Rapport

Recherche, sciences, techniques - Société, modes de vie

Tech for Good: Smoothing Disruption, Improving Well-being

Par

Tech for Good: Smoothing Disruption, Improving Well-being
MGI (McKinsey Global Institute) , « Tech for Good: Smoothing Disruption, Improving Well-being », MGI, 2019.

Le McKinsey Global Institute (MGI) est la branche recherche de la société de conseil McKinsey. Un de ses axes de travail est l’impact économique de la technologie et de l’innovation. Ce rapport est une réflexion sur les potentiels effets négatifs et positifs de la technologie sur l’économie et le bien-être, et la manière d’orienter les politiques et les choix vers un scénario favorable où la technologie œuvrerait pour le bien de tous.

La santé d’un pays est souvent évaluée via son produit intérieur brut (PIB). Mais cet indice ne prend pas en compte les facteurs sociaux. Le MGI s’intéresse à la notion de bien-être social et économique par la création d’un nouvel indicateur qui comprend non seulement le PIB, mais également des composantes qui affectent le bien-être des individus et de la société. Le travail du MGI a consisté en la détermination des composantes à inclure dans ce nouvel indicateur, sa modélisation et l’étude de l’influence de différents scénarios d’adoption des technologies à l’horizon 2030 sur celui-ci. L’impact des technologies sur le bien-être économique et social est donc quantifié.

Les auteurs ne s’intéressent qu’à un nombre limité de technologies. Seules sont étudiées celles qui leur semblent détenir le plus grand potentiel pour le bien-être social et économique, mais également le plus de risques : la robotique, l’intelligence artificielle (IA) (et tous les systèmes « intelligents »), les technologies du numérique, la blockchain, la connectivité et les plates-formes.

Dans un premier temps, les auteurs s’appuient sur de nombreux travaux afin d’identifier les facteurs clefs du bien-être social. Ils en retiennent six qui leur paraissent les plus pertinents : la sécurité de l’emploi, le niveau de vie matérielle, l’éducation, la santé, les questions environnementales, l’égalité des chances. Une base de données de 600 cas d’usage est étudiée afin d’analyser l’impact qualitatif de la technologie sur le bien-être. Les technologies ont un potentiel d’impact positif important sur les six facteurs clefs de bien-être social, mais présentent également des risques sérieux. Parmi les technologies étudiées, trois catégories ont un impact potentiel plus significatif : les données et l’IA, la connectivité et les plates-formes, la robotique.

Dans un deuxième temps, les auteurs construisent un nouvel indicateur du bien-être social et économique. Ce nouvel indice s’inspire des travaux de Charles Jones et Peter Klenow, et de l’indicateur du vivre mieux de l’OCDE. Il inclut le PIB (composante économique), plus des paramètres socio-économiques (composante bien-être) : la consommation, les inégalités de consommation, le risque de chômage, la quantité et la qualité des temps de loisir, et l’espérance de vie en bonne santé.

Enfin, afin de quantifier les effets de la technologie sur ce nouvel indicateur, celui-ci est modélisé pour quatre différents scénarios d’adoption des technologies. Ces scénarios sont construits selon deux dimensions : l’objectif premier de cette adoption (soit la réduction des coûts, soit l’innovation et l’amélioration) et le management de la transition par les gouvernements et les entreprises (soit un management proactif, soit un management réactif). Le scénario le plus favorable, appelé « Tech for Good », correspond à un objectif d’adoption des technologies pour l’innovation et l’amélioration, et à un management proactif. Le scénario le plus défavorable correspond à un accent mis sur la réduction des coûts et un management réactif. Pour modéliser les évolutions de l’indicateur, un scénario de référence est élaboré : il se base sur une croissance du PIB de 1 % par an, sans composante bien-être. La simulation couvre la période 2017-2030 et les 28 pays de l’Union européenne plus les États-Unis.

Les résultats montrent que le meilleur des scénarios permettrait une augmentation significative de la croissance des deux composantes du nouvel indicateur : la composante économique (PIB) aussi bien que la composante bien-être. L’objectif premier de l’adoption des technologies ne doit donc pas être la réduction des coûts mais bien l’innovation ; la transition doit se faire de manière proactive en anticipant les obstacles et les risques. Les progrès en matière de santé et d’espérance de vie en bonne santé sont les plus gros contributeurs à l’amélioration de l’indicateur. La résistance à la technologie (scénario le plus défavorable) a un impact négatif à la fois sur le PIB et sur la composante bien-être. Cependant, même dans le cas le plus favorable, certains effets négatifs des technologies persistent, notamment l’augmentation des inégalités (salaire, consommation, emploi). Mais selon les auteurs, c’est un risque à court terme qui tendra à se résorber avec le temps, lorsque les technologies seront bien intégrées à la société, au-delà de 2030 donc.

Les obstacles à la mise en œuvre du scénario le plus favorable sont analysés. Manque d’infrastructures et accès hétérogène à l’économie numérique, coût et complexité de mise en œuvre des technologies, risques inhérents aux innovations sont les principaux obstacles identifiés. L’intervention de toutes les parties prenantes est nécessaire afin de les surmonter. Le rôle des gouvernements est crucial pour permettre une transition inclusive et égalitaire. Les politiques d’investissement en innovation et recherche-développement, la restauration de la confiance dans les institutions, les réglementations (notamment concernant l’utilisation des données) et la formation, sont des axes d’action proposés pour les gouvernements. Les risques doivent être anticipés. Les entreprises doivent porter une attention particulière à la reconversion de leurs employés et à l’utilisation d’outils technologiques, non seulement rentables mais aussi bénéfiques pour le bien-être. Les citoyens doivent rester vigilants quant à l’adoption des technologies et peuvent faire pression sur les gouvernements pour orienter les actions.

Les technologies étant de plus en plus présentes dans la vie de tous les jours, il est important de se poser la question de leur impact sur l’économie et le bien-être. La démarche proposée dans ce rapport est intéressante et bien exposée. Les auteurs sont conscients des limites de leur méthode, ils présentent leur travail comme un point de départ de réflexion. La dualité inhérente de la technologie est montrée. Il apparaît clairement que bien-être social et santé économique sont liés, les choix ne doivent donc pas être orientés vers une rentabilité immédiate sans autre objectif. La résorption des inégalités induites par les nouvelles technologies au-delà de 2030 (même dans le meilleur des scénarios) et la problématique de l’environnement et du changement climatique, et leurs répercussions sur la société, sont des points importants qui mériteraient plus d’attention.

Site web
https://www.mckinsey.com/~/media/McKinsey/Featured%20Insights/Future%20of%20Organizations/Tech%20for%20Good%20Using%20technology%20to%20smooth%20disruption%20and%20improve%20well%20being/Tech-for-good