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Space’ibles Days

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Space’ibles Days
CNES (Centre national d’études spatiales) , « Space’ibles Days », CNES, 2019.

Introduits par Michel Faup, le sous-directeur Anticipation et émergence du CNES (Centre national d’études spatiales), les Space’ibles Days des 7 et 8 novembre 2019 ont permis de rassembler les différents membres de l’observatoire prospectif du CNES, dont Futuribles, et de lancer la « deuxième saison » de cette exploration des futurs de l’espace. Comme l’a rappelé M. Faup, Space’ibles a en effet pour ambition de croiser les connaissances du CNES et les savoir-faire de participants parfois bien éloignés du spatial, pour envisager les diverses activités dans l’espace et leurs implications pour le secteur. Les deux premières années d’existence de l’observatoire ont ainsi permis de défricher le champ des possibles et de sélectionner un certain nombre de thématiques principales.

Ceci ouvre maintenant la voie à une recherche prospective plus approfondie qui s’étendra jusqu’en juin 2021 et se clôturera par une présentation des travaux des groupes prospectifs, fraîchement constitués au salon du Bourget, a expliqué François Spiero, responsable de la prospective, et notamment de Space’ibles. Plusieurs thématiques seront ainsi approfondies : les transports, l’énergie et la logistique dans l’espace, vivre sur la Lune et sur Mars, l’économie circulaire, les enjeux juridiques, les enjeux éthiques, et les besoins possibles de données spatiales pour les territoires de faible densité. Futuribles y participe, en prenant en charge la recherche sur l’usage des données spatiales pour mieux aider les territoires français à anticiper les risques climatiques.

Outre l’organisation de cette deuxième phase d’études, les Space’ibles Days ont aussi été l’occasion de faire un bilan des activités de l’observatoire. Murielle Lafaye, ingénieur au CNES et fondatrice de ce dispositif, a présenté, entre autres, les différents ateliers prospectifs qu’elle a pu mettre en place avec des étudiants de la Toulouse Business School et du master Marketing et innovation de l’ICD (Institut international du commerce et du développement / Institut international commerce et distribution). À partir du sujet « ma petite entreprise sur la Lune », ces derniers ont appliqué plusieurs méthodologies prospectives, du design fiction à l’analyse morphologique, pour produire des scénarios et des modèles économiques crédibles d’activités installées sur la Lune. Parmi les secteurs proposés, celui de la santé dans l’espace a particulièrement retenu l’attention du CNES qui, par son expertise dans la formation des astronautes, aurait intérêt à développer diverses solutions aux problématiques physiques et psychologiques spécifiques que pourrait poser une vie prolongée dans une atmosphère autre que celle de la Terre.

À la suite de Murielle Lafaye, l’Alliance nationale de recherche pour l’environnement (AllEnvi), dont le CNES est partenaire, a proposé une intervention sur la hausse du niveau des mers, à partir de trois cas d’étude : le Viêt-nam, les Pays-Bas et la Nouvelle-Aquitaine. Si les scénarios proposés sont plus ou moins alarmants en fonction des paramètres sélectionnés, les intervenants ont particulièrement insisté sur la nécessité de se préparer dès maintenant aux conséquences de la montée des eaux, le scénario du déni étant le plus désastreux, en termes tant d’infrastructures détruites que de vies humaines. Les enjeux pour l’avenir sont donc avant tout ceux d’une meilleure compréhension de l’ampleur possible du phénomène, ainsi qu’une mobilisation des autorités sur le sujet. Par ailleurs, les questions de justice environnementale et d’inégalités sociales face au risque devront être traitées.

Enfin, deux experts ont clôturé ces deux jours de réflexion avec une présentation concernant les opportunités sur la Lune et Mars, et les acteurs qui s’y intéressent (de Simon Chambers), et une initiation aux méthodologies de chiffrage de scénarios non linéaires (par Steven Andlauer, de la société Tilidia). Simon Chambers a ainsi rappelé la quantité de projets américains, chinois, mais aussi privés, qui ont pour ambition d’aller exploiter les matériaux présents hors de la Terre et d’installer des bases humaines qui permettraient ensuite de rejoindre d’autres planètes. Il a par exemple mentionné la mission ESA Juice (de l’Agence spatiale européenne), qui espère explorer les lunes de Jupiter, dont certaines contiennent plus d’eau que la Terre, d’ici 2030. Quant à Steven Andlauer, il est venu tempérer tout espoir de chiffrer avec précision les scénarios prospectifs dans le domaine du spatial, en rappelant, à juste titre, les défis complexes que posent ces activités, influencées par de nombreux aléas difficilement calculables, tels que :

— L’aléa humain, les erreurs humaines, imprévisibles, pouvant avoir de très graves conséquences.

— Les technologies de pointe complexes à mettre en œuvre et à maintenir qu’exige l’exploration spatiale.

— L’organisation et l’articulation de domaines opérationnels variés et éclectiques.

— La durée dans laquelle s’inscrivent les activités du spatial, un temps long rendant les aléas plus probables.

— L’exploration et les objectifs mobiles, en fonction des découvertes. Malgré un certain nombre d’ambitions clairement définies, il n’existe pas réellement de cartographie certaine de ce qui va être fait ou ce qui aura besoin d’être fait dans les prochaines décennies.

Il n’existe pas à ce jour d’outil méthodologique permettant d’établir avec certitude un chiffrage prévisionnel des activités spatiales. Seule une approche approximative est possible, en s’appuyant principalement sur la probabilité des conséquences d’événements plus ou moins prévisibles sur le projet. Il faut donc être capable d’identifier les événements avec le plus haut risque d’occurrence, mais aussi ceux qui pourraient faire rupture et transformer la nature même des activités, Steven Andlauer donnant ici en exemple l’impact potentiel de la découverte d’une nouvelle manière de communiquer avec les animaux sur la conception des systèmes de navigation des objets spatiaux.

S’il apparaît difficile d’acquérir une quelconque certitude en termes de budget et de réussite du projet dans le domaine spatial, il est toutefois intéressant de noter l’insistance de Steven Andlauer sur la valeur de l’intelligence humaine et collective. Bien qu’il soit utile de concevoir un outil de calcul complexe, pluridisciplinaire et doté d’une interface visuelle claire, les ordinateurs ne peuvent pas remplacer la qualité de la réflexion humaine, qui ne doit donc pas être exclue de ce type de tâches. En concluant ainsi sa présentation et les Space’ibles Days, Steven Andlauer permet, de fait, d’apprécier à sa juste valeur la recherche prospective initiée par le CNES, avant tout basée sur des échanges humains et un travail de groupe, pour envisager collectivement les futurs possibles de l’espace.

Site web
http://www.spaceibles.fr/

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