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Reterritorialisation de l’alimentation. Quelles contributions à la durabilité des systèmes alimentaires ?

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Reterritorialisation de l’alimentation. Quelles contributions à la durabilité des systèmes alimentaires ?
COLLECTIF , « Reterritorialisation de l’alimentation. Quelles contributions à la durabilité des systèmes alimentaires ? », INRA (Institut national de la recherche agronomique), 2019.

Le 28 novembre 2019, l’INRA a proposé un colloque sur la thématique de l’alimentation locale et de la possible autonomie des territoires. Victime de son succès — plus de 400 personnes auraient souhaité y participer —, cette journée a été partiellement diffusée en ligne, permettant à ceux qui n’avaient pas pu s’inscrire de la suivre. Cet engouement témoigne de l’importance de plus en plus marquée du sujet, à la fois pour les acteurs institutionnels nationaux, mais aussi pour les collectivités locales, les organisations agricoles, les chambres d’agriculteurs, les acteurs économiques (comme les entreprises de la distribution) ou encore les associations. Les transformations liées à la reterritorialisation de l’alimentation sont fortes, mais protéiformes et donc difficiles à cerner et à retranscrire. Parmi les enjeux identifiés par les chercheurs de l’INRA en charge de la réflexion, on retrouve ainsi la nécessité d’identifier avec plus de clarté les véritables apports qu’une agriculture plus locale pourrait offrir, et, à l’inverse, de noter les risques d’effets négatifs associés.

Pour mener à bien cette réflexion, l’INRA a entre autres conduit une grande enquête nationale, dont les résultats devraient bientôt être publiés. Cette enquête a permis non seulement d’établir un état des lieux de l’alimentation locale en France, mais aussi de cibler les grandes tendances innovantes dans le domaine et de lister un certain nombre de questions de recherche pour poursuivre sur ce sujet.

Parmi les éléments discutés au cours de la présentation de cette enquête, on retiendra en particulier :

Les externalités positives avérées

La proposition de produits locaux vient répondre aux attentes de consommateurs qui souhaitent être rassurés sur ce qu’ils mangent. Elle permet aussi de renouer un lien social valorisé et répond à des exigences d’une plus grande éthique dans la répartition des richesses. De fait, les acteurs économiques du secteur investissent dans ce domaine pour se réapproprier cette nouvelle valeur ajoutée. Du côté des politiques publiques, une telle tendance constitue une opportunité pour repenser de nouvelles formes d’accès à l’emploi, s’attaquer à des problématiques de santé en promouvant une alimentation saine, répondre enfin à des enjeux liés au changement climatique (par exemple en encourageant des pratiques agricoles plus durables) et au développement stratégique des territoires en renforçant leur résilience alimentaire. La reterritorialisation est donc plutôt vue comme une lame de fond, amenée à s’étendre et à progresser. Toutefois, il semblerait que l’autonomie totale ne soit pas possible, les circuits courts seraient d’abord un moyen de compléter et d’équilibrer l’offre alimentaire locale.

Les risques identifiés

Le bilan écologique et énergétique de l’alimentation locale est plus contrasté qu’il n’y paraît. Si la réduction des distances nécessaires à l’approvisionnement en nourriture fait partie des arguments principalement mentionnés en faveur du local, il semble que la production locale ne soit pas exempte de toute pollution ou gaspillage énergétique. Les modes de production locaux sont parfois plus coûteux pour l’environnement ; de même, les premiers kilomètres (ceux accomplis sur l’exploitation) et les derniers (ceux qui séparent le produit du consommateur) sont difficilement compressibles et possiblement tout aussi coûteux qu’un transport des produits par camion.

L’INRA souligne aussi le risque de définir un local inadapté, dans lequel les circuits longs pourraient être relocalisés, au détriment des producteurs du territoire, et où les solidarités interterritoriales pourraient se rompre, les grandes villes cherchant à annexer les territoires environnants pour leur propre approvisionnement.

Il existe, de fait, un risque réel d’augmentation des prix du foncier agricole, lié à la relocalisation des productions agricoles autour des grandes villes, notamment parce qu’on manque de surface agricole utile (SAU). Par exemple, il faudrait trois millions d’hectares de terres agricoles pour nourrir les plus de dix millions d’habitants en région parisienne, ce qui correspond à six fois la SAU de l’Île-de-France. C’est pourquoi l’agriculture locale reste d’un intérêt plutôt limité aujourd’hui pour les grandes collectivités, en raison de la masse de nourriture à fournir à leurs habitants chaque jour.

L’alimentation locale, enfin, n’est pas exempte de générer de nouvelles inégalités, d’accès à la nourriture par exemple.

Les zones d’ombres à éclairer

Il reste difficile d’évaluer l’importance de l’alimentation locale pour les consommateurs, notamment parce que ce critère est souvent corrélé à d’autres enjeux liés à la proximité des produits (comme le bio par exemple).

On manque de recherches sur l’impact des circuits de proximité sur le revenu de l’activité agricole. De même, il n’existe pas encore suffisamment de recherches sur les risques liés à la diversification des productions au sein d’un territoire, plutôt qu’à une spécialisation dans un type de produits comme c’est plus souvent le cas maintenant. Le débat qui oppose les partisans d’une relocalisation de la production / distribution et ceux qui pensent que c’est une aberration économique n’est donc pas réellement tranché.

On ne sait pas véritablement non plus comment réguler l’approvisionnement local, ni s’il n’existe pas des risques à une privatisation de la production et de la distribution.

L’institut suggère la possibilité de distinguer une « consommation locale » dans laquelle l’ensemble de la chaîne alimentaire est ancré sur un territoire, d’une « consommation localisée » où la signature d’un territoire est apposée sur des produits, consommés n’importe où en France, voire dans le monde.

Pour conclure, l’INRA encourage par cette initiative à poursuivre des recherches, à l’échelle nationale, mais aussi au niveau des territoires. Pour ce faire, l’institut souhaite fonder un observatoire décentralisé de l’agriculture territorialisée, dans lequel seraient invités à participer tous les acteurs directement ou indirectement concernés par le sujet.

Futuribles contribue actuellement à ces réflexions, dans le cadre du Forum prospectif des territoires, qui propose (entre autres sujets) d’étudier les possibles stratégies d’autonomisation alimentaire pour les territoires ruraux. Cela se concrétisera notamment par l’organisation d’un atelier prospectif le 12 février 2020, avec le témoignage du PETR (pôle d’équilibre territorial et rural) du Grand Briançonnais engagé dans une démarche d’autonomie alimentaire.

Site web
http://www.terralim.fr/wp-content/uploads/programme_colloque_reterr_alim.pdf

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