Rapport

Économie, emploi - Entreprises, travail

The Future of Work in America: People and Places, Today and Tomorrow

Par

The Future of Work in America: People and Places, Today and Tomorrow
MGI (McKinsey Global Institute) , « The Future of Work in America: People and Places, Today and Tomorrow », MGI, 2019.

Ce rapport du McKinsey Global Institute s’intéresse à l’impact de l’automatisation sur le marché du travail aux États-Unis, avec la particularité d’y porter un regard local plutôt que national, en tenant compte des caractéristiques socio-économiques de chaque territoire. C’est ainsi une mosaïque de bassins d’emploi et d’économies locales, composée de 315 villes et 3 000 comtés (counties), qui est analysée en se focalisant sur les évolutions à venir au cours de la prochaine décennie. Treize sous-catégories de territoires sont définies et rassemblées en trois grandes familles :

— La première est composée de 25 grandes villes et pôles de forte croissance (megacities and high-growth hubs), donc caractérisée par une forte croissance, ainsi qu’une population active jeune et qualifiée, des hauts salaires mais aussi de fortes inégalités. Ces zones représentent une population de 96 millions de personnes et concentreront sans doute 60 % des créations d’emplois du pays d’ici 2030.

— À l’opposé, 78 millions de personnes vivent dans 54 villes « à la traîne » (trailing cities) et 2 000 comtés ruraux ou la population active est en recul, vieillissante et moins qualifiée. Sans surprise, ces zones connaissent un taux de chômage plus important que les autres territoires, et les perspectives évoquées dans le rapport ne leurs sont pas très favorables.

— Entre ces deux pôles se répartissent 94 millions de personnes dans des « zones mixtes intermédiaires » (mixed middle) et des « villes de niche » (niches cities) qui connaissent une faible croissance. Cette dernière catégorie concerne des villes qui arrivent à tirer parti d’un créneau économique spécifique : par exemple des silver cities de Floride dont l’économie repose sur l’accueil d’une population de seniors fortunés, ou les college-centric towns qui sont des villes qui parviennent à créer une dynamique autour d’un pôle universitaire (généralement technologique).

Les auteurs du rapport projettent ensuite des impacts possibles de l’automatisation du travail sur ces zones avec des données sectorielles et démographiques. Ils prévoient ainsi des disparitions d’emplois dans des secteurs : certaines activités de bureau (office support : secrétariat, comptabilité…), la restauration (food service), le transport-logistique ou les services de relations clients. Des créations d’emplois sont attendues, quant à elles, dans les soins et l’aide à la personne, les technologies (STEM [science, technology, engineering, and mathematics] fields), les services aux entreprises et les métiers nécessitant une interaction humaine. Le problème que vont poser ces mutations n’est pas tant celui de la perte ou de la création d’emplois, mais celui de l’adéquation entre les besoins des employeurs et la disponibilité, à un niveau local, des travailleurs qualifiés correspondants.

Dans ce contexte où la nécessité d’une plus grande mobilité professionnelle et géographique va s’intensifier, la question des compétences devient cruciale. Or, les auteurs signalent que la mobilité géographique est à un niveau historiquement faible aux États-Unis et que l’automatisation devrait accentuer des écarts existant déjà sur le marché du travail. Ainsi les personnes disposant d’un niveau baccalauréat (high school degree) ou inférieur ont une probabilité quatre fois plus élevée d’occuper un emploi fortement automatisable que les diplômés du supérieur (bachelor’s degrees). L’impact de ces disparités devrait être particulièrement rude pour les travailleurs hispaniques et afro-américains — 12 millions d’emplois automatisés —, pour les jeunes travailleurs (18-34 ans) — 15 millions d’emplois possiblement concernés, souvent des premiers emplois qui jouent un rôle d’insertion dans la vie active — et pour les seniors (plus de 50 ans) dont 11,5 millions occupent des emplois menacés. Au total, ce sont environ 40 % des travailleurs actuels aux États-Unis qui sont dans des secteurs qui devraient connaître une diminution du nombre d’emplois d’ici 2030.

La nature des secteurs concernés (bureaux, restauration, transports…), répartis sur l’ensemble du territoire, fait qu’aucune zone géographique ne sera épargnée. Mais toutes les zones n’auront pas la même capacité de création d’emplois pour compenser ces pertes. Car les évolutions seront contrastées, la polarisation du marché du travail devrait s’accentuer avec une diminution du nombre d’emplois intermédiaires (middle-wage jobs) estimée à – 3,4 % d’ici 2030, des emplois faiblement qualifiés stables (– 0,4 %) et une croissance importante des emplois à hauts revenus (high-wage jobs), estimée à + 3,8 %. Mais cette croissance des emplois les mieux rémunérés ne sera possible que si suffisamment de travailleurs acquièrent les compétences nécessaires pour les occuper. Un effort de formation, notamment de formation continue, sera donc requis pour permettre des trajectoires professionnelles (career pathways) des travailleurs de niveau intermédiaire vers des métiers plus qualifiés. Pour ce faire, des stratégies locales devront être mises en œuvre en tenant compte des spécificités des bassins d’emploi, l’enjeu étant de maintenir une classe moyenne.

Site web
https://www.mckinsey.com/~/media/McKinsey/Featured%20Insights/Future%20of%20Organizations/The%20future%20of%20work%20in%20America%20People%20and%20places%20today%20and%20tomorrow/The-Future-of-Work-in

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