Rapport

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Robots at the Gate: Humans and Technology at Work

Par

Robots at the Gate: Humans and Technology at Work
RAJADHYAKSHA Ajay and CHATTERJEE Aroop , « Robots at the Gate: Humans and Technology at Work », Barclays, 2018.

Il y a un peu plus d’un an, en avril 2018, l’entreprise Barclays publiait son troisième rapport sur l’avenir du travail dans le monde. Adoptant une posture résolument optimiste, la multinationale y assure que l’automatisation des tâches et le développement de l’intelligence artificielle conduiront certes à une diminution du nombre d’emplois dans certains secteurs, mais aussi à une création de nouveaux types de besoins dans d’autres, maintenant ainsi un équilibre sur le marché, loin des projections pessimistes annonçant un chômage de masse. Reprenant les propos du philosophe Michael Polanyi tenus en 1966, les rédacteurs du document font de fait confiance à la dimension tacite de la connaissance humaine. Les humains ont tendance à réagir instinctivement dans de nombreuses situations, un phénomène difficilement automatisable car mal compris par les neuroscientifiques et les ingénieurs, et de ce fait impossible à coder pour une machine.

Toutefois, le rapport identifie trois éléments qui justifient les inquiétudes actuelles sur une possible diminution drastique, si ce n’est la disparition, des besoins en main-d’œuvre humaine dans de nombreux secteurs. L’augmentation du nombre de données disponibles, grâce notamment à la multiplication impressionnante d’appareils capables de la capter, la baisse des coûts de stockage de la donnée (deux millions de dollars US en 1957, deux centimes aujourd’hui pour un gigaoctet de données !) et l’amélioration exponentielle des capacités de calcul des ordinateurs sont ainsi, selon les auteurs, les facteurs principaux qui régissent les phénomènes d’automatisation de certaines activités professionnelles. Parce qu’ils sont les préalables essentiels à la mise en place de systèmes analytiques, prédictifs et agissants efficaces, ils sont donc susceptibles de bouleverser la structure de l’emploi. De fait, les analystes se penchent sur quatre domaines spécifiques pour étudier plus en détail les évolutions futures à prévoir si les technologies en cours de développement tiennent leurs promesses.

Dans la finance, le développement des robots conseillers, qui pourront gérer l’intégralité du parcours de la relation client, et remplacer les employés en charge de la détection des fraudes et des activités criminelles, est l’élément le plus susceptible de réduire le nombre d’emplois disponibles. Ainsi, 30 % des emplois dans les secteurs bancaire et financier sont menacés par le développement des technologies de langage naturel et d’analyse instantanée des données. En revanche, 20 % des emplois couvrant les tâches les plus complexes resteront préservés dans les décennies à venir, et l’argent libéré devrait permettre, selon Barclays, de lancer de nouveaux produits et donc de recruter des personnes sur d’autres lignes de métier.

Dans la santé, la technologie vient cette fois répondre à un manque de personnel et à une surcharge des hôpitaux. Les processus d’automatisation des tâches devraient permettre une meilleure gestion des établissements de santé, un meilleur accompagnement du patient, notamment en lui donnant la possibilité de surveiller seul son état physique, ainsi qu’un meilleur accompagnement de la prise de décision médicale ainsi améliorée en termes tant de fiabilité que de rapidité. Néanmoins, tous les emplois supposant un contact de personne à personne sont peu susceptibles d’être supprimés, car selon Barclays les échanges humains resteront fondamentaux pour la plupart des usagers. Par ailleurs, la variété de certaines tâches, non répétitives, les rende difficiles à systématiser. De ce fait, seulement 10 % des emplois en santé pourraient être totalement remplacés par un système algorithmique.

Dans le commerce en revanche, 60 % des emplois pourraient disparaître au profit d’une machine. Le rapport reconnaît ici un véritable problème d’orientation, puisque seulement 10 % des employés dans ce secteur possèdent une licence ou un diplôme de niveau supérieur, ce qui rend leur requalification beaucoup plus compliquée.

Dans le transport, à rebours de ce que l’on pourrait croire, seulement 11 % des emplois seraient menacés par l’automatisation des véhicules. Beaucoup d’autres tâches de logistique dans le secteur ne peuvent pas être aussi facilement automatisées et sont donc moins mises en péril.


Si le rapport anticipe les évolutions à venir sous un angle technologique, il manque en revanche d’une approche plus sociologique et culturelle, même s’il s’appuie sur un argument historique pour justifier son positionnement : les progrès technologiques du passé n’ont pas conduit à moins d’emplois, au contraire. Mais les outils techniques ne venant pas sans politique, on regrette l’absence totale d’analyse des positionnements des autorités publiques et des acteurs privés aux échelles nationale et internationale sur ces sujets, notamment en ce qui concerne la question de la requalification. Pour cette raison, ce document est une bonne compilation des tendances à surveiller susceptibles de faire rupture à l’avenir, mais ne suffit pas pour considérer la question du futur du travail de manière complète et approfondie.

Site web
https://www.investmentbank.barclays.com/content/dam/barclaysmicrosites/ibpublic/documents/our-insights/Robots-at-the-gate/Barclays-Impact-Series-3-Robots_at_the_Gate-3MB.pdf

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