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Ressources naturelles, énergie, environnement - Territoires, réseaux

Bilan prévisionnel de l’équilibre offre-demande d’électricité en France. Édition 2017

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Bilan prévisionnel de l’équilibre offre-demande d’électricité en France. Édition 2017
RTE (Réseau de transport d’électricité) , « Bilan prévisionnel de l’équilibre offre-demande d’électricité en France. Édition 2017 », RTE, 2017.

RTE (le Réseau de transport d’électricité), une filiale d’EDF (Électricité de France) qui assure le transport de l’électricité (à haute et moyenne tension), a présenté dans son rapport 2017 cinq scénarios à l’horizon 2035 pour le mix électrique de la France. Ce rapport examine au passage la situation de l’hiver 2017-2018, une saison que RTE recommande de placer sous surveillance afin d’éviter tout problème d’approvisionnement électrique en cas de vague de froid. La finalité de ce rapport est d’examiner les conditions permettant d’atteindre les objectifs inscrits dans la loi de 2015 sur la transition énergétique ainsi que ceux de la réduction des émissions de CO2.

RTE rappelle que les engagements de la France en matière de transition énergétique sont ambitieux : neutralité carbone, réduction de la consommation d’énergie, diversification du mix électrique (avec la baisse de 75 % à 50 % de la part du nucléaire en 2025). Chaque scénario est construit avec l’hypothèse de base de la diversification du mix électrique et il est caractérisé par des paramètres : la consommation électrique, la production d’électricité par des filières renouvelables et le nucléaire, les émissions de CO2. Des simulations du système électrique ont été réalisées (8 760 heures de fonctionnement par an, tenant compte des échanges d’électricité entre pays européens). Au total, 15 000 variantes de scénarios ont été envisagées, mais seule une centaine d’entre elles a été étudiée (le rapport ne restitue que les 50 les plus structurantes).

Le premier, baptisé Ohm, se limite à 2025, date à laquelle la part du nucléaire dans le mix électrique devrait atteindre le seuil de 50 % ; il fait le diagnostic qu’il faudrait fermer de 23 à 27 réacteurs nucléaires pour l’atteindre. Les quatre autres scénarios présentent des étapes en 2025, 2030 et 2035, avec l’hypothèse que toutes les centrales au charbon seraient fermées. Dans le scénario Ampère, la diversification du mix électrique serait forte, avec un développement important des renouvelables et une forte diminution de la part du nucléaire (50 % en 2030) sans recours à des nouveaux moyens thermiques. Le scénario Hertz va dans le même sens mais avec une croissance moins rapide des filières renouvelables, compensée par du thermique ; la part du nucléaire atteindrait 50 % en 2030. Dans le scénario Volt, les filières renouvelables accélèrent leur développement, la part du nucléaire reste majoritaire (55 % en 2035), mais les émissions de CO2 sont fortement réduites, la France contribuant largement à leur réduction en Europe. Enfin, avec le scénario Watt, on arrête 52 réacteurs nucléaires (pas de prolongation de leur durée de fonctionnement au-delà de 40 ans, une puissance de 8 gigawatts étant maintenue), avec une forte progression des énergies renouvelables (70 % de la production électrique) mais insuffisante pour compenser l’arrêt de réacteurs, le recours à des centrales thermiques est donc nécessaire, ce qui dégrade le bilan CO2 de la France.

Ces scénarios font tous apparaître une stabilisation de la consommation d’électricité en France, voire une légère diminution. Toutefois, le rapport reconnaît qu’une montée en puissance rapide du parc de voitures électriques pousserait à la hausse cette consommation. RTE constate que la période 2020-2022 va être critique. En effet, ses analyses montrent qu’il est possible de fermer les centrales à charbon qui subsistent ou de fermer les quatre réacteurs nucléaires qui arriveront à l’échéance de leurs 40 années de fonctionnement d’ici 2021. Il en conclut que « les fermetures de l’ensemble des centrales à charbon et des quatre réacteurs nucléaires ne peuvent être combinées sans dégrader la sécurité d’approvisionnement. Un choix doit donc être fait. » Il recommande de placer sous surveillance la saison hivernale qui vient de commencer, afin d’éviter tout problème d’approvisionnement électrique en cas de vague de froid.

Même si le problème des coûts de production n’est pas abordé dans les scénarios, RTE souligne que les futurs travaux sur l’évolution du système électrique ne pourront occulter ni la question du financement des investissements ni celle de leur rentabilité. Il ajoute aussi qu’il n’est plus possible de considérer que « le mix de production électrique est un sujet “exclusivement” national » ; autrement dit, il est nécessaire de tenir compte de la dimension européenne de l’approvisionnement électrique. Enfin, une stratégie énergétique qui donne, en France, la priorité à une diversification du mix électrique suppose de considérer avec attention l’offre technologique, son évolution et son passage au stade industriel.

Ce nouveau rapport de RTE se veut, avec ses scénarios, un outil d’aide à la décision. Cet outil a déjà montré son utilité car c’est sur la base des analyses de RTE que le gouvernement français a annoncé, en novembre 2017, qu’il serait nécessaire de décaler à 2030 ou 2035 l’objectif d’une baisse de 75 % à 50 % de la part de la production d’origine nucléaire dans le mix électrique. Il reste à savoir si les recommandations du rapport concernant les investissements et les technologies seront mises en pratique.

Site web
http://www.rte-france.com/sites/default/files/bp2017_synthese_17.pdf

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