Livre

Ressources naturelles, énergie, environnement - Société, modes de vie

2050 : quelles énergies pour nos enfants ?

Par

2050 : quelles énergies pour nos enfants ?
PAPON Pierre , « 2050 : quelles énergies pour nos enfants ? », Le Pommier, 2017.

Voilà un livre essentiel pour tous ceux qui veulent comprendre les questions énergétiques et le changement climatique. Il se lit comme un roman, bien que le propos de l’auteur soit solidement étayé sur des bases scientifiques et techniques qu’il a l’art de rendre intelligibles au profane. Adoptant une démarche résolument pluridisciplinaire et intégrant la longue durée passée et à venir, y compris en agrémentant son ouvrage de brèves uchronies et utopies, Pierre Papon nous offre ici un livre alliant avec talent l’utile et l’agréable.

L’auteur commence par rappeler brièvement le rôle essentiel qu’a joué l’énergie dans la révolution industrielle, tout en expliquant qu’il s’en est fallu de peu que la France prenne le pas sur l’Angleterre… Un futur possible qui fut raté ! Dès le début du livre, il souligne combien l’énergie, notamment la machine à vapeur et l’électricité, joue un rôle déterminant dans le développement. Il expose ensuite ce qu’il estime être les trois défis majeurs des décennies à venir : 1) les écarts de développement entre pays et singulièrement le déficit d’approvisionnement électrique en Afrique ; 2) le réchauffement climatique résultant de l’accroissement des émissions de gaz à effet de serre fortement liées à l’usage de combustibles d’origine fossile ; 3) le problème des limites des ressources, notamment des énergies d’origine fossile. Ce troisième enjeu conduit aussitôt Pierre Papon à souligner l’urgence d’une transition énergétique qu’il juge indispensable et qui passera, à ses yeux, par l’adoption d’un mix énergétique beaucoup plus diversifié qu’actuellement. Soulignant au passage combien la maîtrise des énergies fossiles (notamment pétrole et gaz) constitue une question géopolitique essentielle, il rappelle comment Franklin D. Roosevelt a brûlé la politesse à Winston Churchill pour conclure avec le roi d’Arabie, Ibn Saoud, un accord permettant aux États-Unis, en échange de leur protection, de prendre le contrôle des ressources pétrolières de l’Arabie Saoudite.

Face à ces défis, sur quels leviers pouvons-nous agir (une de mes rares réserves est peut-être dans ce « nous » dont on ne sait pas toujours s’il s’agit du monde, de l’Europe ou de la France) ? Dans le deuxième chapitre de son livre, Pierre Papon estime qu’il y a quatre variables clefs : l’efficacité énergétique où les marges de progression sont importantes ; l’évolution démographique et l’urbanisation, dont il souligne l’importance, notamment en Asie et plus encore en Afrique ; la science et la technologie, sur lesquelles il revient plus en détail dans un autre chapitre ; et la « variable sociale » pour montrer combien l’organisation collective peut à elle seule permettre d’améliorer le niveau de bien-être. Il nous invite à cet égard à une excursion en utopie « Tous à Singapour », montrant en substance combien l’inventivité humaine peut être féconde pour nous affranchir des contraintes.

Le chapitre 3 est consacré à la manière (ou aux manières) de nous libérer du carbone, donc de diminuer fortement la part des énergies carbonées. L’auteur brosse ici un panorama très éclairant des diverses sources d’énergie primaire, en commençant par l’hydrogène dont il doute manifestement de son usage à court-moyen terme. Ce chapitre est très instructif sur les diverses sources d’énergie, en particulier les énergies renouvelables dont il montre qu’elles sont toutes liées au soleil, notamment l’hydroélectricité, l’énergie éolienne, l’énergie solaire, la bioénergie, et les filières marines et géothermiques. Le chapitre se termine par une description du nucléaire depuis Fukushima. Nous avons là un panorama très complet et documenté sur ce que l’on peut attendre de ces différentes sources, des conditions de leur mise en œuvre et, finalement, un plaidoyer très convaincant en faveur de la recherche d’un mix énergétique, sans doute différent d’un pays à l’autre, mais qui permettrait d’accomplir des progrès très importants.

Pour autant, l’auteur souligne que tout n’est pas possible immédiatement, en raison de « verrous techniques » (comme le stockage de l’électricité). Le chapitre suivant est donc consacré à ce que l’on pourrait attendre de la recherche « pour faire sauter ces verrous ». Le premier d’entre eux résulte de la nécessité de nourrir neuf milliards d’habitants et d’augmenter donc la fixation d’azote dans les plantes. Se référant à une « conférence d’agroécologie tenue en mars 2029 à Abidjan » (politique-fiction), il trace une voie possible en faveur d’une agriculture nourricière moins agressive vis-à-vis de l’environnement. Sont ici analysés en particulier : la relation entre les propriétés et les structures des matériaux, notamment à l’échelle nanométrique ; la catalyse des réactions chimiques et électrochimiques ; le génie génétique appliqué à la synthèse des biocarburants ; les nouveaux combustibles nucléaires. Je retiendrai ici particulièrement ce que l’auteur appelle le « double verrou du stockage de l’électricité et du CO2 » et ses considérations sur le nucléaire. Peut-être plus ardu à lire par le profane, ce chapitre expose de manière très intéressante ce que l’on pourrait attendre de la recherche.

Le cinquième chapitre souligne la nécessité d’un changement profond des modes de vie, d’une nouvelle gouvernance de la production d’énergie, des innovations sociales. Il débute par une vision utopique : celle d’un dispositif permettant un ajustement parfait de l’offre énergétique aux besoins, grâce à des compteurs intelligents pouvant tout savoir de nos comportements. Pierre Papon évoque ensuite le problème des villes, essentiellement au travers du logement et des transports, en soulignant les efforts à mener sur l’immobilier et l’essor, notamment parmi les jeunes, de comportements nouveaux (privilégiant l’usage sur la propriété). Plaidant pour un recours croissant aux énergies renouvelables, donc l’ajustement local, il n’en souligne pas moins l’importance d’une régulation internationale.

Le dernier chapitre commence par le récit du bombardement à l’arme atomique d’Hiroshima et Nagasaki, destiné à forcer le Japon à capituler, et l’antirécit de ce qui aurait pu advenir si les Américains avaient choisi une autre option (uchronie). Les deux scénarios diffèrent sur un point essentiel, souligne Pierre Papon : la dimension politique, voire idéologique de l’énergie nucléaire. S’appuyant sur ce cas particulièrement emblématique, l’auteur témoigne des espoirs qu’il fonde dans le progrès des connaissances sans toutefois ignorer que celles-ci peuvent conduire au meilleur comme au pire des mondes, y compris sur le plan écologique. Ainsi en vient-il à poser la question des signes avant-coureurs de crises liées à l’énergie.

Deux problèmes majeurs manifestement hantent Pierre Papon et se retrouvent tout au long de son livre : le réchauffement climatique et la précarité énergétique de nombreux pays pauvres. Mais, outre le diagnostic sans complaisance de la situation actuelle, nombreuses sont les voies de progrès qu’explore et nous fait découvrir l’auteur, toujours avec une grande rigueur. Ainsi, s’il fonde de grands espoirs dans la diversification des sources d’énergie, y compris bien entendu dans les énergies renouvelables, il ne fait point l’impasse sur les limites qu’elles pourraient rencontrer du fait des réserves de minerais critiques et des enjeux géopolitiques qui y sont liés.

La fin du livre est moins structurée que les chapitres qui précèdent. Manifestement, Pierre Papon a encore mille choses à dire et les évoque sans pouvoir s’y appesantir. Espérons qu’il y reviendra dans un prochain ouvrage. En attendant, on ne peut que recommander la lecture de celui-ci.

À lire également

Recherche

Faire une recherche thématique dans la base bibliographique