Rapport

Entreprises, travail - Recherche, sciences, techniques

The Digitalisation of Science, Technology and Innovation: Key Developments and Policies

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The Digitalisation of Science, Technology and Innovation: Key Developments and Policies
OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) , « The Digitalisation of Science, Technology and Innovation: Key Developments and Policies », OCDE, 2020.

L’ensemble des techniques numériques, en particulier l’intelligence artificielle, ont un impact important et croissant sur tous les secteurs de la recherche, l’innovation dans les entreprises et la diffusion des connaissances. Ce rapport de l’OCDE leur est consacré.

Ses deux premiers chapitres (il en compte sept) présentent un bilan des développements récents des techniques et de leur rôle, notamment dans la recherche, la technologie et l’innovation, ainsi que des politiques mises en œuvre. Les auteurs considèrent que leur émergence est un « moment unique » dans l’histoire de la technologie car elles permettent une diffusion de données à l’échelle de la planète. Selon eux, la science, la technologie et l’innovation « deviennent numériques » car l’augmentation considérable des puissances de calcul et des capacités de stockage des données les dote de moyens nouveaux.

L’intelligence artificielle est la technique phare de ce rapport, utilisée dans nombre de domaines de la recherche — la reconnaissance des images par exemple — et de l’industrie. Le nombre des publications qui lui sont consacrées dans la littérature scientifique s’est accru de 150 % sur la période 2006-2016, contre en moyenne de 50 % pour les autres thématiques. On constate que dans les 10 % des articles les plus cités, publiés dans les revues scientifiques consacrées aux sciences numériques, ceux émanant d’auteurs du Luxembourg, de la Suisse, du Royaume-Uni et des États-Unis sont les mieux placés, ceux de France comme de Chine sont légèrement en dessous de la moyenne, mais cette dernière a multiplié par trois, depuis 10 ans, le nombre des articles publiés par ses chercheurs. Les financements de la R&D consacrés au numérique et aux technologies de l’information se sont fortement accrus, ils s’élevaient à 1,2 milliard de dollars US aux États-Unis en 2016, et ils représentent 13 % du budget de l’actuel Programme-cadre pour la recherche de l’Union européenne.

Les experts de l’OCDE soulignent, dans leurs troisième et quatrième chapitres, que les techniques numériques changent les pratiques de la science en permettant l’accès à une multitude de données, à leur traitement, par exemple pour réaliser des modèles, mais elles ont aussi facilité la pratique d’une science ouverte, c’est-à-dire un accès libre à l’information scientifique, en particulier les publications. Elles augmentent également le potentiel d’innovation des entreprises auxquelles elle facilite l’accès à des données et à l’information scientifique et technique. Il en va de même pour les administrations publiques dont elles augmentent la capacité d’expertise. La formation aux techniques numériques de cadres et de techniciens sera un problème majeur pour les entreprises. Le rapport souligne, comme beaucoup d’autres, que la question importante de la protection des données et de la propriété intellectuelle est loin d’être résolue.

Deux chapitres, le cinquième et le sixième, passent en revue les avancées que l’on peut attendre du numérique et la liste en est assez longue. L’aide à la conception de médicaments et de nouveaux matériaux, en particulier des nanomatériaux, y figure, de même que la conception de nouveaux robots (répondant à des instructions vocales notamment) et de procédés pour l’impression 3D. La mise au point d’une informatique quantique capable d’effectuer des calculs massivement parallèles est un projet phare de la recherche. Le rapport consacre également un long développement aux applications du numérique à la bioéconomie qui pourrait, selon ses auteurs, se « numériser ». L’abondance des données chimiques et génétiques disponibles permettrait de faciliter la mise au point des procédés de biologie synthétique (la synthèse complète de génomes), dans ce que les experts appellent des « biofonderies », mais ils donnent peu d’exemples de ces applications (faire la synthèse de la soie mécaniquement très résistante que produisent des araignées ?). En revanche, alors que le développement du numérique requiert une forte croissance des moyens physiques durables de stockage des données, les experts estiment que leur stockage biologique sur des molécules d’ADN n’est pas envisageable aujourd’hui : outre que cette technique supposerait de synthétiser de l’ADN, elle serait très coûteuse.

Le dernier chapitre est consacré spécifiquement à l’utilisation des outils numériques dans les politiques de la science, de la technologie et de l’innovation. Le rapport souligne que l’outil numérique permettant de constituer des bases de données sur les résultats de la recherche, de mettre au point des indicateurs de performance des laboratoires (avec un décompte des publications et leur indice d’impact), il peut aider la définition et le suivi des politiques de recherche et d’innovation, et apporter une contribution à la prospective. Toutefois, il reste très prudent sur la possibilité de réaliser avec cet outil une véritable évaluation des recherches car il souligne, à juste titre, qu’il est indispensable de comprendre ce que font les chercheurs.

Ce rapport de l’OCDE a l’avantage de présenter un bilan très utile de la montée en puissance des techniques numériques dans la recherche et l’innovation, ainsi que dans les entreprises et certaines politiques publiques. Toutefois, on reste perplexe devant certaines affirmations des auteurs. La science et la technologie vont-elles vraiment se « numériser » ? Le rapport cite le physicien Freeman Dyson, disparu en février 2020 — il a apporté des contributions majeures à la physique quantique et avait une vision prospective des applications de la science —, qui avait observé que les grandes révolutions scientifiques devaient beaucoup aux outils techniques. Certes, mais dans l’un de ses articles il affirmait aussi que la science avait besoin « des idées et des outils ». Autrement dit, la recherche part d’hypothèses qu’elle vérifie et de faits qu’elle met au jour, grâce à des moyens techniques, et qu’elle interprète. L’émergence du numérique, elle, doit beaucoup à la recherche (le rapport rappelle d’ailleurs que le Web a été inventé au CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire), constitue incontestablement une nouvelle donne pour la science, mais elle ne la mettra probablement pas sur la voie de véritables ruptures.

Site web
https://read.oecd.org/10.1787/b9e4a2c0-en?format=pdf