Rapport

Économie, emploi - Recherche, sciences, techniques - Ressources naturelles, énergie, environnement

The Future Is Now: Science for Achieving Sustainable Development

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The Future Is Now: Science for Achieving Sustainable Development
ONU (Organisation des Nations unies) , « The Future Is Now: Science for Achieving Sustainable Development », Nations unies, 2019.

À la suite de l’adoption par l’Organisation des Nations unies (ONU), en 2015, de l’« Agenda 2030 » qui a fixé 17 Objectifs de développement durable pour la planète à l’horizon 2030 — ils concernent notamment les questions de santé, d’éducation, d’accès à l’énergie et d’environnement —, celle-ci a décidé de publier un rapport quadriennal afin de faire périodiquement un bilan des progrès accomplis, notamment à l’aide d’indicateurs. Ce rapport est le premier d’une série, et il a été préparé par un groupe de 15 experts (dont un français, Jean-Paul Moatti, PDG de l’Institut de recherche pour le développement). Dans son avant-propos, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, tire une sonnette d’alarme : « En dépit d’efforts considérables pendant ces quatre dernières années, écrit-il, nous ne sommes pas sur la voie pour atteindre les Objectifs de développement durable en 2030 », mais il souligne aussi que « la science est une grande alliée pour y parvenir », d’où l’accent mis dans ce rapport sur sa contribution à cet Agenda.

Le rapport comporte quatre parties et de nombreuses annexes avec des données. Les experts ont identifié six points d’entrée considérés comme des clefs ouvrant la voie au développement durable : le bien-être humain et les compétences ; les économies durables et équitables ; les systèmes d’alimentation et la nutrition ; l’accès à l’énergie et sa « décarbonisation » ; le développement urbain et périurbain ; les biens environnementaux communs. Quatre « leviers » leur ont paru indispensables pour mener à bien les transformations qui s’imposent : la gouvernance ; l’économie et la finance ; l’action individuelle et collective ; la science et la technologie.

Les deux premiers chapitres sont consacrés au pouvoir de transformation des sociétés que représente le concept de développement durable. Les experts, données à l’appui, explicitent les évolutions en cours depuis deux décennies : la forte augmentation des échanges de biens et des flux de capitaux, la croissance des migrations, mais aussi des atteintes à la biodiversité et le réchauffement climatique. Ils constatent aussi qu’en dépit des progrès économiques accomplis, 8,6 % de la population mondiale demeuraient, en 2018, dans un état d’extrême pauvreté (un « revenu » quotidien de 1,90 dollar US par personne, un milliard de personnes vivant avec 2 à 3 dollars US par jour, près de 350 millions de personnes risquant de rester dans cet état en 2030) ; ils soulignent la persistance de fortes inégalités économiques (1 % de la population mondiale détenant le tiers de la richesse mondiale) et d’accès à l’éducation, aux soins médicaux et à l’alimentation (800 millions de personnes sont sous-alimentées alors que deux milliards sont en surpoids) ; près d’un milliard d’habitants de la planète n’ont pas encore accès à l’électricité.

La persistance des inégalités entraînera des crises sociales qui seront un obstacle majeur pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2030, d’autant plus que la croissance de la population urbanisée (70 % de la population mondiale en 2050 ?) exercera une forte pression sur les ressources (eau, énergie, matériaux, etc.) avec une dégradation de la biodiversité. Les quatre leviers mis en avant par le rapport doivent être utilisés pour transformer profondément les comportements sociaux et l’économie mondiale. Les experts estiment qu’une bonne gouvernance est un objectif en soi pour l’Agenda 2030, et ils plaident pour une gouvernance plus « collaborative » de la planète et au niveau de chaque pays, afin de mieux gérer les « communs » mondiaux, notamment l’environnement.

Le troisième chapitre aborde la question du rôle spécifique de la science et de la technologie qui sont des acteurs puissants du changement. En dépit de la crise économique des années 2008-2010, les dépenses mondiales de R&D ont fortement augmenté et l’on constate une tendance croissante à promouvoir des innovations dans des domaines associés aux Objectifs de développement durable. Qui plus est, la montée en puissance des biotechnologies, avec les techniques génétiques, ainsi que les progrès du numérique (de l’intelligence artificielle notamment) apportent des solutions aux multiples problèmes que pose le développement durable, en particulier dans les domaines de la santé, de l’agriculture, des transports et de la communication. La science permet aussi d’identifier les obstacles au développement durable.

Toutefois, la faiblesse de l’investissement dans la recherche dans les régions les moins développées (au moins 60 % de la littérature scientifique mondiale provient des pays les plus développés) risque d’accroître les inégalités sociales et économiques entre les pays qui, pour la plupart, n’accordent pas de priorité aux thématiques associées à l’Agenda 2030, peu de travaux étant consacrés à la compréhension des relations entre les quatre leviers d’une stratégie pour atteindre ses objectifs. Les experts de l’ONU plaident pour une « science de la durabilité » qui prendrait en charge la production et la diffusion des connaissances sur les mécanismes du développement durable et de la transformation des sociétés. Ceci suppose d’une part une évolution profonde des politiques nationales de recherche, avec l’accent mis sur les approches interdisciplinaires, et une relation étroite de la science avec le processus de la prise de décision politique ; d’autre part, une coopération internationale à haut niveau, intégrant les savoirs « indigènes » sur les ressources, les modes de vie et l’environnement, qui sont très souvent ignorés par les pays occidentaux.

Le dernier chapitre est un « appel à l’action » avec les recommandations des experts. Éliminer la pauvreté en assurant l’accès de toute la population mondiale aux services de base (la santé, la protection sociale, l’eau, l’énergie) est une priorité ; cela suppose une utilisation simultanée et cohérente des quatre leviers pour le changement, avec des stratégies fiscales plus progressives ainsi qu’une autonomie des villes leur permettant de promouvoir des programmes de lutte contre la pauvreté. La mobilisation de la science et de la technologie est indispensable pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2030, elle doit s’accompagner de transferts de technologie Nord-Sud et Sud-Sud. Enfin, les organisations multilatérales doivent intégrer les Objectifs de développement durable dans leurs programmes.

Ce rapport a l’intérêt de rappeler les objectifs de l’Agenda 2030 pour un développement durable de la planète. Ils sont ambitieux mais pas irréalistes. Toutefois, les mesures qu’il recommande sont assez générales et les experts de l’ONU, hormis un appel pour faire émerger une « science de la durabilité » dont ils ne définissent pas vraiment les contours, ne proposent pas d’innovations institutionnelles. S’ils plaident, à juste titre, pour le multilatéralisme, on peut être surpris qu’ils n’évoquent pratiquement pas le rôle que pourraient jouer les agences de l’ONU comme la FAO (Organisation des Nation sunies pour l’alimentation et l’agriculture), l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture).

Site web
https://sustainabledevelopment.un.org/content/documents/24797GSDR_report_2019.pdf

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