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Les Chinois, leaders de la transition énergétique ?

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Depuis les années 2000, la Chine a eu une politique d’investissements massifs dans le domaine de l’énergie. Sur 1 800 milliards de dollars US investis par Pékin dans le monde entre 2005 et 2017, 37 % ont été injectés dans l’énergie. Ces investissements ciblaient initialement le pétrole et le gaz, mais depuis 2010 ce sont les réseaux et la production électrique que la Chine privilégie. La nouvelle route de la soie (Belt and Road Initiative) chinoise a sa version énergétique : la Global Energy Interconnection Initiative (GEII), qui a vocation à créer le premier réseau mondial d’électricité grâce à la transmission UHV ou ultra-haut débit — permettant de transporter l’électricité en courant tant alternatif que continu sur de très longues distances — que la Chine est la seule à maîtriser.

Par exemple, au Laos où la Chine a investi dans de grands barrages dont la production dépasse le marché national, un réseau de distribution ultra-haut débit a été construit vers le reste de l’Asie du Sud-Est. La Chine ne contrôle pas le réseau mais fournit le câblage UHV. Tout fournisseur d’énergie ou distributeur peut y avoir accès via des loyers sur le réseau.

Pékin estime que transmettre de l’énergie éolienne de Chine à l’Allemagne par le ultra-haut débit coûterait la moitié de ce que coûte aujourd’hui l’électricité verte aux consommateurs allemands.

Le développement du GEII se fait à deux niveaux, selon Enerdata : substituer les sources d’énergie traditionnelles en Chine par de l’électricité, et accéder à des ressources électriques extérieures pour compléter la production nationale qui ne suffira pas à couvrir les besoins futurs.

Au total, entre 2013 et le premier trimestre de 2018, les opérateurs électriques chinois ont investi 124 milliards de dollars US dans les réseaux électriques étrangers, et même 452 milliards en ajoutant les investissements des institutions financières et des autres acteurs chinois. L’Europe représente la troisième région mondiale, en volume, de ces investissements : les acteurs chinois sont actifs dans 11 pays européens (principalement Grande-Bretagne, Italie, Grèce, Portugal et Luxembourg) malgré quelques déboires en raison de l’opposition locale (les acteurs chinois n’ont pas pu acquérir le distributeur belge Eandis en 2016, ni l’allemand 50Hertz Transmission ou Energias de Portugal).


Source :
Cassini via Enerdata.

En l’espace de quelques années, la Chine est devenue la championne mondiale de la transition énergétique : le plus grand producteur, exportateur et installateur de panneaux solaires, d’éoliennes, de systèmes de stockage par batteries et leur recyclage, de véhicules électriques et même de projets nucléaires et hydroélectriques.

Dans le photovoltaïque, les Chinois dominent 70 % du marché mondial (9 des 10 principaux producteurs de panneaux solaires sont chinois). La Commission européenne a décidé de stopper les mesures anti-dumping qui affectaient les importations chinoises depuis cinq ans, ce qui signifie l’abandon d’une industrie européenne dans ce domaine.

Dans l’éolien, au second semestre 2019, les éoliennes chinoises ont conquis 52 % des commandes d’éoliennes terrestres du marché mondial. Parmi les 10 premiers fabricants de turbines, six sont chinois. Dans l’éolien offshore, les producteurs chinois sont encore derrière les européens MHI Vestas et Siemens Gamesa, mais gagnent du terrain.

Dans le stockage par batteries, tant sur le réseau que pour les véhicules électriques, la Chine pèse 61 % du marché des batteries (21 % pour le Japon et la Corée du Sud, et 10 % pour les États-Unis). Elle produit plus de 60 % des anodes et des électrolytes pour batteries. Notons qu’elle domine aussi le marché du recyclage des batteries lithium-ion ; elle a recyclé près de 70 % du marché mondial de batteries usagées à recycler en 2019, dont elle se sert pour l’approvisionnement de sa filière de batteries. Le producteur de batteries chinois CATL (Contemporary Amperex Technology) va construire une usine en Allemagne et BMW a déjà signé un contrat d’approvisionnement avec lui. Aujourd’hui, les constructeurs européens paient entre 4 000 et 7 000 euros par voiture aux équipementiers chinois pour équiper les voitures électriques à batterie.

Enfin, outre les positions dominantes des acteurs chinois dans les terres rares, le lithium ou le cobalt, nécessaires aux technologies de la transition électrique, le groupe minier Zijin a racheté, en 2018, l’une des plus grandes mines de cuivre, située en Serbie. En parallèle, un accord de concession prévoit la construction par la Chine d’une ligne de chemin de fer entre la Serbie et le Pirée, en Grèce (acheté à 67 % par le groupe chinois Cosco en 2016, troisième opérateur mondial de porte-containers).

Par ailleurs, dans le nucléaire, le chinois CGN (China General Nuclear Power Group) est sur trois projets avec EDF en Grande-Bretagne (Hinkley Point, Sizewell et Bradwell).

La transition énergétique en Europe, notamment avec l’électrification des consommations et la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables, est devenue très dépendante des acteurs chinois. L’idée de passer par un autre vecteur énergétique que l’électricité, comme l’hydrogène, outre ses atouts propres, notamment en matière de stockage, trouve probablement là une voie pour relancer une politique énergétique plus en adéquation avec la politique industrielle dans le domaine de l’énergie.

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Source :
« Foreign Investments in the European Electricity Sector », Enerdata, 2 juillet 2020.

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