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2050. La France sans carbone

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2050. La France sans carbone
LOUIS Dominique et RICAUD Jean-Louis , « 2050. La France sans carbone », Fayard, 2018.

La France s’est fixé l’objectif ambitieux d’éliminer, d’ici à 2050, toute filière énergétique émettrice de gaz carbonique et notamment les hydrocarbures. Comment l’atteindre ? Telle est la question à laquelle les auteurs tentent de répondre.

La première partie du livre plante le décor de la pièce dans laquelle vont jouer les acteurs de la transition énergétique : l’électricité « décarbonée » sera la forme d’énergie incontournable de l’avenir qui doit permettre de maintenir le réchauffement climatique de la planète en dessous de 2 °C à la fin du siècle, par rapport à l’ère préindustrielle. On doit s’attendre à une croissance de la demande mondiale d’énergie, soulignent les auteurs, et notamment de celle d’électricité qui, dans la grande majorité des pays, est produite dans des centrales thermiques alimentées par du charbon et du gaz. Décarboner l’électricité est donc un impératif.

Les auteurs passent en revue dans leur deuxième partie les moyens d’y parvenir. Il n’existe que deux groupes de filières : celles fonctionnant de façon permanente (les centrales thermiques pouvant éliminer leurs émissions de CO2, l’énergie nucléaire, l’hydraulique et dans une certaine mesure la biomasse) ; et celles produisant l’électricité en intermittence, ce qui est typiquement le cas des énergies solaire et éolienne. En France, aujourd’hui, l’électricité nucléaire (75 % de la production électrique en 2017) et l’hydraulique (12 % de la production mais ses perspectives sont limitées) sont les filières les moins carbonées ; leur prix est attractif et, selon les auteurs, si les risques du nucléaire sont non négligeables, ils sont maîtrisés avec, toutefois, une sérieuse épine dans le pied que représente le stockage des déchets. Pour l’avenir, il faut envisager des nouvelles filières comme l’EPR (Evolutionary Power Reactor). Les auteurs ne retiennent pas la biomasse, et en particulier le bois, dans les options possibles, compte tenu de son bilan CO2.

Le solaire et l’éolien sont des piliers de la transition énergétique, puisque ce sont des ressources illimitées ne mettant pas en jeu le carbone, et leur prix baisse, mais ils ne se développeront que si l’on fait sauter le verrou du stockage de leur production qu’impose leur intermittence. Les auteurs rassurent le lecteur en soulignant qu’il faut miser sur des innovations qui permettront d’améliorer le rendement des filières, notamment le solaire, et de mettre au point des nouvelles batteries pour le stockage. Ils placent aussi leurs espoirs dans le stockage de l’électricité avec les piles à combustible à hydrogène mais, donnant un rapide coup de projecteur sur la fusion thermonucléaire, ils estiment que sa percée n’est pas pour demain.

La troisième partie est consacrée à une revue des stratégies énergétiques d’un certain nombre de pays (notamment l’Allemagne, la Finlande, le Japon et la Chine) et de la Californie. Les auteurs en tirent plusieurs conclusions : l’Europe manque totalement de cohérence dans sa stratégie, la Chine mène une politique dynamique de conquête des marchés, la Californie affiche de grandes ambitions mais son modèle est fragile car elle n’a pas toute l’autonomie pour les réaliser ; il est difficile d’augurer de l’impact de ces stratégies sur le prix de l’énergie.

Comment peut-on envisager, dans ce contexte international, la stratégie de sortie de la France du carbone ? C’est l’objet de la quatrième partie du livre qui envisage deux types de scénarios contrastés : une stabilité pour la consommation d’énergie, une rupture correspondant à une chute de moitié de cette consommation d’ici à 2050. Les premiers étant exclus (ils sont en contradiction avec les engagements pris lors de l’accord de Paris fin 2015), il reste les seconds. Toutefois, les auteurs estiment, sans doute avec raison, qu’une rupture draconienne dans la demande d’énergie n’est pas réaliste, elle supposerait un changement radical des modes de vie difficile en trois décennies. La réalité sera donc un compromis, avec l’abandon certes des énergies fossiles mais une croissance modérée de la production d’électricité. Ils envisagent un mix électrique (une production de 600 térawattheures contre 550 aujourd’hui) en deux parts égales : une moitié d’électricité renouvelable (très majoritairement de l’éolien et du solaire, et une dose d’hydraulique) et une autre d’électricité nucléaire. Même si la part du nucléaire baissait (50 % au lieu de 75 % aujourd’hui), le remplacement d’une partie des réacteurs actuellement en service imposera la construction d’une vingtaine de nouveaux réacteurs (sans doute des EPR).

Ce livre donne une vision volontariste de l’avenir énergétique de la France, qui pourrait s’affranchir de sa dépendance au carbone. Il met certes le doigt sur un certain nombre de difficultés que va rencontrer cette trajectoire, mais il les évacue trop rapidement sans une véritable discussion de fond des options techniques. Le nucléaire est sans doute une option possible, mais quel sera son coût, et notamment celui du kilowattheure produit par l’EPR ? D’autres filières ne seraient-elles pas envisageables ? De même les auteurs considèrent-ils que l’hydrogène est une option crédible pour le stockage de l’électricité, sans envisager ni la question de sa dangerosité (une plage d’inflammabilité très supérieure à celle de l’essence), ni celle du rendement énergétique global de ce mode de stockage qui est mauvais lorsque l’hydrogène est produit par électrolyse (inférieur à 50 %). Par ailleurs, ils balayent d’un revers de main les bioénergies (la biomasse dont le bois, le biogaz) — qui certes n’éliminent pas complément le carbone — alors qu’ils vantent les mérites de la stratégie de la Finlande qui accorde une bonne place à « une biomasse bien gérée ». En fin de compte, est-il réaliste d’envisager une France sans carbone en 2050 avec le scénario énergétique que les auteurs envisagent (sans même évoquer le pétrole et le gaz indispensables à la synthèse de produits chimiques…) ? Ils n’ont pas posé la question et les lecteurs resteront sur leur faim.

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