Journal

Infocratie

Numérique et crise de la démocratie

Analyse de livre

fr
L’auteur de cet ouvrage, philosophe, explique d’abord que nous sommes entrés, par le numérique, dans un régime de l’information où le pouvoir n’est plus dans la détention des moyens de production ou l’exploitation du corps et des énergies, mais dans l’accès à des informations utilisées pour surveiller, manipuler les comportements, voire les prédire. Ce régime de l’information devient un capitalisme de la surveillance où les personnes deviennent du « bétail à données et à consommation ».

Han Byung-Chul, Infocratie. Numérique et crise de la démocratie, Paris : Presses universitaires de France, septembre 2023, 103 p.

Selon Byung-Chul Han, ce régime de l’information se distingue fondamentalement des régimes précédents — régimes disciplinaires imposés par les tenants du pouvoir (cf. Foucault ou Orwell) — par le fait que c’est notre propre communication, à laquelle nous sommes incités positivement et en toute transparence, qui rend la surveillance efficace. Dans ce régime, le pouvoir n’utilise plus la contrainte et les interdictions, mais exploite la liberté de cliquer, poster ou « liker » afin de produire des profils de comportements à partir des données, et d’influencer nos comportements sans que nous en ayons conscience.

Normalement, c’est le public raisonnant, y compris au travers de débats télévisés, qui crée la démocratie. Or, dans le régime de l’information ou « infocratie », les informations servies par les smartphones en temps réel sont gérées par des algorithmes selon leur potentiel d’excitation, lui-même fonction de nos psychogrammes. Et ce sont souvent des fake news. Chacun reçoit donc un message différent, l’espace public se fragmente et les citoyens ne sont plus sensibilisés aux sujets de société essentiels. Dans cette infocratie, la vérité et la véracité n’ont plus d’importance, d’autant plus que les arguments et les justifications ne sont pas compatibles ave...