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Société, modes de vie

Défiance et défaitisme en France

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Une enquête Eurobaromètre réalisée fin 2017, publiée en avril 2018, souligne, une nouvelle fois, le niveau de pessimisme et de défaitisme des Français. Si, en termes généraux portant sur leur santé ou bonheur, les Français apparaissent dans une moyenne européenne, il n’en va pas du tout de même s’agissant de ce qu’ils pensent en matière de confiance ou d’égalité des chances.

Dans l’Union européenne, une large majorité de répondants s’estiment heureux, en bonne santé, sans expérience de la discrimination ou du harcèlement. Précisément, 83 % se disent heureux et 78 % en bonne santé ; 16 %, tout de même, disent avoir connu, au cours des 12 derniers mois, un problème de discrimination ou de harcèlement. Toujours sur un plan optimiste, 61 % des Européens sont d’accord avec l’idée selon laquelle les décisions qui les concernent sont prises de manière juste. Ils sont encore 58 % à penser qu’ils vivent dans un pays qui favorise l’égalité des chances.

Au sujet du bonheur (88 %) et de l’état de santé déclaré (79 %), les Français se situent au-dessus de la moyenne européenne. Les choses se dégradent avec la question de l’isolement : 35 % d’entre eux déclarent s’être sentis seuls lors de la semaine qui précède, contre 33 % des Européens, 3 % des Espagnols, 4 % des Danois, ou encore 26 % des Britanniques.

Toujours sur ce registre négatif, 31 % des Français, seulement, pensent qu’il est possible, la plupart du temps, de faire confiance aux gens. La moyenne européenne est à 47 %. Et les scores atteignent 85 % en Finlande, 82 % au Danemark, 76 % en Suède. La France est dans le peloton de queue, en matière de confiance, avec la Roumanie (28 %) et la Grèce (24 %), notamment.

Il en va globalement de même sur la question de la reconnaissance du mérite. En Europe, 38 % des citoyens adhèrent à l’idée selon laquelle les gens ont ce qu’ils méritent. Ce n’est le cas que de 29 % des Français, loin encore des Danois (58 %), des Finlandais (57 %) ou — plus étrange peut-être — des Britanniques (47 %). Là aussi les Français sont plus proches de la Grèce (19 %) ou de la Roumanie (34 %).

Le classement français se dégrade quand il s’agit de la comparaison, en termes d’égalité des chances, depuis 30 ans : 22 % des Français considèrent qu’il y a eu amélioration. Seuls les Grecs (21 %) font moins. Or l’opinion moyenne européenne est presque majoritaire (46 %). Certains pays se plaçant clairement de l’autre côté sur le spectre de la vision positive des trois dernières décennies : l’Irlande (74 %) ou, encore, la Finlande (72 %).

Le constat n’est pas neuf. Les Français comptent bien parmi les plus pessimistes et les plus méfiants dans l’Union européenne. Les données récentes confirment un problème qui pèse naturellement sur l’ambiance et le dynamisme d’un pays.

Un tel niveau relatif d’inquiétude se comprend par diverses raisons. D’abord, certaines parties de la population ont de bonnes raisons de s’inquiéter. Il en va ainsi des jeunes et, par construction, de leurs parents lorsqu’ils s’interrogent sur l’avenir de leurs enfants. Ensuite, il existe peut-être une forme particulière de lamento à la française, consistant à se plaindre un peu de tout. Surtout, les Français peuvent craindre de perdre ou de voir s’éroder des institutions et positions auxquelles ils pouvaient traditionnellement accéder. En un mot, si les Français sont inquiets c’est parce qu’ils estiment, à tort ou à raison, avoir des choses à perdre. Ce n’est pas la même chose dans nombre d’États membres où les populations peuvent estimer d’abord avoir des choses à gagner. Pour l’avenir, les niveaux de confiance et d’optimisme seront probablement toujours davantage fonction non pas d’abord des situations objectives mais des représentations que l’on peut avoir de la solidité des institutions. Un défi majeur.

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Source :
« Fairness, Inequality And Intergenerational Mobility », Eurobaromètre spécial, n° 471, avril 2018. URL : http://ec.europa.eu/commfrontoffice/publicopinion/index.cfm/ResultDoc/download/DocumentKy/83330. Consulté le 5 juillet 2018.

ANNEXES

1. Opinion des Européens sur leur état de santé : accord ou non avec l’affirmation « Je suis en bonne santé » (%)

2. Sentiment de bonheur des Européens : accord ou non avec l’affirmation « En général, je me considère comme une personne heureuse » (%)

 

3. Sentiment de solitude des Européens : réponse à la question « Vous êtes-vous senti seul(e) au cours de la semaine écoulée » (%)

 

4. Confiance interpersonnelle des Européens : accord ou non avec l’affirmation « De manière générale, on peut faire confiance à la plupart des individus dans votre pays » (%)

5. Regard des Européens sur la reconnaissance du mérite : accord ou non avec l’affirmation « Je pense,  dans l’ensemble, que les gens ont ce qu’ils méritent dans mon pays » (%)

6. Regard des Européens sur l’évolution de l’égalité des chances : accord ou non avec l’affirmation « Les chances de progresser dans la vie, dans mon pays, sont plus égalitaires aujourd’hui qu’il y a 30 ans » (%)

Source :Eurobaromètre spécial, n° 471, avril 2018.

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Cet article est en accès libre jusqu'au 19/08/2018. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

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