2020 sera cruciale pour l’avenir des relations internationales. Si Donald Trump est réélu, certaines caractéristiques analysées par les auteurs rendront irrémédiables les changements survenus depuis 2017 et le monde deviendra plus instable. Une inversion de tendance est envisageable avec l’élection de Joe Biden qui, aidé par son expérience internationale, s’efforcera de resserrer les liens avec les alliés et renouera avec les instances multilatérales. Toutefois, l’administration démocrate peinera à convaincre les Américains de s’engager dans cette direction. Pour résoudre ce dilemme, un ancien président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, propose de partir des priorités nationales — santé publique, environnement, sécurité énergétique, cyberprotection et immigration — pour reconstruire les fondements d’un partenariat avec les pays alliés et relever le défi de la montée en puissance de la Chine.



[1]David Charles-Philippe, L’Effet Trump. Quel impact sur la politique étrangère des États-Unis ?, Montréal : Presses de l’université de Montréal, août 2020.

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