Note de veille

Éducation - Entreprises, travail

Apprentissage, une implication nouvelle des entreprises ?

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La loi pour « la liberté de choisir son avenir professionnel » du 5 septembre 2018 a enclenché, en France, une réforme du système d’apprentissage en ouvrant notamment la possibilité pour les entreprises, à partir de 2020, de créer des centres de formation d’apprentis (CFA). Combinée à la reconnaissance réglementaire (articles L. 6313-1 et 2 du code du travail) des actions de formation en situation de travail (AFEST), cette évolution marque une avancée salutaire en matière d’engagement des entreprises au sein du système de formation professionnelle.

L’apprentissage s’est développé dans le champ de la formation professionnelle initiale et les CFA se sont créés comme des entités externes aux entreprises sous l’égide des chambres consulaires ou des branches professionnelles, dans un cadre contrôlé et régulé par les pouvoirs publics (État puis conseils régionaux). Quant aux entreprises elles étaient considérées comme des terrains d’application des enseignements professionnels dispensés dans les CFA. L’ouverture par la loi de la possibilité pour les entreprises de créer des CFA n’est donc pas anodine car elle positionne l’entreprise en tant que porteuse des contenus et des finalités d’un volet important de l’enseignement professionnel par alternance.

La France s’aligne ainsi sur les pays, comme l’Allemagne, la Suisse ou le Danemark, où l’apprentissage s’est imposé comme seule voie de formation professionnelle des jeunes et où les entreprises ont intégré une responsabilité structurante en matière de mise en œuvre des programmes d’enseignement. Les caractéristiques des mutations du système productif (industrie 4.0, intelligence artificielle, interconnexions, sécurité informatique, cobotique, normes environnementales, responsabilité sociétale…) nécessitent cette évolution et obligent les entreprises à un développement des fonctions et des ressources formatives.

Cet investissement dont l’apprentissage est un vecteur puissant, concerne l’ensemble des volets de la formation professionnelle (salariés en place ou nouveaux embauchés). Par ailleurs, une consolidation de l’apprentissage ne peut que remédier au sous-emploi des jeunes qui caractérise la France.

Il y a tout lieu de penser que les secteurs de l’industrie s’apprêtent donc à investir dans la création de CFA ou dans l’extension à l’apprentissage de leurs structures de formation. Déjà Safran, Schneider Electric, Arc International et d’autres grands groupes se sont positionnés. Dans les services, un mouvement similaire s’amorce : ainsi Accor, Adecco, Korian et Sodexo se sont associés pour mettre en place un CFA de cuisiniers.

Par ailleurs, l’engagement des entreprises dans l’apprentissage favorise objectivement le développement de leurs ressources utiles à l’amélioration des processus inhérents aux ressources humaines (recrutement, gestion des mobilités internes, fidélisation de la main-d’œuvre, optimisation de l’expérience des salariés…), mais aussi à l’accompagnement des innovations et des modernisations par le biais d’un meilleur repérage des potentiels de compétences d’adaptation et d’évolution des salariés.

Désormais, une entreprise volontaire pour créer son CFA devra le déclarer à l’administration (à la Direccte, la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi), moyennant l’obtention d’une certification qualité relative aux conditions technico-pédagogiques du cursus suivi par les apprentis. Par ailleurs, la réforme élargit l’accès à l’apprentissage jusqu’à 29 ans (en clair, pour des publics ayant éventuellement une expérience de travail) et permet des durées raccourcies de contrat, de six mois minimum. Ces assouplissements ouvrent la voie à une diversification des publics d’apprentis et donc à une modulation et une diversification des objectifs de l’apprentissage. Il sera cependant nécessaire d’adapter les diplômes et titres professionnels des ministères « valideurs » (Éducation nationale, Enseignement supérieur, Agriculture, Travail…) à une telle évolution car ils n’ont pas été conçus pour un enseignement professionnel où l’entreprise tient une place importante. Par exemple, le Danemark a récemment développé un volet de l’apprentissage uniquement mis en œuvre dans les entreprises par la pratique en situation de travail et l’expérience, ce qui suppose un mode de certification particulier.

Si les grands groupes peuvent facilement s’approprier la nouvelle donne, les PME (petites et moyennes entreprises) ou les entreprises de taille intermédiaire peuvent hésiter à mettre en place un CFA. Le nombre d’entreprises de 50 à 199 salariés est d’environ 22 000. Celles de 200 à 499 salariés sont proches de 4 000. L’implication de ces entreprises n’est donc pas négligeable sachant qu’elles représentent une dynamique importante de création d’emplois : « Entre 2009 et 2015, le solde d’emplois salariés [a été] positif pour les unités légales de moins de 10 salariés (+ 121 300 ETP [équivalents temps plein]), pour les unités de 10 à 249 salariés (+ 103 200) et celles de 250 à 4 999 salariés (+ 89 600). Il [a été] négatif pour les unités de 5 000 salariés ou plus (– 59 800) [1]. »

Ne bénéficiant plus des fonds mutualisés de la formation professionnelle continue, ciblés sur les entreprises de moins de 50 salariés, les entreprises moyennes vont devoir réfléchir à un engagement adapté dans le système d’apprentissage leur permettant de disposer de ressources formatives. L’hypothèse de CFA interentreprises et multimétiers pourrait s’avérer une réponse pertinente.



[1]Les Entreprises en France. Édition 2017, Paris : INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), 2017, p. 25. URL : https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/3152833/ENTFRA17.pdf. Consulté le 15 avril 2019.

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Cet article est en accès libre jusqu'au 31/05/2019. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

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