Livre

Recherche, sciences, techniques - Société, modes de vie

The Inevitable: Understanding the 12 Technological Forces that Will Shape our Future

Par

The Inevitable: Understanding the 12 Technological Forces that Will Shape our Future
KELLY Kevin , « The Inevitable: Understanding the 12 Technological Forces that Will Shape our Future », Viking Press, 2016.

Kevin Kelly est un curieux personnage, passionné de géologie, de cybernétique, d’épidémiologie, de civilisations asiatiques. Éditeur, dans les années 1980, du Whole Earth Catalog et de la Whole Earth Review,sponsor de la première Hacker Conference de 1954, puis fondateur de la communauté virtuelle Well, l’auteur a vécu en première ligne, depuis 1980, l’épopée californienne de l’informatique, notamment en tant que rédacteur en chef puis conseiller du magazine Wired. Il est considéré comme une référence en matière de cyberculture.

Son ouvrage The Inevitable ne traite pas des mêmes megatrends que l’ouvrage éponyme de John Naisbitt, paru en 1982 [1], mais plutôt des tendances lourdes à l’œuvre à l’intérieur même de l’écosystème Internet-intelligence artificielle (IA). Ces tendances, au nombre de 11 sont : devenir (becoming) ; rendre intelligents les objets inertes (cognifying) ; fluidifier (flowing) ; sélectionner (screening) ; accéder (accessing) ; partager (sharing) ; personnaliser (filtering) ; recomposer (remixing) ; interagir (interacting) ; pister (tracking) — notons que les traduction en français ne sont pas littérales, elles reflètent le contenu des chapitres.

Au-delà de cette taxonomie, ce qu’il faut retenir est que l’avenir de l’écosystème Internet-IA, tel qu’il se met en place depuis 30 ans, va selon lui s’étendre à l’ensemble des activités humaines sous l’irrésistible poussée du progrès technologique qui avance au rythme de la loi de Moore, c’est-à-dire un doublement tous les 18 mois à deux ans, ce qui se traduit par un facteur 30 000 à un million au bout de 30 ans. Cet envahissement de l’espace public par la connaissance (tout le savoir du monde en 50 pétaoctets [2] de données et 60 000 milliards de pages Web) et la puissance de calcul au service de l’intelligence (1021 transistors mobilisables dans le nuage), se fera à grand renfort de mises à jour (upgrading) et d’organisations en réseau, alimentées par la base avec une coordination minimale, formule dont l’encyclopédie en ligne Wikipédia (35 millions d’articles, 288 langues) est une belle illustration.

Ce type d’organisation plate délogera fatalement la formule pyramidale, qui est impropre à la gestion flexible et créatrice d’immenses volumes d’intervenants (nous parlons de milliards d’usagers, qui sont en même temps des contributeurs, volontaires ou non). Flexibilité et fluidité sont d’autant plus vitales que l’on serait bien en peine de prévoir ce que sera le monde dans 30 ans. Comment aurions-nous pu imaginer, dans les années 1985, que tout un chacun aurait aujourd’hui dans sa poche une puissance de calcul comparable à celle des superordinateurs de l’époque ; que l’intelligence artificielle battrait les meilleurs joueurs mondiaux d’échecs ou de go et ferait de meilleurs diagnostics que des médecins ; que des voitures rouleraient sans chauffeur ; que les traders seraient remplacés par des algorithmes à grande vitesse ? Que Google effectuerait 30 milliards de recherches par jour ; que deux nouveaux blogs apparaîtraient chaque seconde ; que 1,5 milliard de photos enrichiraient chaque jour les mémoires de Facebook, Flickr ou Instagram ? Or, malgré ces exploits, nous ne sommes encore que dans la partie basse de la courbe exponentielle qui court de 1980 à 2050.

Selon Kevin Kelly, c’est maintenant que l’aventure commence vraiment, alors que la courbe exponentielle se redresse : c’est le « beginning ». Et dans 30 ans, ce sera peut-être la « singularité [3] », mais ceci est une autre histoire…



[1]Naisbitt John, Megatrends: Ten New Directions Transforming Our Lives, New York : Warner Books, 1982.

[2] 1 pétaoctet = 1015 octets (NDLR).

[3] Voir aussi Ganascia Jean-Gabriel, Le Mythe de la singularité. Faut-il craindre l’intelligence artificielle ?, Paris : Seuil, 2017, analysé sur le site de Futuribles https://www.futuribles.com/fr/bibliographie/notice/le-mythe-de-la-singularite-faut-il-craindre-lintel/. Consulté le 8 novembre 2017 (NDLR).