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Société, modes de vie

C’était mieux avant ! (Petite Poucette suite)

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C’était mieux avant ! (Petite Poucette suite)
SERRES Michel , « C’était mieux avant ! (Petite Poucette suite) », Le Pommier, 2017.

Il y a cinq ans, Michel Serres publiait, aux mêmes éditions du Pommier, Petite Poucette, un bref ouvrage de réflexion sur les possibilités incroyables offertes aux nouvelles générations par les évolutions, notamment technologiques, en cours. Il pointait en particulier les mutations politiques, sociales et cognitives qui ne manqueraient pas d’accompagner cette révolution technologique et incitait les jeunes à en tirer de réelles opportunités.

Fin août 2017, il propose une forme de suite à Petite Poucette en s’insurgeant, dans ce nouveau manifeste, contre tous ceux qui opposent aux nouvelles générations le fameux « C’était mieux avant ! », et insinuent ainsi que cette révolution technologique fulgurante nous conduit droit dans le mur. Or, comme Michel Serres le rappelle lui-même d’entrée de jeu, avant, il y était, il a connu : fort de ses 87 ans, il a traversé la guerre, l’insalubrité, les inégalités d’accès à l’éducation, à la santé, la promiscuité des pensionnats, le labeur peu ou pas mécanisé, etc.

C’est ce qu’il rappelle dans cet ouvrage « coup de gueule » — tel qu’il le qualifie. On n’entrera pas dans le détail car le livre, bref, se lit très rapidement et montre tout cela avec grand humour. Mais clairement, on le dit trop rarement : non ce n’était pas mieux avant et il faut se féliciter d’être aujourd’hui dans une époque moderne où les guerres, si elles n’ont pas totalement disparu, ont sensiblement reculé, ainsi que les dictateurs et autres génocidaires du « bon vieux temps » ; où la médecine, accessible au plus grand nombre à un coût modeste (du moins en France grâce à la Sécurité sociale), a fait reculer la maladie et la mort ; où les conditions de vie, grâce au progrès technique, se sont améliorées pour la plupart des individus ; où les femmes ont vu leur place enfin reconnue dans la société, etc., etc.

Cela peut paraître une « lapalissade » d’énumérer tout cela, mais la génération qui vient, éloignée de plus de six ou sept décennies de cette époque, n’en a sans doute pas suffisamment conscience et le rappeler de temps à autre a du bon. Il ne s’agit pas pour autant de cesser d’être vigilant quant aux risques et dangers potentiels inhérents aux possibilités offertes par les évolutions techniques, informationnelles…, en cours ; mais de se souvenir d’où on part véritablement, pour apprécier à sa juste valeur l’époque dans laquelle on se trouve, et s’autoriser à envisager avec sérénité l’avenir vers lequel on se dirige. Merci donc au sage Michel Serres de nous y aider.