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Gaz à effet de serre : hausse des émissions importées

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Selon les données du Citepa [1], les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France diminuent régulièrement depuis le début des années 2000. La baisse annuelle atteint 2 % en moyenne (à l’exception de la période 2014-2017) et elle devrait se poursuivre en 2020 en raison de la crise sanitaire et économique. Rappelons que la France s’est fixé pour objectif d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Dans ce cadre, un « budget carbone » moyen est alloué pour chaque période de quatre ans, que le pays ne doit pas dépasser. Or, l’année 2019 pourrait être la première année pour laquelle ce budget est respecté.

Selon la base de données du Citepa, un tiers des émissions nationales sont générées par le secteur du transport, un cinquième par l’agriculture, autant par le résidentiel-tertiaire, et quasiment autant par l’industrie manufacturière et la construction.

Évolution des émissions dans l’air de CO2eq depuis 1990 en France (métropole et outre-mer)

UTCATF : utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie.
Source :Citepa.

Néanmoins, Futuribles alerte depuis de nombreuses années sur la nécessité de prendre en compte, dans les statistiques nationales, les émissions de GES importées. L’approche par l’empreinte carbone permet d’intégrer ces émissions générées par la fabrication, à l’étranger, de biens et services consommés en France. Et elle exclut les émissions générées par des produits fabriqués en France mais exportés.

Or, selon un récent rapport du Haut Conseil pour le climat, l’empreinte carbone de la France est relativement stable depuis 30 ans, car si les émissions nationales diminuent effectivement, les émissions importées ont quant à elles augmenté d’un tiers depuis 1995.

Évolution dans le temps des émissions composant l’empreinte carbone (en tonnes de CO2eq par habitant)

Source : Haut Conseil pour le climat.

L’empreinte carbone de la France est désormais 70 % plus élevée que les émissions générées sur le territoire. Ainsi, le pays a réalisé des efforts importants pour diminuer ses émissions nationales (qui sont désormais relativement faibles à l’échelle européenne) mais qui ont été intégralement compensées par une hausse des émissions importées de biens et services. Sans surprise, ces émissions proviennent majoritairement d’Asie (notamment de Chine) et d’Europe (principalement d’Allemagne, le premier partenaire commercial de la France). Ces émissions importées sont particulièrement élevées dans certains secteurs : les industries agricoles et alimentaires, les travaux de construction, les équipements électriques et électroniques… L’essentiel de la hausse de ces émissions s’explique par la croissance de la demande et, plus marginalement, par la structure du commerce international.

Pour respecter son engagement climatique, le Haut Conseil pour le climat calcule donc que la France devrait réduire ses émissions importées de 65 % entre 2005 et 2050, et ainsi atteindre une diminution de 80 % de son empreinte carbone. Pour cela, il identifie quatre leviers :

1) La décarbonation des chaînes d’approvisionnement des entreprises (en particulier grâce à des énergies et des matériaux renouvelables).

2) La mise en place d’un « score carbone » pour les produits de consommation, calculé en fonction de l’empreinte carbone de son cycle de vie. Il s’agit d’ailleurs de l’une des 149 propositions de la Convention citoyenne pour le climat, visant à améliorer l’information des consommateurs sur l’impact environnemental de leurs achats.

3) Promouvoir la réduction des émissions importées au sein de l’Union européenne, y compris en augmentant le prix des produits les plus émetteurs de CO2.

4) Orienter la coopération internationale de la France vers le renforcement des engagements des pays dans le cadre de l’accord de Paris. Le Haut Conseil pour le climat considère par ailleurs qu’il est indispensable d’intégrer les émissions générées par le transport international des passagers français et des marchandises destinées à la France dans l’objectif de neutralité carbone de l’Hexagone (donc de privilégier l’approche par l’empreinte carbone). En particulier, les émissions de GES des acteurs français dans le secteur aérien ont augmenté de 120 % depuis 30 ans.

Secteur et localisation des émissions qui composent l’empreinte carbone en France, hors émissions directes des ménages, en 2011

Source : Haut Conseil pour le climat.

À l’avenir, il sera donc indispensable de mieux prendre en compte ces émissions importées, à la fois dans la comptabilité nationale des émissions de GES et dans les politiques visant à les réduire. Ce qui supposera notamment d’améliorer la collecte et l’analyse des statistiques : le rapport du Haut Conseil pour le climat s’appuie pour l’essentiel sur des données datant de 2012… Par ailleurs, ces émissions de GES ne constituant qu’une composante de l’impact environnemental des importations (utilisation de ressources naturelles, pollutions…), d’autres approches méthodologiques (comme l’analyse de cycle de vie) pourraient aussi être utiles pour éclairer les décisions publiques dans ce domaine.



[1] Le Citepa est une association chargée par le ministère français de l’Écologie et de la Transition écologique de réaliser les inventaires d’émissions de gaz à effet de serre de la France

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Cet article est en accès libre jusqu'au 17/12/2020. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

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