Note de veille, 5 octobre 2012

L’Internet des objets : le coût détermine-t-il les usages ?

Depuis quelques années maintenant, l’Internet des objets (également appelé M2M, machine to machine) fait couler beaucoup d’encre mais peine à s’installer au quotidien. On observe un développement important de la domotique [1] dans certains pays comme le Japon, où quelques modèles de maisons intelligentes ont vu le jour, mais le coût de ce type d’installation demeure élevé. Toutefois, l’Internet des objets concerne également des interactions simples entre un objet et un terminal (fixe ou mobile) : la plante verte signalerait que sa réserve d’eau est vide, un panneau d’affichage publicitaire indique qu’il est bloqué, un container à ordures qu’il est plein, etc. Cet Internet des objets pourrait se développer rapidement dans les années à venir.

Bien qu’il n’existe pas de définition standardisée, on peut définir l’Internet des objets comme une extension d’Internet à des choses et à des lieux du monde physique en y associant des étiquettes munies de codes qui peuvent être lus par des dispositifs mobiles sans fil.

Concrètement, cela se traduit par la mise en place, par exemple, de boîtiers électriques intelligents capables d’optimiser la consommation énergétique [2] : ERDF a ainsi créé le compteur connecté Linky, qui permet de gérer les interventions à distance (relevé de compteur, mise en service, facturation sur la base des consommations réelles, etc.). D’ici 2020, tous ses clients devraient en être équipés [3].

Actuellement au Japon, Panasonic lance toute une série d’équipements pour une maison « intelligente ». En juin 2012, l’entreprise a  sorti un four vapeur micro-ondes et un autocuiseur de riz à induction « connectés » : il est possible de choisir une recette et de programmer la cuisson de ces machines via une application smartphone. Dans la foulée, Panasonic a annoncé le lancement à l’automne 2012 au Japon de nouvelles machines pouvant être connectées à un serveur distant (cloud computing) : une série de climatiseurs, un réfrigérateur, des machines à laver ainsi que des appareils dédiés aux soins de santé comme une balance impédancemètre (qui estime la masse graisseuse), un compteur de calories ou un appareil de mesure de la pression sanguine [4].

Toutefois, le coût de la domotique demeure assez élevé : selon le directeur commercial de Connecting Technology, une entreprise spécialisée dans la domotique, le coût de l’équipement d’un logement peut varier de 30 000 à 500 000 euros en fonction de la taille du logement et des technologies choisies (achat des nouvelles machines, configuration du réseau Internet, etc.). Une domotique de base et ciblée peut être accessible à des frais limités : certaines entreprises proposent, par exemple, des kits de motorisation (portail, volets, portes) ou des récepteurs d’interrupteurs pour quelques centaines d’euros [5].

Si la maison intelligente reste pour l’instant inaccessible à la majorité des consommateurs, l’Internet des objets pourrait toutefois se généraliser à une multitude d’objets qui transmettraient des informations simples

Chaque objet pourrait être rendu intelligent via un système de capteurs : la boîte aux lettres signalerait qu’il y a du courrier, la gamelle du chien qu’elle est vide, etc.

Selon les analyses des entreprises Cisco et Ericsson, le nombre d’objets connectés à Internet pourrait être multiplié par huit dans les 10 prochaines années, plus de 50 milliards d’objets seraient alors concernés par le M2M [6].

netobjets

Durant l’été 2012, l’entreprise américaine Intel est entrée au capital d’une start-up française (Sigfox) dans laquelle elle a investi 10 millions d’euros notamment pour développer le M2M.

L’entreprise toulousaine Sigfox teste depuis quelques années un réseau bas débit inspiré du système de radiocommunication des sous-marins de la Première Guerre mondiale : cette innovation technologique propose, selon ses créateurs, une consommation 1 000 fois inférieure à un réseau GSM et nécessite 1 000 fois moins d’antennes pour couvrir le territoire (une antenne peut gérer quatre à cinq millions d’objets à 10 % de sa capacité). Selon le P.-D.G. de Sigfox, l’Internet des objets n’a pas besoin d’envoyer d’énormes quantités de données et la puissance en jeu est très faible (quelques milliwatts, l’équivalent d’un signal de télécommande) : ce système offre une longévité énergétique importante aux objets et exonère des critiques de pollution électromagnétique [7].

Les stations de base peuvent porter jusqu’à 40 kilomètres en rase campagne et couvrent environ 400 km² : quelques centaines de stations ont été installées au début de l’été dans sept grandes villes de France (Grenoble, Toulouse, Marseille, Paris…) [8].

L’offre « prix » est, quant à elle, très attractive : l’abonnement peut descendre à moins d’un euro par an et par objet. À terme, un abonnement à 20 euros par an pourrait être mis en place pour les particuliers pour connecter l’ensemble des objets à leur domicile.

Pour le moment, Sigfox n’a passé que des contrats avec des entreprises, comme par exemple Clear Channel pour le pilotage à distance d’affichage mécanique.

Les objets et les applications ne sont pas conçus par Sigfox, qui se positionne uniquement comme un opérateur de réseau. Chaque objet pourra être équipé de microcapteurs : un kit de développement pour concevoir et mettre au point des applications compatibles est commercialisé par Sigfox.

Il est assez difficile de prévoir le développement de l’Internet des objets. Si Sigfox lance effectivement un abonnement à bas coût pour équiper la maison, il sera possible de savoir si le coût détermine effectivement les usages du M2M.

Toutefois, avant de passer à l’étape supérieure et de connecter les machines entres elles (vidéosurveillance, électroménager intelligent, etc.), plusieurs interrogations demeurent. En effet, la communication des machines entre elles implique un flux de données important qui pourrait vite devenir ingérable si tous les consommateurs s’équipent de ces nouvelles technologies : la répartition des coûts entre consommateurs et opérateurs réseaux ainsi que la capacité des infrastructures à supporter des données volumineuses ou la sécurisation des données personnelles sont des questions encore irrésolues à ce jour [9]

Enfin, certains consommateurs pourraient manifester une attitude rejet face à une technologie « invasive » qui manipule continuellement un grand nombre de données personnelles.



[1] Ensemble des technologies de l’électronique de l’information et des télécommunications utilisées dans les domiciles. Elles visent à assurer des fonctions de sécurité, de confort, de gestion d’énergie et de communication qu’on peut retrouver dans une maison.

[2] Voir Désaunay Cécile, « Les smart grids : la « lumière » de demain ? », Note d’analyse prospective n°74, 6 août 2010, Futuribles International.

[3] Ducellier Philippe, « Focus sur Linky d’ERDF, le compteur connecté qui rend les bâtiments plus « green » », silicon.fr, 28 mai 2012, http://www.silicon.fr/internet-pret-internet-des-objets-74808.html/8

[4] Labat Maxime, « Les produits électroménagers de plus en plus connectés », BE (Bulletin électronique) Japon, n° 624, 28 août 2012. URL : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/70758.htm.

[5] Sanyas Nil, « Édito : la domotique, entre promesses, fantasmes et réalité », PC INpact, 7 avril 2012. URL : http://www.pcinpact.com/news/70088-edito-domotique-promesses-fantasmes-realite.htm

[6] Evans Dave, The Internet of Things, How the Next Evolution of the Internet Is Changing Everything, Cisco Internet Business Solutions Group (IBSG), 2011, 11 p. URL: http://www.cisco.com/web/about/ac79/docs/innov/IoT_IBSG_0411FINAL.pdf

[7] Vincent Claude, « Sigfox tisse la nouvelle toile des objets », Enjeux Les Echos n°293, septembre 2012.

[8] Périé Paul, « Sigfox présente un réseau “révolutionnaire” bas débit pour l’Internet des objets », ObjectifNews.com, 16 août 2012. URL : http://www.objectifnews.com/innovation/sigfox-lemoan-internet-reseau-cellulaire-applications-05062012.

[9] Voir Désaunay Cécile, « La fin de l’Internet illimité à bas coût ? », Note de veille, 25 mai 2012, Futuribles International. URL :http://www.futuribles.com/fr/base/article/la-fin-de-linternet-illimite-a-bas-cout/.

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