Note de veille, 28 novembre 2012

Réchauffement climatique : trop tard pour éviter le pire ?

Alors que la communauté internationale se réunit à Doha, au Qatar, pour lancer la deuxième phase du protocole de Kyoto, trois rapports du PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement), de la Banque mondiale et de l’OMM (Organisation météorologique mondiale) confirment la dégradation rapide de la situation climatique mondiale.

Selon le PNUE, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) ont augmenté de 20 % depuis 2000 [1]. Elles sont désormais supérieures de 14 % au niveau qu’elles devraient atteindre en 2020 pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C d’ici 2100.

Une évolution confirmée par l’OMM, qui constate qu’entre 1990 et 2011, le forçage radiatif de l’atmosphère par les gaz à effet de serre (responsable du réchauffement climatique) a augmenté de 30 %, dont 85 % à cause du CO2 [2]. En 2011, la concentration atmosphérique mondiale en CO2 a atteint 390 ppm (parties par million), et a augmenté en moyenne de deux ppm par an ces dernières années, alors qu’elle ne devrait pas dépasser 450 ppm pour limiter le réchauffement à 2 °C.

Si rien n’est fait, selon le PNUE, en 2020 les émissions pourraient atteindre 58 gigatonnes, alors qu’il est estimé qu’elles ne devraient pas dépasser 44 gigatonnes (soit le niveau de l’année 1990) pour se diriger vers le facteur 4 (division par quatre des émissions de CO2) et limiter l’ampleur du réchauffement climatique.

En conséquence, le fossé entre le niveau des émissions constaté et celui nécessaire à la limitation du réchauffement climatique ne cesse de se creuser. Même si les mesures les plus ambitieuses étaient mises en place aujourd’hui par tous les pays de la planète, un fossé de 8 à 13 gigatonnes persisterait en 2020 (il était estimé à 6 à 11 gigatonnes en 2011).

Ce fossé s’explique en grande partie par les efforts insuffisants des pays développés, et par le développement économique des pays émergents.

Selon les calculs des experts du PNUE, l’inaction face au réchauffement climatique pourrait se traduire par une hausse de 15 % à 20 % des dépenses liées à l’adaptation.

Ils considèrent pourtant qu’il est toujours possible de renverser la tendance, même si les marges de manœuvre se réduisent rapidement, et qu’il est désormais nécessaire de généraliser au maximum les technologies et les investissements les plus efficaces. Ils estiment ainsi qu’il est possible de réduire les émissions mondiales de 17 gigatonnes d’ici 2020 grâce à des mesures dans les secteurs du bâtiment, du transport, de l’industrie (qui sont les plus gros émetteurs dans les pays développés) et des énergies renouvelables, pour un coût compris entre 50 et 100 euros par tonne de CO2 évitée. Ces efforts pour réduire les émissions de GES devront s’accompagner de mesures pour diminuer la concentration atmosphérique en CO2 (capture et stockage, hausse de la superficie forestière, etc.), impliquant l’utilisation de technologies encore expérimentales ou peu utilisées à grande échelle. Il devient donc urgent de les perfectionner, afin de limiter leur coût et les risques associés à leur utilisation.

La Banque mondiale se montre encore plus pessimiste et considère que, si rien n’est fait, la température moyenne mondiale pourrait augmenter de 4 °C dès 2060 et de 6 °C d’ici 2100 [3]. Même si les objectifs que se sont fixés les pays développés sont atteints, les émissions mondiales seraient toujours trop élevées (de 15 %) pour limiter le réchauffement à 2 °C d’ici 2100, il existerait toujours 20 % de risque de dépasser les 4 °C. En conséquence, le niveau de la mer pourrait augmenter de 0,5 à 1 mètre d’ici 2100, et la Banque mondiale redoute « une réduction drastique de l’étendue des services fournis par les écosystèmes et dont la société dépend ».

Le cinquième rapport d’évaluation du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), prévu pour 2014, devrait confirmer cette accélération du réchauffement climatique [4] : espérons que les décideurs politiques ne l’attendront pas pour relancer la coopération climatique internationale, qui est pour l’instant au point mort.


[1] The Emissions Gap Report 2012, A UNEP Synthesis Report, Nairobi : PNUE, 2012. URL : http://www.unep.org/publications/ebooks/emissionsgap2012/

[2] « Les concentrations de gaz à effet de serre battent de nouveaux records, les puits de carbone jouent un rôle crucial », communiqué de presse, n° 965, 20 novembre 2012. URL : http://www.wmo.int/pages/pr_965_fr.html

[3] Turn Down the Heat: Why a 4 °C Warmer World Must Be Avoided, Washington, D.C. : Banque mondiale / Postdam Institute for Climate Impact Research and Climate Analytics, 2012. URL : http://climatechange.worldbank.org/content/climate-change-report-warns-dramatically-warmer-world-century

[4] http://www.ipcc.ch/news_and_events/press_information.shtml#.ULM_FoW7WUc

Envoyer par email | Fermer cette fenêtre

Agenda

tout l'agenda >


Conseil

Vous cherchez un accompagnement pour vos démarches de prospective et de stratégie

contactez-nous >