Note de veille

Ressources naturelles, énergie, environnement

L’avenir du pétrole : les incertitudes d’un déclin annoncé

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Le contexte pétrolier a brutalement changé en 2014 lorsque le prix du baril de pétrole (le Brent, un brut de référence coté à Londres) a  brusquement plongé, passant d’un pic supérieur à 100 dollars US (111 dollars US en 2012) à 52 dollars US en 2015, pour atteindre un point bas à 31 dollars US en janvier 2016. Cette baisse exceptionnelle, de l’ordre de 60 % en deux ans, s’explique par plusieurs facteurs : une augmentation de l’offre de pétrole due notamment à la forte progression de la production de pétrole de schiste aux États-Unis, une crise économique rampante dans les pays occidentaux qui a provoqué un ralentissement de la demande mondiale, des facteurs politiques, avec notamment la volonté de l’Arabie Saoudite de ne plus jouer le rôle de stabilisateur du marché en fermant plus ou moins les vannes des puits qui l’alimentent, mais aussi de pénaliser l’Iran en diminuant ses recettes.

Depuis lors, la situation a partiellement changé. En effet, en 2016, l’excédent de l’offre de pétrole par rapport à la demande s’est nettement résorbé (à 0,7 million de barils/jour, contre 1,7 million en 2015) et, à la surprise de la plupart des experts, les pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) se sont mis d’accord pour limiter leur production ; accord auquel se sont joints, en décembre 2016, des pays producteurs non membres de l’OPEP, dont la Russie. Ces pays se sont engagés à réduire leur production dès le premier semestre 2017 (une réduction de la production de 1,2 million de barils/jour pour les pays de l’OPEP et de 0,6 million de barils/jour pour les autres producteurs). L’Iran, le Nigeria et la Libye, membres de l’OPEP, ne sont pas concernés par l’accord.

L’IFPEN, dans note consacrée au contexte pétrolier 2016 et aux tendances à court terme [1], constate que le rééquilibrage du marché pétrolier semblait en cours à la fin de l’année 2016, le cours du baril de pétrole fluctuant autour de 55 dollars US depuis le début 2017. L’institut souligne que, bien sûr, il n’y a pas de garantie que l’accord pétrolier sera respecté et que des facteurs économiques vont peser sur la demande, notamment le rythme de la croissance économique des pays émergents. Du côté de l’offre, la stabilité politique de pays producteurs peut peser sur la production de certains d’entre eux ; l’Algérie, le Nigeria et le Venezuela sont d’ailleurs vulnérabilisés par la forte baisse de leurs recettes budgétaires consécutive à la chute du prix du pétrole. Enfin, la remontée des cours du pétrole va redonner une marge de manœuvre aux pétroliers américains qui exploitent le pétrole de schiste ; l’exploitation de nombreux gisements se révélant rentable avec un cours du baril supérieur à 50 dollars US, la remontée de la production américaine peut être un facteur poussant le baril à la baisse… Le cours du pétrole va donc évoluer dans un zone d’incertitude, peut-être dans une fourchette de 50 à 60 dollars US, qualifiée de « confortable » par l’IFPEN car elle permettrait de réinvestir.

Si le rythme de la hausse du prix du pétrole était plus élevé que prévu, cela atténuerait fortement l’avantage économique d’un pétrole à bas prix. Cette hausse serait toutefois favorable à une remontée des investissements dans l’exploration et la production du pétrole (et donc du gaz). La baisse substantielle de ces investissements survenue depuis 2014 pénalise fortement, en effet, le secteur parapétrolier et ralentit les découvertes de nouveaux gisements. Après une hausse continue des dépenses d’exploration sur la période 2010-2014, celles-ci ont baissé de 35 % en 2015 puis en 2016. On constate que sur cette période, les volumes de pétrole découverts ont diminué de moitié (divisés par deux entre 2010 et 2014) ; toutefois, les volumes découverts pour chaque gisement sont plus importants ; et la baisse des volumes découverts est plus faible que celle des investissements, autrement dit, les rendements de l’exploration ont augmenté. Quelques grandes découvertes ont d’ailleurs été réalisées en 2015, notamment celle du gisement gazier offshore « géant » de Zohr au large de l’Égypte par la compagnie italienne ENI (Ente Nazionale Idrocarburi) [2]. En 2016, plusieurs découvertes importantes ont été faites en Alaska, en Chine et en Afrique subsaharienne (au Sénégal, en Tanzanie, en Angola et au Nigeria), auxquelles il faut ajouter des découvertes très importantes de pétrole de schiste dans le Bassin permien aux États-Unis (entre le Texas et le Nouveau-Mexique) que s’apprêtent à exploiter Exxon et Chevron.

Si le court terme pétrolier est encore incertain, qu’en est-il du long terme ? Le récent rapport de prospective BP Energy Outlook 2017 [3] tente de répondre à la question en se projetant à l’horizon 2035. BP estime que sur cette période, dans un contexte d’augmentation de la demande globale d’énergie poussée par les pays émergents, « la demande de pétrole continuera de croître quoique son rythme de croissance ralentira probablement car les performances des voitures vont s’améliorer » ; la consommation de gaz croîtrait toutefois plus vite que celle de pétrole. Les réserves, conventionnelles et non conventionnelles, de pétrole (et de gaz) sont amplement suffisantes pour y faire face. Selon BP (qui soutient l’idée d’une taxation du carbone), la demande et l’offre d’énergie liquide (pétrole brut, gaz naturel liquéfié et biocarburants) passeraient de 95 millions de barils/jour en 2015 à 115 millions de barils/jour en 2035. Autrement dit, BP ne s’attend pas à un « pic » du pétrole avant 2035.

On observera que tout en admettant que la planète s’est engagée dans la voie d’une énergie à bas carbone, BP présente un scénario optimiste qui n’est compatible ni avec les objectifs de limitation du réchauffement climatique fixés par l’accord de Paris de 2015, ni avec le scénario dit « 450 » de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et de bien d’autres qui font l’hypothèse d’une baisse de la demande de pétrole après 2025. BP reconnaît que plusieurs incertitudes pèsent sur l’avenir du pétrole. Le rythme de la « révolution de la mobilité » (essor des véhicules électriques et autonomes, recours au covoiturage) et plus généralement de celui de l’amélioration de l’efficacité énergétique est la première ; la rapidité de la modification du mix énergétique (et donc du poids des renouvelables) est la deuxième ; la croissance du produit intérieur brut, après 2035, dans les pays émergents, notamment en Afrique qui connaît une forte croissance démographique, en est une troisième. Le pic du pétrole se manifesterait sans doute, selon BP, vers le milieu des années 2040.

Il ressort de ces « prévisions » que si, à court terme, c’est le cours du baril du pétrole qui paraît incertain, à long terme, l’horizon de l’avènement de l’après-pétrole le serait tout autant.



[1] Maisonnier Guy, Panorama 2017. Contexte pétrolier 2016 et tendances, IFPEN (Institut français du pétrole / énergies nouvelles) / Le Point sur…, 2017. URL : http://www.ifpenergiesnouvelles.fr/content/download/77488/1613493/version/2/file/5-Panorama-2017_VF_ContextePetrolier2016-Tendances.pdf. Consulté le 15 février 2017.

[2] Sur ces découvertes, voir notamment Hureau Geoffroy et Vially Roland, Panorama 2016. Nouvelles découvertes conventionnelles de pétrole et de gaz, IFPEN / Le Point sur…, 2016. URL : http://www.ifpenergiesnouvelles.fr/content/download/76487/1601637/version/3/file/4-Panorama-2016_VF_NouvelleDecouvertesGazPetroles.pdf. Consulté le 15 février 2017.

[3] BP Energy Outlook: 2017 Edition, Londres : BP (British Petroleum), 2017. URL : http://www.bp.com/content/dam/bp/pdf/energy-economics/energy-outlook-2017/bp-energy-outlook-2017.pdf. Consulté le 15 février 2017.

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