Rapport

Entreprises, travail - Ressources naturelles, énergie, environnement

Working on a Warmer Planet: The Effect of Heat Stress on Productivity and Decent Work

Par

Working on a Warmer Planet: The Effect of Heat Stress on Productivity and Decent Work
OIT (Organisation internationale du travail) , « Working on a Warmer Planet: The Effect of Heat Stress on Productivity and Decent Work », OIT, 2019.

Les projections climatiques indiquent une augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes. Selon l’OIT, la chaleur excessive au travail a des effets de deux ordres :

— sur la santé des travailleurs, en particulier ceux amenés à travailler à l’extérieur et qui doivent fournir des efforts physiques significatifs : les risques sont parfois mortels ;

— au niveau collectif, elle diminue le nombre d’heures travaillées et la productivité, donc la richesse produite.

Ces effets se font davantage sentir dans les pays situés à des latitudes (sub)tropicales, c’est-à-dire des pays souvent déjà moins développés, et dont une part importante de l’emploi est concentrée dans l’agriculture et le bâtiment. Le réchauffement climatique en cours est donc susceptible d’affecter encore plus fortement ces régions que les pays industrialisés, situés à des degrés de latitude plus grands. À titre d’exemple, plus de 5 % du total des heures travaillées en Asie du Sud et en Afrique de l’Ouest seraient perdus en 2030 en raison des températures élevées, en nette augmentation par rapport aux 3 % à 4 % enregistrés en 1995. C’est aussi le cas dans les pays de l’Asie du Sud-Est comme le Viêt-nam et la Thaïlande. Dans les pays européens (en particulier les plus méridionaux), ce sont plus les vagues de chaleur qui sont à redouter, qui désorganisent la production et peuvent augmenter significativement la mortalité chez les travailleurs les plus âgés ou effectuant les tâches les plus exigeantes physiquement (en particulier en extérieur).

Le réchauffement climatique est aussi susceptible d’entraîner des conséquences migratoires, liées en particulier à des phénomènes de désertification. S’il s’accompagne du développement de vagues de chaleur très fortes, il aura d’autant plus de conséquences dans un contexte où les phénomènes migratoires s’accompagnent du développement des villes dans lesquelles les canicules sont ressenties plus intensément.

Dans ce rapport, l’analyse a été étendue jusqu’en 2085, en prenant en compte deux hypothèses d’évolution des températures : celle qui considère que grâce à une action énergique entreprise immédiatement visant à « décarboner » l’économie, la hausse des températures sera limitée globalement à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle ; et une autre, considérant que cette action est moins résolue et conduit à une hausse de 2,7 °C à la même échéance. Trois secteurs (agriculture, industrie, services) et cinq pays (Ghana, Cambodge, Panama, Qatar et Espagne) ont été pris en compte.

C’est dans l’agriculture que les pertes d’heures travaillées sont les plus élevées. Ainsi au Ghana et au Cambodge, elles vont de 12 % (réchauffement de 1,5 °C) à plus de 20 % (2,7 °C). À l’autre bout de l’échelle se situe l’Espagne avec des pertes de 0,2 % (hypothèse basse) à 0,7 % (haute). Dans l’industrie, Ghana, Cambodge et Qatar obtiennent des résultats très voisins : de l’ordre de 5 % à 8 % dans le cas le plus favorable ; de 10 % à 14 % dans l’hypothèse du réchauffement le plus fort. Dans les services, pour ces trois mêmes pays, les pertes se situent dans un intervalle de 1 % à 5 %. En revanche en Espagne, avec une hiérarchie identique entre les trois secteurs, le nombre maximal d’heures perdues serait de 0,7 %.

La réponse à ces défis doit bien entendu être apportée au niveau des États, mais compte tenu de la montée inéluctable des températures, il importe déjà de prendre des mesures qui permettent d’y faire face dans l’immédiat. L’OIT a établi en 2015 des « Principes directeurs pour une transition juste vers des économies et des sociétés écologiquement durables pour tous » qui, comme traditionnellement pour cette organisation, concernent à la fois les gouvernements, les employeurs et les travailleurs. Les mesures préconisées portent sur la réglementation, l’action sur et avec l’individu, les adaptations des infrastructures et de la technologie, l’amélioration des qualifications professionnelles.

La contribution des travailleurs repose essentiellement sur des actions de formation et de partage de la connaissance acquise au travail, mais aussi de façon plus surprenante sur un non-recours à la migration. Celle des gouvernements est à la fois liée à la réglementation du travail, à la protection sociale et à des mesures techniques comme une meilleure information météorologique, des règles d’urbanisme et de construction plus adaptées. Du côté des employeurs, il s’agit surtout d’aménagement des locaux et du temps de travail, ainsi que de l’utilisation d’outillages émettant peu de chaleur.

En conclusion, l’OIT insiste sur le fait que les régions les plus vulnérables à une baisse de la productivité liée au stress thermique (Afrique centrale et de l’Ouest, Asie du Sud et du Sud-Est) sont aussi celles dans lesquelles le taux de pauvreté des travailleurs est le plus élevé, en particulier dans les régions africaines. Au sein de ces populations, une attention particulière devra être portée à la situation dans les secteurs les plus informels : l’agriculture (avec à la clef une augmentation des inégalités hommes / femmes compte tenu de l’emploi féminin dans ce secteur) et le bâtiment.

En raison de l’accumulation des gaz à effet de serre au cours des dernières décennies, le réchauffement est inéluctable, quelles que soient les actions entreprises aujourd’hui : il faut donc prendre dès aujourd’hui des mesures pour en limiter les conséquences dans le cadre du travail.

Site web
https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---dgreports/---dcomm/---publ/documents/publication/wcms_711919.pdf