Rapport

Ressources naturelles, énergie, environnement

Climate Change 2022: Impacts, Adaptation and Vulnerability

Par

Climate Change 2022: Impacts, Adaptation and Vulnerability
GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) , « Climate Change 2022: Impacts, Adaptation and Vulnerability », GIEC, 2022.

Publié en février 2022, le rapport du groupe de travail II du GIEC consacré aux impacts, à l’adaptation et à la vulnérabilité liés au changement climatique est le deuxième opus d’une trilogie qui se termine par le rapport du groupe de travail III consacré à l’atténuation, publié en avril 2022. Le premier rapport (groupe de travail I) sur la compréhension et les bases physiques du changement climatique a été publié en octobre 2021. L’ensemble donnera lieu à un rapport de synthèse prévu en octobre 2022. Ils constituent le sixième cycle d’évaluation (Assessment Report [AR] 6) du GIEC, le précédent AR5 datant de 2014. Parmi les nouveautés, le présent rapport intègre davantage les interdépendances entre climat, écosystèmes et sociétés humaines. Et les tendances mondiales non liées à l’évolution du climat sont aussi des éléments pris en compte : la consommation de ressources non renouvelables, la dégradation des terres, l’urbanisation, la démographie, la pandémie…

Le contenu de ce volet est donc focalisé sur l’adaptation et ses multiples dimensions, notamment transversales et territoriales, à l’échelle des continents ou régions géographiques homogènes. Le constat partagé, tout d’abord, c’est le réchauffement global dû à la responsabilité « sans équivoque » de l’homme et déjà en cours : nous en sommes aujourd’hui déjà à + 1,1 °C par rapport à la période de référence préindustrielle 1850-1900. Un niveau de + 1,5 °C (l’objectif de l’accord de Paris de 2015) est attendu à court terme (entre 2020-2040). La suite dépendra des émissions de gaz à effet de serre à venir, et des rétroactions ou emballements que les écosystèmes dégradés pourraient accentuer (exemples : fonte du pergélisol et rejets de méthane associés).

Le résumé à l’intention des décideurs et le rapport technique sont formalisés dans le langage propre aux rapports du GIEC. Ce « langage GIEC » reprend ainsi ses niveaux de confiance associés à chacune des assertions formulées : confiance très élevée, élevée, moyenne, faible, très faible selon les niveaux d’incertitude associés à ces résultats dans les travaux scientifiques. Le résumé à l’intention des décideurs reprend en trois grandes parties les 18 chapitres détaillés du rapport technique. La première partie est consacrée aux impacts observés, projetés et aux risques ; la deuxième, aux mesures d’adaptation et à leurs conditions ; enfin la dernière, au mode de développement résilient au climat.

Plusieurs pages sont tout d’abord consacrées à des précisions sémantiques, méthodologiques et aux cadres temporels utilisés par le GIEC. Ainsi, la période de référence (préindustrielle) est celle de 1850-1900 ; 2021-2040 constitue le court terme, 2041-2060 le moyen terme, tandis que 2081-2100 constitue le long terme. Les termes « risque », « vulnérabilité », « résilience », « adaptation »…, sont définis de manière précise, afin de rendre les conclusions ensuite aussi claires et intelligibles que possible.

L’introduction rappelle qu’à travers les enseignements de ce rapport, il s’agit de passer d’une situation de vulnérabilité face au risque climatique à une situation de « développement résilient face au climat ». La question de l’adaptation au changement climatique n’est pas déconnectée de celle du développement et des évolutions de la société.

La première partie concerne les impacts associés au changement climatique. Les systèmes et les personnes les plus vulnérables sont touchés « de manière disproportionnée ». La vulnérabilité des écosystèmes et des sociétés varie très fortement selon le contexte géographique, le contexte socio-économique, les usages non soutenables des océans et terres, mais aussi les rapports de pouvoir, la gouvernance ou encore le colonialisme. Mais les impacts sur les systèmes humains et naturels sont déjà irréversibles et au-delà de leurs capacités d’adaptation. Au total, ce sont de 3,3 à 3,6 milliards de personnes qui vivent dans un contexte très vulnérable au changement climatique.

L’Europe, avec l’Amérique du Nord, les petites îles ou encore l’Arctique, fait partie des zones les plus touchées, que ce soit en termes de changement de structure des écosystèmes, de déplacements d’espèces ou bien de changement dans le temps (phénologie). Pour les sociétés en Europe, les risques d’inondation apparaissent les plus conséquents, notamment sur les infrastructures. Les vagues de chaleur augmenteront la mortalité des personnes ; tandis que les pénuries d’eau frapperont de multiples secteurs, dont la production agricole via des pertes associées.

Le réchauffement global de plus de 1,5 °C à court terme (dans les deux prochaines décennies) entraînerait une augmentation inévitable des risques pour les écosystèmes et les humains. Tandis que limiter le réchauffement à ce niveau réduirait considérablement, sans éliminer pour autant, les dommages liés au réchauffement global. Au-delà de ce seuil, pour les 127 risques clefs identifiés dans le rapport, les risques sont plusieurs fois supérieurs à ceux d’aujourd’hui. Par exemple, l’extinction d’espèces dans les écosystèmes terrestres passerait à un maximum de 14 % en cas de réchauffement de + 1,5 °C, mais à 48 % dans un monde à + 5 °C. Dans les points sensibles de biodiversité, le risque d’extinction d’espèces endémiques doublerait en cas de réchauffement entre + 1,5 ° et + 2 °C.

Si le réchauffement global dépasse 1,5 °C dans les prochaines décennies, certains impacts peuvent engendrer des émissions de gaz à effet de serre supplémentaires (via des incendies, la mortalité accrue d’arbres, l’assèchement de tourbières, la fonte du pergélisol…) et causer des dégâts irréversibles, particulièrement en montagne ou dans les milieux côtiers et polaires.

Néanmoins, des progrès dans l’adaptation ont déjà été observés dans plusieurs secteurs et régions, avec de multiples bénéfices et synergies. Mais le court terme est souvent privilégié dans les stratégies d’adaptation, au détriment de transformations plus profondes. En effet, depuis le rapport précédent (AR5), de nombreux exemples de mal-adaptation sont aussi recensés (réponses de court terme et isolées souvent). L’exemple des digues en est assez illustratif, tout comme les défenses en dur contre les inondations ou les tentatives de suppression d’incendies dans des écosystèmes adaptés à ceux-ci.

Le dernier chapitre consacré au « développement résilient au climat » est la partie la plus prospective et la plus riche de recommandations du rapport. Les conditions d’un tel développement sont favorisées si gouvernements, société civile et secteur privé travaillent conjointement, en articulant les niveaux de décision et gouvernance, ainsi que les temporalités. Il convient aussi de travailler en décloisonnant les approches, notamment pour traiter en même temps les questions de justice, d’équité ou encore de financement. Alors que les gouvernements des pays sont souvent perçus comme responsables principaux dans la lutte contre le changement climatique ou l’adaptation, le GIEC rappelle ici que la coopération internationale et le travail avec les communautés locales et différentes minorités facilitent un développement résilient au climat. Il faut agir conjointement, et il faut agir immédiatement. C’est au cours de la prochaine décennie que les choix faits détermineront les trajectoires à moyen et long termes, et permettront ou pas un développement résilient au changement climatique. Ces perspectives de développement résilient au changement climatique sont de plus en plus limitées si les émissions actuelles de gaz à effet de serre ne diminuent pas rapidement, en particulier si le réchauffement climatique de 1,5 °C est dépassé à court terme.

En conclusion, le GIEC nous rappelle dans ce rapport que c’est de l’ordre de la moitié des humains qui vivent dans des contextes très vulnérables au changement climatique. Peu échapperont donc directement aux conséquences du réchauffement ; avec les interdépendances au cœur de ce rapport, l’ensemble des sociétés sont ou seront bien affectées. L’interdépendance entre la santé des écosystèmes et la santé humaine est considérable. La question de l’adaptation n’est pas seulement une réalité future, mais relève déjà du présent. Les stratégies d’adaptation doivent être systémiques, considérant la gouvernance, le financement, les connaissances, la technologie et les conditions favorables. Enfin, alors que « les preuves scientifiques sont sans équivoque », il est encore temps d’agir, à la fois sur l’atténuation et l’adaptation, mais le GIEC parle bien d’une « brève fenêtre d’opportunité » qui se referme rapidement…

Site web
https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg2/downloads/report/IPCC_AR6_WGII_FinalDraft_FullReport.pdf