Note de veille

Économie, emploi - Population

Mobilité résidentielle des actifs : une progression différenciée en Europe

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Près de 4 % des citoyens européens d’âge actif (18-64 ans) résident dans un autre État membre que celui dont ils ont la nationalité. C’était le cas de 2,5 % d’entre eux il y a 10 ans. Ce niveau de mobilité résidentielle intraeuropéenne varie considérablement selon les États membres : de 1 % des citoyens en âge de travailler dans le cas de l’Allemagne à 20 % dans celui de la Roumanie.

Cette mobilité, généralement plus forte pour les diplômés de l’enseignement supérieur, est, surtout, très variée selon les pays et significativement plus élevée pour les ressortissants des pays aux revenus les plus faibles. On trouve ainsi, aux premiers rangs du classement des pays expatriant le plus de leurs ressortissants actifs, principalement des États membres ayant rejoint l’Union européenne récemment. Pour six d’entre eux (dans l’ordre : Roumanie, Lituanie, Croatie, Portugal, Lettonie, Bulgarie), la part de leurs actifs nationaux résidant ailleurs en Europe est supérieure à 10 %. À l’inverse, dans nombre de pays plus anciennement dans l’Union, et à revenus plus élevés, ce taux est inférieur à 2 %. C’est le cas de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de la Suède, de la France, du Danemark ou de la Finlande. Le cas de l’Espagne (1,6 %) contraste avec son voisin portugais.

Sur la période récente (de 2007 à 2017), les plus importantes progressions concernent aussi les pays nouvellement arrivés dans l’Union (pays baltes, Roumanie, Bulgarie). Même si la Pologne ne se distingue pas forcément, vient tout de même à l’esprit l’image du « plombier polonais » pour représenter cette progression du nombre de ressortissants de pays de l’Est venant résider et exercer ailleurs en Europe. Les données ne prennent pas en compte tous les détachements (sinon ceux de longue durée, qui supposent un séjour supérieur à six mois mais toujours inférieur à deux ans). Mais elles en intègrent une grande partie. La conclusion générale tient d’une double observation : l’européanisation du marché du travail est différenciée selon les pays et « différenciante » selon le niveau de vie des pays.

La libre circulation des travailleurs est un droit pour tous les actifs européens. Ils s’en saisissent ainsi de façon très contrastée. Avec un accueil qui, lui aussi, est très contrasté. Mais c’est une autre histoire.

Citoyens européens d’âge actif, vivant dans un autre État membre, par pays de citoyenneté, 2017 (en % de la population résidente de leur pays de citoyenneté)


Source : infographie Le Figaro à partir de la base de données Eurostat consacrée à l’enquête sur les forces de travail. URL : http://ec.europa.eu/eurostat/web/lfs/data/database. Consulté le 14 juin 2018.

En tout cas, la France, avec 1,1 % de ses actifs établis ailleurs en Europe en 2007 et 1,2 % en 2017, se trouve dans le peloton de queue, en proportion actuelle comme en progression sur 10 ans. L’Europe active bouge de plus en plus ; les Français un peu moins.

Plus généralement, se pose tout de même la question essentielle des profils de ces migrations intraeuropéennes. Certains pays moins favorisés, déjà affectés par une certaine déprise démographique ayant trait à leur faible fécondité, sont les premiers pays de départ. La mobilité européenne peut être source d’enrichissement pour des ressortissants européens mais aussi d’appauvrissement économique et d’assèchement démographique. Si les tendances devaient se confirmer, ce serait bien une Europe à deux vitesses migratoires — sans même prendre en compte la très délicate question des arrivées extraeuropéennes — qui se dessinerait.

En réponse, pour partie, à ces difficultés relatives aux mobilités résidentielles professionnelles (car il s’agit précisément de cela), les États membres et les instances européennes cherchent à réguler une partie des flux, celle liée au détachement. Le travail détaché est une forme d’emploi qui atteint des proportions importantes en France et dans d’autres États membres. Il suscite de vives controverses dont la critique récurrente selon laquelle le détachement favoriserait l’importation d’une main-d’œuvre bon marché. Afin d’apaiser les tensions, autour de ces deux millions de travailleurs détachés, la Commission européenne a ainsi présenté, en 2016, une réforme de la directive concernant le détachement de travailleurs, pour aller « vers un marché du travail européen approfondi et plus équitable ». Le grand sujet, encore ouvert, est celui du risque de concurrence sociale…

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Cet article est en accès libre jusqu'au 29/07/2018. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

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