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World Energy Outlook 2019

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World Energy Outlook 2019
AIE (Agence internationale de l’énergie) , « World Energy Outlook 2019 », AIE / OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), 2019.

Le rapport annuel sur l’énergie de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), après avoir dressé, comme chaque année, un tableau complet de la situation énergétique mondiale, envisage ses évolutions possibles à l’horizon 2040, à l’aide de scénarios, mais dans cette édition 2019, cinq des quatorze chapitres sont consacrés à l’énergie en Afrique.

L’AIE souligne dans son chapitre introductif que 2018 a été une « année extraordinaire » pour l’énergie car la demande mondiale (14,3 Gtep, gigatonnes équivalent pétrole) s’est accrue de 2,3 %, un rythme annuel qui est le double de celui enregistré en moyenne pendant cette décennie. Tous les secteurs énergétiques ont été en croissance, notamment les énergies renouvelables et le gaz naturel. Les émissions de CO2 ont, elles aussi, connu un pic historique depuis 2013 avec une augmentation de 1,9 %. Ce constat conduit à réexaminer les scénarios énergétiques afin d’évaluer les possibilités de respecter les accords de Paris de 2015 prévoyant de les réduire fortement. L’AIE en propose deux à l’horizon 2040 : un premier rebaptisé « Politiques annoncées », intégrant les objectifs des politiques confirmées par les États ; un second dit « Développement durable », conforme à l’accord de Paris et aux objectifs de l’Agenda 2030 de l’Organisation des Nations unies, qui prévoit notamment un accès universel à l’énergie et une baisse de la pollution de l’air. Les évolutions que prévoit l’AIE pour chaque scénario sont explicitées avec force détails dans huit chapitres du rapport.

Dans le premier scénario, la demande mondiale d’énergie primaire (aujourd’hui 80 % d’énergies fossiles) augmenterait d’un quart d’ici 2040 (1 % par an) avec : une faible progression de la production de pétrole, une forte croissance de celle de gaz et des énergies renouvelables, associées à celle très forte de l’électricité (environ 50 %), la production de charbon ne baisserait que faiblement. Ce scénario n’est pas compatible avec l’accord de Paris car la courbe des émissions de CO2 ne s’infléchirait pas avant 2040. En revanche, le scénario « Développement durable » l’est totalement (le réchauffement climatique pourrait être inférieur à 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle) : il prévoit une faible baisse de la demande d’énergie primaire et une chute des émissions de CO2 à un rythme de 5,2 % par an (une neutralité carbone en 2070…), avec un effondrement de l’utilisation du charbon.

Dans les deux scénarios, les pays en développement, tout particulièrement ceux d’Asie avec la Chine et l’Inde, contribueraient très majoritairement à la croissance de la demande mondiale d’énergie. Par ailleurs, l’augmentation la production d’hydrocarbures serait assurée en très grande partie par celle des États-Unis avec des ressources non conventionnelles (pétrole et gaz de schiste principalement), mais avec une incertitude après 2030. Ils sont devenus aujourd’hui le premier producteur mondial de pétrole (une production supérieure de 70 % à celle de l’Arabie Saoudite !) et exportateurs de gaz, mais la production des pays du Moyen-Orient restera un facteur stratégique pour les approvisionnements énergétiques mondiaux. Dans les deux scénarios également, la part de l’électricité dans le mix énergétique final ira croissant (passant de 19 % en 2018 à 24 % en 2040 et à 31 % dans le second), principalement dans les pays en développement, et dans tous les secteurs, notamment les transports où elle est faible aujourd’hui. Les scénarios tablent sur un parc de 330 millions de voitures électriques en 2040, pour le premier, et de 900 millions pour le second.

Selon l’AIE, en 2040 les filières renouvelables (dans l’ordre le solaire photovoltaïque, l’éolien et l’hydraulique) assureraient 43 % de la production électrique dans le premier scénario et les deux tiers dans le second ; le solaire représenterait la première filière en puissance installée dans les deux scénarios. L’éolien offshore, auquel est consacré le dernier chapitre du rapport monterait en puissance, son coût décroissant fortement (son facteur de capacité atteint 40 %). L’intermittence du solaire et de l’éolien imposent la flexibilité de ces filières avec d’importantes capacités de stockage (120 gigawatts de batteries installés en 2040 dans le premier scénario) et des réseaux pilotés par des systèmes numériques, les centrales thermiques à gaz restant dans le mix mais équipées de moyens de captage et de stockage du CO2 — un chapitre est consacré par ailleurs aux réseaux de gaz. Quant au nucléaire, il reste dans le panorama (de 8 % à 11 % de la production), avec une nette augmentation de la puissance installée dans les pays en développement, en particulier en Chine et en Inde, mais une diminution dans les pays avancés. Ces scénarios supposent une forte progression de l’efficacité énergétique (2,3 % par an dans le premier et 3,6 % par an dans le second).

Le coup de projecteur qui est donné sur l’énergie en Afrique met bien en lumière les défis auxquels le continent est confronté (11 pays étant de plus passés en revue). En 2018, l’Afrique comptait 1,3 milliard d’habitants (1,1 milliard dans l’Afrique subsaharienne), soit 17 % de la population mondiale, mais elle ne consomme que 6 % de l’énergie mondiale (3 % pour l’électricité). La bioénergie (principalement le bois) représente 45 % de l’énergie primaire, bien que l’Afrique ne soit pas dépourvue de ressources (hydrocarbures, métaux utilisés dans filières énergétiques comme le cobalt, le chrome, l’uranium) et alors que 40 % des découvertes de gisements de gaz entre 2011 et 2018 ont été faites en Afrique (notamment en Égypte, au Mozambique, en Tanzanie, au Sénégal et en Mauritanie).

Électrifier l’Afrique (600 millions des habitants de l’Afrique subsaharienne n’ont pas d’accès à l’électricité, l’électrification de l’Afrique du Nord étant achevée) et permettre à la population d’utiliser une énergie « propre » pour faire la cuisine (900 millions d’Africains ne le peuvent pas, la majorité utilisant encore des énergies polluant l’atmosphère) sont deux défis majeurs pour ce continent dont la population va fortement augmenter en s’urbanisant. L’AIE prévoit une croissance annuelle de 2,1 % de la demande d’énergie dans son scénario « Politiques annoncées », et de 3,6 % de celle d’électricité. Une variante volontariste, « Africa Case », assurerait un accès universel à l’énergie, notamment l’électricité, à toute l’Afrique dès 2030. L’énergie solaire photovoltaïque (avec des miniréseaux dans les zones rurales) et l’énergie éolienne (sur certaines côtes) assureraient une part importante de la production électrique, ainsi que l’hydroélectricité (35 % au lieu de 51 % aujourd’hui).

La « décarbonisation » de l’énergie nécessitera la mobilisation d’investissements très importants, notamment pour atteindre les Objectifs de développement durable : une fourchette annuelle de 1 500 à 1 800 milliards de dollars US dans les deux scénarios, avec un doublement des financements destinés aux énergies renouvelables dans le second. Ces perspectives de l’énergie mondiale mettent en évidence à la fois l’importance des défis que pose la transition énergétique, et sa complexité. Dans la préface du rapport, Fatih Birol, le directeur de l’AIE, souligne qu’« il n’y a pas de solutions simples pour transformer le monde de l’énergie. Des technologies et des filières multiples doivent jouer un rôle dans tous les secteurs de l’économie ». Il en appelle aux politiques pour qu’ils prennent clairement la responsabilité des transformations qui s’imposent. Cette déclaration initiale est de fait une bonne conclusion.

Site web
https://www.iea.org/reports/world-energy-outlook-2019

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