Note de veille

Institutions - Recherche, sciences, techniques - Ressources naturelles, énergie, environnement

Déviation des astéroïdes : quand la fiction devient réalité…

Par

Le plus grand astéroïde à frôler la Terre en 2021 est passé à quelque deux millions de kilomètres de distance de nous, dimanche 21 mars 2021. S’il ne présentait pas de risque de collision, il était suivi de près par la NASA (National Aeronautics and Space Administration) depuis 2001. En effet, il est passé assez près pour qu’il ait été classé comme « potentiellement dangereux », selon les catégories officielles. La possible collision entre la Terre et un astéroïde est un sujet qui est pris au sérieux par les acteurs de l’aérospatial qui étudient les moyens de dévier les astéroïdes menaçants. C’est dans cette optique qu’en juillet 2021, une sonde lancée par une fusée SpaceX sera envoyée dans l’espace dans le but de modifier la trajectoire d’un astéroïde. Nous avons trouvé intéressant de faire le parallèle entre cette information et un scénario imaginé par Futuribles et Daniel Kaplan lors d’un débat organisé par l’observatoire de prospective spatiale du CNES (Centre national d’études spatiales) en 2018.

La NASA et l’Agence spatiale européenne en charge du projet de déviation des astéroïdes

La NASA estime que si la chute d’un astéroïde est assez peu probable (elle estime le risque à 0,01 % pour le siècle à venir), ses conséquences n’en seraient pas moins désastreuses pour l’humanité : en témoigne l’extinction des dinosaures.

Ainsi, en juillet 2021, le satellite DART (du nom du projet de la NASA Double Asteroid Redirection Test) s’envolera à bord d’une fusée SpaceX pour atteindre, en octobre 2022, Didymoon, un tout petit astéroïde qui a la particularité de tourner lentement. Il sera donc plus facile de le viser correctement et la collision n’aura qu’un impact limité sur la période orbitale de Didymoon. Autrement dit, cette expérience ne devrait pas envoyer accidentellement un astéroïde en direction de la Terre.

Lors de l’impact, l’astéroïde passera suffisamment près de la Terre pour que les scientifiques puissent observer et mesurer le changement de période orbitale. Il faudra en revanche attendre encore deux ans supplémentaires pour qu’une mission européenne (Hera) puisse aller étudier les débris causés par l’impact, avec un double objectif : vérifier la viabilité d’un système de défense planétaire contre les astéroïdes, mais également sonder ces astéroïdes dont on ne connaît pas la composition pour le moment.

« Les gardiens de l’espace »

En juin 2018 s’est tenu le premier débat public et participatif autour de l’éthique de l’exploration spatiale [1] lors duquel nous avions exploré un scénario appelé « Les gardiens de l’espace ». Dans ce scénario, une fondation privée convainc les Nations unies qu’il est nécessaire de prévoir un dispositif de destruction / déviation des astéroïdes au cas où l’un d’eux menacerait de s’écraser sur la Terre. La création et la gestion du dispositif sont donc confiées à cette fondation qui fonctionne en mode start-up et implique le public dans le financement et l’innovation. En échange d’un monopole d’exploitation des données collectées lors du minage des astéroïdes, la fondation offre une solution totalement gratuite de protection de la Terre contre la chute d’astéroïdes.

De la fiction à la réalité…

La différence majeure entre le scénario établi par Futuribles et la réalité repose sur les acteurs de la gestion de ce dispositif. Dans la réalité, c’est un programme conjoint de la NASA et de l’Agence spatiale européenne (avec pour opérateur SpaceX) qui chapotera le projet, tandis que dans notre scénario, il s’agissait d’une gestion exclusive par un acteur privé, ce qui posait la question éthique de l’exploitation des ressources spatiales. Actuellement, le droit de l’espace mentionne que l’espace extra-atmosphérique appartient à l’humanité tout entière et qu’aucun État ne peut se l’approprier. L’exploration spatiale doit donc bénéficier à l’ensemble de l’humanité et le traité exige des différents gouvernements de superviser les activités spatiales des acteurs privés issus de leur pays. Ceci étant dit, Murielle Lafaye, responsable du pôle Intelligence économique du CNES, nous a alertés à plusieurs reprises sur l’interprétation libérale qui peut être faite des accords internationaux de non-appropriation des ressources spatiales [2] : en 2015, l’Obama Space Act, qui s’inspire du droit de la haute mer, a d’ailleurs autorisé pour la première fois l’exploitation des ressources spatiales par des acteurs privés, et les collaborations entre la NASA et SpaceX sont désormais monnaie courante. L’exploitation des données, voire des matériaux découverts lors de ce premier minage, sera donc un sujet à surveiller…



[1] Ce débat a été organisé par Space’ibles, l’observatoire de prospective spatiale du CNES. Futuribles s’est associé à l’exercice en alimentant la réflexion au moyen de courtes fictions présentant divers scénarios d’évolutions possibles dans le domaine spatial. C’est Daniel Kaplan, fondateur de l’université de la Pluralité, qui avait alors prêté sa plume pour rédiger un scénario appelé « Les gardiens de l’espace ». Pour en savoir plus sur cette initiative : https://www.futuribles.com/fr/revue/430/la-fiction-pour-debattre-de-la-prospective-spatial/

[2] Voir notre note de veille du 25 juillet 2019, « Missions lunaires et droit de l’espace » et l’interview de Murielle Lafaye par Marie Ségur, « Encombrement spatial et risques liés aux ambitions de SpaceX », du 7 avril 2020.

À lire également

Devenir membre

Cet article est en accès libre jusqu'au 6/06/2021. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

Adhérer