Journal

La Tech

Quand la Silicon Valley refait le monde

Analyse de livre

Couverture du livre La Tech. Quand la Silicon Valley refait le monde d'Olivier Alexandre.
fr
Olivier Alexandre livre ici à la fois un panorama et une analyse de la Silicon Valley. Ce qu’il nous donne à voir est le fruit d’une large enquête auprès des acteurs de ce lieu qui apparaît à la fois comme la forge de notre avenir et un modèle de référence. C’est aussi un décryptage adossé aux sciences sociales des mécanismes qui y sont à l’œuvre. L’ouvrage est organisé autour de trois thèmes : l’espace, le travail et l’esprit.

Alexandre Olivier, La Tech. Quand la Silicon Valley refait le monde, Paris : Seuil, mars 2023, 560 p.

Couverture du livre La Tech. Quand la Silicon Valley refait le monde d'Olivier Alexandre.

La première partie, celle de l’espace, s’ouvre sur un rappel de ce qu’est la Tech dans un lieu que l’économiste qualifierait de cluster ; le géographe, d’espace ; le sociologue, de champ ; et le manager, de milieu pour souligner la pertinence d’une approche globale.

C’est l’épopée d’une région dénuée de ressources naturelles et quasi désertique mais, auréolée par la conquête de l’Ouest et par la ruée vers l’or, qui est devenue au fil des ans la capitale mondiale de la Tech. Une évolution qui résulte de l’activité d’acteurs engagés dans une course vers l’or gris, la richesse que recèlent les technologies pour ceux qui savent en tirer parti. Dans cette course, un seul impératif : se démarquer de la masse des concurrents. Cela configure un écosystème dominé par la vitesse et la performance, où la stabilité est incongrue et où les visions linéaires n’existent pas. Les institutions ou corporations y ont peu de prise.

Là, deux lois règnent : celle de Gordon Moore qui prédit la progression des capacités des microprocesseurs depuis 60 ans, et celle de Robert Metcalfe qui théorise la croissance de l’utilité d’un réseau avec l’essor de ses usagers. Plus empiriques que scientifiques, elles sont controversées. Qu’importe ! Elles servent de marqueurs et elles créent l’élan qui rend les prophéties autoréalisatrices. En effet, les acteurs de la Tech partagent une vision réaliste et objectiviste du monde ; pour eux, la réalité existe avant son observation. Cette démarche, proche des sciences naturelles, s’articule avec un éloge du « faire » qui va jusqu’à parler de do-ocracy (la démocratie du faire) et qui se prolonge par une forme de société sans classes, mais pas sans hiérarchie. Ici, l’élite se réfère au « génie social », à l’opposé de l’élite de naissance de la côte est des États-Unis.