Futuribles Journal n° 70

Géopolitique

Politiques économiques et sortie de crise. Du carré infernal à un nouveau New-Deal

La période récente est marquée par la montée des enjeux industriels : on peut même juger qu'il s'agit de la troisième phase de la crise, celle qui marquera les années 80. De fait, les tensions apparues au milieu des années 70 furent dans un premier temps interprétées comme le produit d'agressions extérieures : les économies occidentales devaient s'adapter à des prix de l'énergie durablement plus élevés et à la concurrence des " nouveaux pays industrialisés ". Ultérieurement, les déséquilibres macroéconomiques internes aux pays industrialisés furent progressivement reconnus comme facteurs de blocage de la croissance ; la politique monétaire se vit confier le rôle central pour restaurer la discipline des comportements. Dix ans après le premier choc pétrolier, il paraît toutefois insuffisant de mettre ainsi en cause les seules insuffisances des politiques globales ; les lenteurs dans l'adaptation à une " troisième révolution industrielle " expliqueraient plutôt, selon une conception désormais largement répandue, la longueur de la phase d'adaptation que nous traverserons. Deux séries d'arguments importants peuvent être avancées à l'appui de cette thèse.

Rétrospectivement, d'abord, les années 70 sont marquées par une inflexion généralisée des gains de productivité, commune à l'ensemble des secteurs et des pays ; en second lieu, la chute des taux d'investissement dans l'industrie manufacturière explique une obsolescence accélérée de l'appareil productif ; il en résulte une sensibilité plus grande à la concurrence étrangère ; le phénomène de désindustrialisation - auquel seul le Japon semble échapper - sanctionnerait finalement les retards observés pour remodeler les structures industrielles. Par comparaison, le potentiel d'innovations technologiques disponibles semble en effet offrir d'importantes perspectives d'investissements rentables : il s'agit tout autant de diffuser de nouveaux biens de consommation que d'introduire de nouveaux équipements productifs ; c'est la modernisation des branches traditionnelles qui est en jeu tout autant que l'émergence de secteurs radicalement nouveaux. De nombreuses monographies l'auraient donc établi : il suffit de forcer la vapeur, de vaincre les résistances au changement et les années 80 pourraient voir se propager ce nouveau potentiel de croissance !

Le présent article analyse les conditions requises pour que se déploie sur ces bases une issue à la crise. La démarche adoptée, principalement macroéconomique, conduit à un jugement infiniment plus nuancé. Nous étudions d'abord la raison des blocages successifs sur lesquels butent les efforts de restructuration industrielle. Une caractérisation plus fouillée montre qu'ils n'ont rien d'accidentel et traduisent la substitution d'un " carré infernal " au " carré magique " des années 60. Dans ce contexte, le scénario central de la décennie est - sans qu'on puisse écarter une déflation catastrophique - celui d'un stop and go généralisé. L'analyse minutieuse de cette alternance de phases contrastées est riche d'enseignements ; c'est la thèse centrale de cet article que d'y repérer une lente altération, une progressive recomposition des ressorts les plus fondamentaux de l'activité. Ce processus est nécessairement fait de tâtonnements et d'erreurs parce qu'aucun mécanisme économique ou politique n'est en mesure de dégager avec clarté les principes sociaux et organisationnels capables de libérer un nouveau potentiel de développement. Pour contrecarrer le jeu d'évolutions devenues largement défavorables, il est donc vital que les politiques économiques affrontent les innombrables difficultés de la conjoncture en s'attachant à définir progressivement une nouvelle cohérence aux transformations en cours.

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