Rapport

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Comment décarboner le transport routier en France ?

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Comment décarboner le transport routier en France ?
DELCOURT Samuel et PERROT Étienne , « Comment décarboner le transport routier en France ? », La Fabrique de l’industrie / Presses des Mines, 2021.

La Fabrique de l’industrie est un think-tank dédié aux perspectives de l’industrie en France et à l’international. La collection des Docs de La Fabrique, dont cet ouvrage fait partie, rassemble des textes qui apportent des éléments de réflexion pour le débat sur les enjeux de l’industrie. Ce rapport, issu d’un mémoire de deux ingénieurs-élèves du corps des Mines, s’adresse aux dirigeants d’entreprise, décideurs publics (État et collectivités), chercheurs, étudiants et citoyens qui souhaitent en savoir davantage sur les options possibles et leurs conséquences pour la décarbonation du transport routier.

Dans une première partie, les auteurs décrivent les différentes technologies envisageables pour décarboner le transport routier. L’objectif de la neutralité carbone requiert l’arrêt progressif de l’utilisation des carburants fossiles. Les biocarburants et les hydrocarbures de synthèse seront probablement utilisés pour l’aéronautique qui nécessite une densité énergétique élevée. Quant à l’hydrogène, si les auteurs ne nient pas le potentiel de cette solution et sa complémentarité avec d’autres technologies, ils soulignent que le rendement limité de la synthèse d’hydrogène par électrolyse et de sa conversion en électricité, ainsi que la nécessité de créer un réseau de distribution dédié, sont des freins à son utilisation. Ils limitent donc cette technologie aux secteurs où le besoin en autonomie est important et où il y a peu d’alternatives disposant d’un meilleur rendement, comme le transport maritime et certains véhicules terrestres lourds.

Le moteur électrique couplé à une batterie est donc une solution particulièrement pertinente pour la décarbonation du transport routier : la technologie est mature, le rendement est bon et la pollution au roulage est faible. Pour les véhicules particuliers, les auteurs recommandent des batteries embarquées d’autonomie limitée. En effet, ne pas surdimensionner la batterie permet de réaliser à la fois des économies à l’achat et des économies au roulage grâce à une réduction du poids du véhicule. De plus, une plus petite batterie permet des économies en matériaux et en énergie lors de la construction. Les facteurs de succès de la décarbonation du transport routier sont l’utilisation d’une électricité peu carbonée et la compétitivité économique au roulage.

Dans une deuxième partie, les auteurs décrivent l’intérêt de l’électrification des grands axes très fréquentés pour le transport de marchandises sur de longues distances. Le report modal vers le train est certes complémentaire mais ne leur semble pas apporter de réponse suffisante. Parmi les différentes technologies possibles pour les poids lourds, la solution par caténaire est retenue car elle possède une plus grande maturité, une simplicité d’installation et pourrait être déployée rapidement. Pour les distances plus courtes, l’utilisation du diesel est préconisée dans un premier temps, puis la migration vers la batterie ou la pile à combustible est envisagée à plus long terme.

La troisième partie s’intéresse aux véhicules particuliers, secteur politiquement et socialement très sensible. Les auteurs constatent la prépondérance des trajets courts, qui justifie l’utilisation de véhicules d’autonomie limitée. Ils mettent en avant un certain nombre de leviers pour l’incitation à l’acquisition de véhicules électriques, dont l’enjeu tout particulier de l’infrastructure de recharge. Pour les longs trajets occasionnels, les solutions proposées sont la location, le partage de véhicules thermiques et la multimodalité. D’autres solutions sont évoquées, comme les prolongateurs d’autonomie externes ou la recharge au roulage, mais des avancées technologiques sont nécessaires.

La quatrième partie est consacrée aux véhicules utilitaires. Les auteurs constatent que le profil de déplacement de ces véhicules est bien en phase avec la batterie. Ils relatent le retour d’expérience de La Poste et la réussite de la mise en place de son parc de véhicules électriques. Selon eux, le levier des « zones à faible émission » est un mécanisme intéressant à disposition des collectivités, mais nécessite une prise en compte des contraintes des différents acteurs et une réflexion sur les reports occasionnés par les restrictions.

Enfin, la dernière partie de ce document évoque rapidement la problématique des conséquences de l’électromobilité sur le besoin en électricité. Les auteurs s’en tiennent au dernier rapport sur l’étude de l’impact de l’électromobilité sur le réseau de RTE qui estime que le système électrique français serait capable d’accueillir jusqu’à 15 millions de véhicules légers électrifiés d’ici 2035, dont 22 % d’hybrides rechargeables, sans difficulté majeure, et que la pointe de puissance sera gérable, sous réserve de la mise en place de solutions simples de pilotage de la recharge. Ils suggèrent toutefois d’intégrer le besoin électrique des poids lourds sur les longues distances dans la prochaine étude de RTE.

Tout au long de l’ouvrage, les auteurs mettent en avant 18 propositions concrètes destinées à faciliter et accélérer la décarbonation du transport routier. Ils passent en revue tous les cas d’usages possibles et ont interrogé un grand nombre d’acteurs français du transport routier. Ils ont pris en compte certaines problématiques sociales. Néanmoins, leur étude est basée sur une solution purement technologique à la question de la décarbonation du transport. La réflexion devrait être plus systémique, avec notamment la prise en compte de la modification des usages et la baisse nécessaire de la demande de mobilité : le système vélo, le covoiturage, le développement des transports publics, la distribution des achats et le télétravail sont, par exemple, des axes à approfondir [1]. De plus, la question des métaux rares (bilan écologique de leur extraction, dépendance vis-à-vis de certains pays pour les ressources et leur traitement) n’est que très peu prise en compte.



[1] Sur cet aspect, voir Décarboner la mobilité dans les zones de moyenne densité, The Shift Project, septembre 2017.

Site web
https://www.connaissancedesenergies.org/sites/default/files/pdf-pt-vue/doc12-decarbonisation-transport-routier-web-210422070610.pdf