Note de veille

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La Chine : nouvel eldorado des entreprises européennes ?

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Nous nous interrogions dans une précédente note sur le boycott d’entreprises étrangères en Chine, y compris d’entreprises européennes (H&M, Adidas). Nous soulignions ainsi les répercussions des relations délétères entre l’Union européenne (UE), les États-Unis et le parti communiste chinois (PCC) sur les activités de grands groupes privés. Pourtant, la Chambre européenne de commerce en Chine, porte-parole d’entreprises européennes implantées sur le territoire chinois, a publié en juin 2021 un rapport annuel étonnant. Sur ses 1 700 membres (parmi lesquels on retrouve des multinationales de tous secteurs comme Bayer, BNP Paribas, Dior, Michelin, Nokia, Siemens, ou encore Veolia), seuls 9 % envisagent de déplacer tout investissement actuel ou prévu hors de Chine. Cette proportion est la plus basse de ces dernières années. Mieux encore, deux tiers de ces organisations se disent confiantes dans leur avenir en Chine, un nombre inédit depuis 2014. Comment expliquer un tel renversement de tendance dans un contexte géoéconomique pourtant tendu ?


Source :
« La résilience des entreprises françaises en Chine », VVR International, 16 novembre 2020.

La Chine, moteur de la reprise économique post-Covid-19

Bien que frappée de plein fouet par le SARS-CoV-2 dès décembre 2019, la Chine est la première économie à connaître une croissance positive dès la fin 2020 (+ 2,3 %). Sa capacité à endiguer l’épidémie lui a permis de relancer rapidement ses activités économiques, alors même que d’autres pays étaient toujours à l’arrêt. Le dynamisme de son marché intérieur, porté par une classe moyenne et supérieure désireuse de consommer, et dans l’incapacité de voyager, explique pour partie cette relance rapide. Le pays a ainsi offert une opportunité inespérée pour certains groupes étrangers de maintenir leurs revenus malgré la crise sanitaire, particulièrement dans le secteur du luxe, de l’automobile, mais aussi dans le secteur médical. Près de la moitié des entreprises françaises membres de la Chambre de commerce (42 %) ont ainsi vu leur chiffre d’affaires 2020 croître par rapport à 2019 en Chine. Les trois quarts des firmes sondées auraient dégagé des profits et la moitié estime que leur marge opérationnelle 2020 est plus élevée en Chine qu’ailleurs dans le monde.

Relocaliser, oui, mais en Chine

Face aux opportunités qu’ouvre un marché chinois en plein essor, les entreprises étrangères ne se laissent donc pas intimider par les risques d’exclusion ou de boycott, dans un contexte géopolitique pourtant tendu. À vrai dire, 6 entreprises européennes sur 10 envisagent plutôt de consolider leur position dans le pays (contre la moitié en 2019). Et pour ce faire, plusieurs d’entre elles pensent à relocaliser une partie de leurs chaînes de production, pour le moment dispersées à l’échelle régionale, voire mondiale, directement sur le sol chinois pour servir ce marché. Les entreprises semblent donc naviguer avec pragmatisme dans le monde fragmenté qui se dessine. Elles anticipent bien de potentielles ruptures d’approvisionnement (tensions géopolitiques, nouveaux risques sanitaires). Mais, pour s’y préparer, elles feraient le choix de rester au plus près des marchés les plus prometteurs. Car produire en Chine pour vendre localement leur permet de développer des gammes de produits dédiés aux spécificités locales, de les fournir à des prix plus compétitifs ou encore d’optimiser leurs coûts de production…

Un climat d’affaires toujours tendu

Toutefois, les multinationales implantées en Chine ne pourront échapper complètement aux affrontements géopolitiques et donc à des orientations stratégiques qui ne peuvent uniquement reposer sur la seule rationalité économique. En témoigne la bataille juridique qui fait rage entre la Chine et les États-Unis. Le 10 juin 2021, le PCC a ainsi promulgué une nouvelle loi qui vise à « protéger » les organisations ou individus chinois contre tout pays, entité ou firme qui appliquerait des sanctions contre la Chine. Vague, ce texte affecterait potentiellement un nombre important de personnes et d’entreprises, à la seule discrétion du gouvernement chinois. Parmi les sanctions : « la mise sous scellés, la saisie et le gel des biens », mais aussi « d’autres mesures » qui ne sont pas détaillées. Ainsi les entreprises étrangères ne peuvent-elles pas échapper au dilemme posé par le conflit sino-américain. Elles devront « naviguer sur un nouveau champ de mines législatif », comme l’a déclaré sans détour la Chambre de commerce.

Les firmes sauront-elles effectivement naviguer entre les injonctions de la Chine d’un côté, celles des Américains et Européens de l’autre, tout en préservant leurs intérêts économiques ? Plusieurs trajectoires apparaissent envisageables pour l’avenir, parmi lesquelles une fermeture totale du marché chinois, un marché tumultueux, ponctué de sanctions hétérogènes ou par secteur, une bipolarisation voire une multipolarisation interne des grandes entreprises pour adapter régionalement leurs activités et leurs productions à la demande et aux législations spécifiques, ou encore une sinisation de certaines entreprises étrangères par mouvements de fusion et acquisition…

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Cet article est en accès libre jusqu'au 20/08/2021. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

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