Rapport

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Réinventer la mobilité urbaine et périurbaine à l’horizon 2030. 24 propositions pour l’Île-de-France dans le cadre de Paris 2024

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Réinventer la mobilité urbaine et périurbaine à l’horizon 2030. 24 propositions pour l’Île-de-France dans le cadre de Paris 2024
MOBILITY NATION , « Réinventer la mobilité urbaine et périurbaine à l’horizon 2030. 24 propositions pour l’Île-de-France dans le cadre de Paris 2024 », Mobility Nation, 2017.

Mobility Nation est un groupe de travail dont l’objectif est de réinventer la mobilité en Île-de-France à l’horizon 2030, avec une cible intermédiaire pour les jeux Olympiques en 2024. L’ambition est de faire de Paris et sa région une smart city de référence. Si l’Institut de recherche technologique (IRT) System X — spécialisé dans le domaine de l’ingénierie numérique du futur — fait partie de ce groupe, les autres membres sont essentiellement des entreprises privées. C’est d’ailleurs le Boston Consulting Group (BCG) qui en est l’initiateur. Les autres participants sont des entreprises ou des start-ups engagées dans le véhicule autonome, le véhicule électrique, la smart city, les plates-formes ou les technologies numériques. Un cabinet d’avocats spécialisés dans l’économie numérique et le droit des plates-formes ainsi que l’Association des sociétés françaises d’autoroutes (ASFA) y participent également.

Un sondage effectué en mai-juin 2017 par le BCG, auprès de 3 000 Franciliens de plus de 18 ans usagers des transports (véhicule particulier motorisé ou transports en commun), sert d’état des lieux de la situation.

Selon Mobility Nation, la réinvention de la mobilité, notamment en région parisienne, est tout d’abord inévitable car les révolutions technologiques vont profondément modifier les usages. Elle est de plus nécessaire car les besoins des utilisateurs sont croissants et se complexifient. Elle est enfin prometteuse car de grandes améliorations sont possibles.

Les 24 propositions issues de cette réflexion s’articulent autour de trois ruptures technologiques — la mobilité connectée, le véhicule autonome et la mobilité zéro émission — et trois ruptures d’usage — la mobilité à la demande, partagée et comodale (optimisation de chaque mode de transport et de leurs connexions). Trois grands axes de travail (chantiers) sont donc proposés.

Tout d’abord, Mobility Nation préconise de faciliter et d’accélérer la mise en œuvre à grande échelle des trois ruptures technologiques. Cela passe entre autres par la mise à disposition et la standardisation des données de mobilité, le renfort de la cybersécurité, le soutien aux expérimentations à grande échelle, la modernisation des infrastructures, et l’adaptation des réglementations en matière de responsabilité et d’indemnisation. La démocratisation du smartphone permettra, selon cette étude, de placer cet outil au centre de l’offre de mobilité. L’arrivée de la 5G facilitera l’échange massif et rapide des données. La diminution attendue du coût des batteries permettra une démocratisation des véhicules électriques. Et 100 % des véhicules neufs vendus devront être connectés.

Les auteurs proposent ensuite de capitaliser sur les atouts actuels de l’Île-de-France en matière de mobilité pour intégrer les six ruptures. La région est marquée par la coexistence de zones denses et de zones non denses. Les modes de transport les plus pertinents doivent être optimisés selon la zone. En zone non dense, lorsque le maillage des transports en commun est faible, un changement d’usage doit être promu : une incitation au covoiturage, à l’auto-partage et aux voitures de transport avec chauffeur (VTC) doit être mise en place de manière à diminuer le nombre véhicules. Le passage de la propriété à l’usage, c’est-à-dire l’économie de la fonctionnalité, doit être encouragé. L’arrivée massive sur le marché du véhicule autonome d’ici 2025 est également présentée comme une solution à l’engorgement des routes et aux problèmes de stationnement. La conception des véhicules doit donc être repensée pour s’adapter aux nouveaux usages. La connexion entre les différents modes de transport doit être facilitée.

Enfin, le groupe de travail conseille de structurer cette nouvelle offre de mobilité en mettant en place un écosystème commun à tous les modes de transport pour faciliter leur gestion et éviter l’effet silo. La coopération entre tous les types d’acteurs doit être encouragée et l’évolution du marché du travail doit être anticipée. Les transports collectifs réguliers doivent être ouverts à la concurrence.

Des indicateurs de suivi sont proposés, avec des objectifs pour 2024 et 2030. Les différentes tâches identifiées sont attribuées à tous les acteurs potentiels : pouvoirs publics, Union européenne, entreprises proposant des services de mobilité, usagers, CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), collectivités locales, gestionnaires d’infrastructures, fournisseurs de technologies…

Les objectifs de ce Livre blanc ne peuvent être remis en question : amélioration de la mobilité, réduction des émissions de gaz à effet de serre, diminution du nombre de véhicules, optimisation des transports en commun…, sont aujourd’hui des axes d’amélioration nécessaires, et chaque solution doit être envisagée et débattue. Mais on peut tout d’abord se demander pourquoi l’offre de service pour le vélo n’apparaît pas ici.

Par ailleurs, il aurait été intéressant de mettre en perspective les solutions proposées avec des problématiques plus larges. Par exemple, certaines technologies mises en avant dans ce rapport font aujourd’hui débat. Plusieurs études publiées après ce rapport [1] mettent en garde sur la problématique des métaux rares. Ces métaux sont nécessaires à la fabrication des batteries et des outils technologiques du numérique. Or, d’une part, ils sont source de pollution lors de leur extraction et en fin de vie : cette pollution hors frontières ne doit-elle pas également être prise en compte ? D’autre part, la plupart de ces métaux rares sont produits dans des pays instables ou par un seul pays. Cette situation géopolitique est source de risques d’approvisionnement et de dépendance.

L’impact environnemental du numérique et de la progression du nombre de données échangées pourrait également être discuté. Enfin, il serait intéressant de débattre du problème de l’« inclusivité » lié à l’obligation de connexion pour l’offre de mobilité. Que faire des usagers qui ne peuvent pas (ou ne veulent pas) se connecter ? Quelles conséquences sur les notions de vie privée et de données personnelles ?



[1]Cobalt: Demand-Supply Balances in the Transition to Electric Mobility, Bruxelles : Commission européenne, JRC Science for Policy Report, 2018. URL : http://publications.jrc.ec.europa.eu/repository/bitstream/JRC112285/jrc112285_cobalt.pdf ; lettre ouverte de scientifiques du Natural History Museum, du 5 juin 2019 (voir le communiqué de presse https://www.nhm.ac.uk/press-office/press-releases/leading-scientists-set-out-resource-challenge-of-meeting-net-zer.html), rapport de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement éconmiques) Global Material Resources Outlook to 2060: Economic Drivers and Environmental Consequences, Paris : OCDE, 2019 (analysé sur le site de Futuribles). Consultés le 14 août 2019.

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